Archives annuelles : 2007

Nos livres dans le monde…

Paru dans LE MONDE DES LIVRES du 30.11.2007:

ce compte-rendu du livre de Daniel Sibony:

L’enjeu d’exister-Analyse des thérapies

Seuil, sept. 2007, 394p, 22,50€

            "Avec L’Enjeu d’exister, Daniel Sibony analyse les thérapies (systémiques, cognitives, comportementales…) dont le développement est ordinairement posé comme une mise en défaut de l’approche psychanalytique. Il met en évidence que toutes, "qu’elles le sachent ou non", s’agrègent autour de l’idée d’inconscient. Et révèlent ainsi une forme de filiation aux concepts de Freud. "En un sens, reconnaître leurs origines freudiennes les aiderait à s’en libérer ; à s’en servir plus librement", explique-t-il.

            Argumenter et assumer sa différence, baliser son cheminement… Cet essai se trouve dans la continuité de la réflexion que Sibony posait déjà il y a une quinzaine d’années dans Le Peuple "psy" (Balland, 1993, "Points", 2007), où il s’efforçait à un état des lieux. Il donne ici un regard, un point de vue sur l’acte thérapeutique abordé dans des pratiques différentes : mêlant compréhension attentive et vision critique (en premier lieu sur sa propre discipline), il ouvre des chemins vers les devenirs de la psychanalyse, la regardant, active, comme étant avant tout une transmission de vie, "une passation d’être"."

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*  *

            Voici l’enregistrement de l’interview donnée par D. Sibony à ce journal (en vue de l’article ci-dessus)[1].

            – … …

            – D.S.: Cette couverture du livre représente une sculpture, une "échelle de Jacob". Je l’ai trouvée intelligente car plutôt que de partir de la terre pour arriver au ciel, comme dans la Bible, l’échelle part on ne sait pas d’où, elle arrive on ne sait où, mais à chaque pas, on a la terre à droite et le ciel à gauche; ou l’inverse. On est toujours entre ciel et terre. C’est une position essentielle, plus simple et plus concrète que de partir de la terre pour "monter au ciel".

            

            – Cet Enjeu d’exister fait un peu suite au livre paru il y a quinze ans, Le peuple "psy" qui faisait un "état des lieux" mais qui aussi secouait la conception officielle (y compris lacanienne) de la psychanalyse, conception qui au fil du temps la rend suspecte à juste titre. En fait, comme au judo, je vais dans le sens des critiques pour, en les prolongeant, les ramener à leur source freudienne qu’elles dénient ou qu’elles ignorent. Cette ignorance me semble un symptôme, donc je ne la dénonce pas, je l’analyse en montrant qu’elle rabat les thérapies en question sur ce que j’appelle un transfert ponctuel. Cette notion permet d’éclairer toutes les pratiques où il y a de la suggestion. Dans l’analyse aussi, il y en a, et je montre qu’elle a un rôle et qu’il est vain de la nier. L’analyste suggère mais il n’est pas dans la suggestion. Quant au rejet de la source freudienne, je le rattache à une notion que j’ai créée il y a longtemps, le complexe du Second-premier qui, selon moi, offre un cadre plus large que celui du complexe d’Oedipe. L’effet de Second-premier existe dans toute histoire de transmission, notamment de savoir, donc dans toute mise en jeu de l’inconscient. Car l’inconscient, à la limite, je le définis comme effet et cause de transmission: pensez à des parents qui ont un fantasme conscient, précis et intense, dont rien n’est dit à leur enfant; il y a tout chance que celui-ci, une fois grand, présente des traces de ce fantasme, des traces dont il est inconscient. Autrement dit, du conscient enrobé de silence et passé par la génération, par le rapport sexuel qui engendre un nouvel être, cela produit de l’inconscient. C’est une vue un peu massive mais éclairante.

            

            – Ce livre n’est pas un état des lieux, j’y fais une vraie analyse des thérapies, comme le sous-titre l’indique. Plutôt que de les opposer à la psychanalyse, j’accepte qu’elles veuillent s’en passer, mais l’analyse revient sur elles d’un point de vue nouveau, qui privilégie l’enjeu d’exister plutôt que les diverses conformités conceptuelles.

            

            – Leur façon de refuser leur origine freudienne, ces thérapies la paient cher. Si elles reconnaissaient plus franchement cette origine, elles seraient plus libres vis-à-vis d’elle; et leur apport serait plus fécond. C’est comme dans la relation duelle parent-enfant: si le parent est en position symétrique, non seulement il se nuit mais il nuit à l’enfant; s’il est en position de reconnaissance, il peut bouleverser toute la scène et transmettre un partage.

            

            – Je n’ai pas pris ces thérapies "de front", mais je ne les "suis" pas pour autant. Pour comprendre les gens, il faut être à côté d’eux plutôt qu’en face, et ménager un entre-deux. J’ai compris que ces thérapeutes, en un sens, se sont offerts (ou sacrifiés) à une demande sociale qu’ils ont eux-mêmes entretenue, une demande d’aller vite, de ne pas souffrir, etc… Toutes ces demandes issues de techniques comportementales sont venues en retour renforcer ces techniques et couper court à une recherche du lieu d’être et d’existence. Or beaucoup de patients viennent avec une demande sur le comportement, et quand l’espace de la rencontre se construit, cette demande se module en recherche d’existence.

