Archives mensuelles : mars 2006

Pourquoi la fourmi n’a-t-elle pas embauché la cigale? Les étudiants et le CPE

Paru dans "Libé" le 21/3/2006

L’affrontement à propos du CPE semble être un modèle de malentendu. Car au fond, le CPE ne fait qu’officialiser une réalité flagrante, que vivent la plupart des jeunes: se faire embaucher sur un contrat limité, déployer tous leurs efforts en croyant que s’ils font bien ils seront "pris", et constater en fin de contrat qu’ils doivent partir, et que le patron prend un autre jeune – enthousiaste, plein d’espoir, qui aura la même illusion, et qui à son départ verra un autre jeune, etc… Le CPE n’invente rien par rapport à cela, sinon d’y mettre de la pommade, des lubrifiants; et de promettre que le patron "préfèrera" prendre un jeune avec CPE après l’avoir formé deux ans. Or les patrons, honnêtes ou moins honnêtes, préfèrent toujours payer moins cher leur main d’œuvre (surtout celle-là: motivée, prête à tout, et qui "en veut").

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Propos rapportés par le journal « Le Monde » dans la ville de Bagneux

Votre article sur Bagneux, Le Monde du 5-6 mars, reproduit des propos bizarres de quelques jeunes "blacks". L’un d’eux refuse, ainsi que "ses camarades", "toute suspicion d’antisémitisme généralisé qui pèse dans nos quartiers". Cet homme qui, bien sûr, dénonce l’amalgame, en fait un de taille, car que veut dire antisémitisme "généralisé"? que tout le monde est antisémite? Donc, au nom du fait que pas tout le monde l’est, on nous dit qu’il n’y en a pas; puisque le même ajoute qu’il a été à la manif pour Ilan Halimi, dix minutes: et "quand j’ai entendu : "On a tué Ilan parce qu’il était juif", j’ai dit non." Or le fait qu’on s’en prenne à un homme en tant que Juif parce que les Juifs ont de l’argent et qu’ils se tiennent tous fait de ce meurtre un acte antijuif, "antisémite" comme on dit improprement. En outre le traitement d’Ilan fut spécialement haineux; ces jeunes avaient une jouissance antijuive à écluser.

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Impasse identitaire ou menace réelle?

L’article de Y. Réza et M. Weitzmann sur "Les Juifs dans une impasse identitaire" pose des questions intéressantes sur l’identité.

Il rappelle que pour Y. Leibowitz, "le peuple juif ne se définit plus par le judaïsme", c’est-à-dire par la religion; et il ajoute: "Par quoi, dès lors, se définit-il? Question centrale et sombre à laquelle aucune réponse n’est apportée." Or cela fait belle lurette que le peuple juif ne se définit plus par la religion. Dans L’énigme antisémite j’ai montré qu’il se définit par une transmission symbolique, celle du mot "juif" au minimum. Qu’on le transmette, ce mot, avec fierté ou gêne, avec détresse ou joie, ça se transmet. Même le refus de le transmettre le transmet aussi. Et cette transmission renvoie à elle-même et aussi au milieu ambiant, à ce qu’il dit de ce mot "juif".

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