            

            – Je n’ai pas pensé "répondre" au Livre noir. Au fil de ma trentaine de livres, j’avais des textes cliniques inédits pour témoigner de ma pratique. Ce témoignage occupe le tiers central de ce livre, avec l’enjeu d’exister et la passation d’être, comme concepts majeurs. La réponse au Livre noir s’est réduite à un dialogue sur "les TCC comme cas limite de l’analyse"; je dirais presque: état-limite de l’analyse. En fait, mon livre peut les aider à mieux voir dans quel cadre ils travaillent.

            

            – Pourquoi cette tolérance? Sans doute parce que je suis assez libre; je reçois les uns et les autres; ma position est radicale, exposée, mais je n’ai pas à me protéger ou à me soucier de mieux vivre: c’est mon travail créatif, dans l’écriture et l’analyse, qui doit être vivant. Cette position d’indépendance, est la mienne et je lui donne une certaine consistance. Qu’elle soit originale et productive, l’existence de cette œuvre permet de s’en rendre compte. Comme analyste libre, et non électron libre, je suis dans une transmission et non dans un touillage solitaire du savoir qui fait "langue de bois" dans bien des groupes.

            Or bizarrement, ma démarche dans ce livre restitue à chaque thérapie son "génie" propre,  c’est-à-dire son ancrage dans l’inconscient. Et de les analyser en ces termes permet, en retour, de voir la psychanalyse sous un angle plus vif, que j’appelle passation d’être et qui vise l’essentiel, à savoir l’enjeu d’exister. Ce ne sont pas ces thérapies qui "enrichissent" l’analyse, c’est de les aborder sous cet angle qui à la fois les reconnaît dans leurs limites et permet de faire bouger celles de l’analyse, de "l’idée psy".

            

            – Quel est mon foyer? Je suis un foyer, qui est resté "enflammé" sans se consumer. Jusqu’à présent mon œuvre est assez éclairante, elle aide pas mal de monde à vivre et à penser. Elle n’est pas très médiatisée, mais j’ai de nombreux témoignages du fait qu’elle "existe" pour beaucoup.

            Tenez, sur le Proche-Orient, ces jours-ci, on me remercie d’avoir écrit Les trois monothéismes, et Psychanalyse d’un conflit.

            Bien sûr, ce serait sympathique de discuter avec les porte-paroles de ces courants thérapeutiques, mais c’est eux qui n’y sont pas prêts: je n’ai pas d’enjeu "politique", j’ai celui d’exister et de faire exister une pensée.

            Peut-être que ce que j’aime, au-delà de la psychanalyse, c’est de faire exister des idées neuves, même de simples étincelles. Le fait est que ça aide, ça éclaire les gens. Ce n’est pas pour rien que j’ai commencé par la recherche mathématique; j’aime quand il surgit du nouveau. C’est normal que les médias n’aient pas de quoi le capter, mais il existe; et il aide à comprendre beaucoup de choses. Par exemple, de mieux comprendre ces thérapies permet de désamorcer leur fureur contre Freud et l’analyse. Cela aussi je le transmets aux patients: apprendre à désamorcer les obstacles qu’ils dressent contre eux-mêmes. L’important est de produire dans ce travail une texture d’existence qui soit forte et en mouvement… Soit dit en passant, j’ai croisé la pensée de Sartre sur l’existence (qui précède l’essence) et j’ai dû m’en démarquer, vous avez pu voir comment…

            

            – Les TCC sont des méchants? Vous savez, quand on se fixe sur le projet de créer des œuvres qui vivent et qui transmettent de la vie, on n’est pas très sensible à la méchanceté ambiante. Bref, la prendre pour objet d’étude est une bonne protection. Outre que j’en ai vu d’autres: par exemple: votre journaliste qui s’occupe de "psy" et qui n’a pas dit un mot de mes livres depuis vingt cinq ans que j’en envoie? Et tel chef de secte lacanienne qui interdisait mes livres dans son Ecole? Des méchants et des mesquins, il y en a partout, mais je m’en sers pour affiner mes vues sur, par exemple, la perversion. Je vous recommande mon livre là-dessus qui, déjà il y a quinze ans, analysait le terrorisme comme perversion. Certains découvrent cela aujourd’hui. Le silence des médias sur mes livres les protège en un sens, et fait que beaucoup les découvriront peu à peu. C’est comme tel un travail de création de pensée, de passation d’être… Ça vous fixe des idées, en vous montrant aussi le danger des bonnes idées: le risque de s’y noyer comme une mouche dans le miel.

            Au fond, cette grosse vulgarisation de l’idée "psy", on peut la déplorer lorsqu’on a des fantasmes de maîtrise, de contrôle. Mais si on les a traversées, on peut voir que cette énorme imprégnation de la société par l’apport freudien impose à ceux qui ne sont pas trop vulgaire une exigence plus aiguë: être au-delà des petites dissensions, voir plus loin; en l’occurrence, plus loin que les livres noirs ou anti-noirs.

            Curieusement, j’ai fait le même travail sur les religions, et le résultat est tout sauf "œcuménique"; inintégrable dans les prétendus sur ces thèmes, dialogues où le côté patelin cache des violences meurtrières. Mon travail n’est pas œcuménique: pour que tous ces gens s’entendent, il faudrait que chaque courant se confronte à sa faille, ses origines, reconnaisse sa déficience par rapport à elles, et voie ce qu’il peut faire de cette faille irréductible. Il n’y a pas d’universalisme globalisant; ou alors, s’il fait le vide des écueils et des cassures irréductibles, il produit une enveloppe dérisoire ou totalitaire de l’humanité, et ce au nom de l’"humain". C’est vers cela qu’on s’achemine. Mon travail est une objection vivante à cette approche banale, selon laquelle, en gros, on fait tous "la même chose". En l’occurrence, l’acte symbolique que nous essayons de transmettre, ce n’est pas des mots, des signifiants, ou des "rappels de la loi"; ce n’est pas la réduction à tel ou tel schéma conceptuel. C’est autre chose. Ce livre vous en donne une idée.

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            Note. De toutes façons, il faut féliciter le journal Le Monde de signaler les œuvres de D. Sibony. Il les reçoit depuis une trentaine d’années à raison d’un livre par an et n’en dit mot sauf, récemment, pour Lectures bibliques (5 lignes) et pour Création. Essai sur l’art contemporain (4 lignes). On est en pleine ouverture. Bravo.


[1] . Les questions, très brèves, sont inaudibles à l’enregistrement. Les réponses ont pu être transcrites, et sont ici résumées.

Un Lieu d’Etude Biblique

Un Lieu d’Étude Biblique

(LÉB)

commence en décembre 2007

C’est un groupe, il aura 24 participants.

9 séances de 2h chacune, sont prévues,

de mi-décembre à début juillet 2008.

Ceux qui veulent s’informer et/ou s’inscrire peuvent envoyer par mail une brève lettre de motivation, avec un CV de quelques lignes; ils recevront les éléments nécessaires.

Il est conseillé d’avoir lu en partie Lectures bibliques (éd. Odile Jacob, 2006).

Le programme des séances porte sur les Livres de JOSUÉ, JUGES, SAMUEL et ROIS

en tant que Parcours essentiel du destin hébreu.

Amicalement,

                                      Daniel Sibony

contact@danielsibony.com

Narcissisme et opinions

Aujourd’hui, sans doute du fait que l’individu prévaut (ou croit prévaloir), les opinions qu’il affiche servent surtout à le protéger d’éventuelles agressions. C’est dire qu’il a intérêt à en avoir de bonnes, des opinions. Il avance sous leur protection, et à la moindre attaque, il interpose leur bouclier. Du coup, l’adversaire se retrouve en train d’attaquer des idées fortes, solides, reconnues. Ce style de défense comporte un chantage évident, une logique de prise d’otage: on avance – dans le "débat" – en étant toujours couvert par des idées "inattaquables", telles que l’autre qui les attaque est "foutu" ou presque.

J’en ai eu un exemple en écoutant un débat sur l’homo-parentalité. Une sociologue contre une philosophe. C’était féroce, comme souvent entre deux femmes qui se disputent la vedette. La sociologue avance, couverte par deux boucliers: 1) On ne doit pas "spécifier" les homosexuels; c’est Foucault qui l’a dit; ça ne se discute pas. 2) On est contre "la toute-puissance de la technique", c’est évident, tous les grands esprits l’ont dit; le contester, c’est vouloir que l’on soit de "purs objets" de la technique; c’est ce que vous voulez?

La personne – la militante – ainsi protégée, avance pas à pas, en agitant ses boucliers; elle avance, encore un peu, encore, et à l’arrivée, elle abat soudain ses cartes: donc, si on ne "spécifie" pas les homosexuels, si on n’en fait pas une espèce à part (à Dieu ne plaise, mais de quel Dieu s’agit-il?) alors il faut poser que deux hommes peuvent être parents d’un enfant au même titre qu’un couple homme-femme. Donc, au regard de la "parentalité", deux hommes c’est pareil qu’un homme et une femme. Tout au plus aura-t-il deux pères et une mère, celle qui l’a porté. Dans le cas d’un couple homo-féminin, il aura deux mères et un père extérieur, dont l’acte de donation de sperme ne doit pas rester anonyme. Tout comme le don d’ovocyte, le cas échéant. A ce niveau, le deuxième bouclier s’active: s’il y a don de gamète, ce n’est pas du matériel, c’est de l’humain, sinon, on devient objet de la science. De cette trouvaille faite au passage (le non-anonymat) vont pouvoir bénéficier les couples hétéros qui recourent au don de gamète: il faut que le donneur ne soit pas anonyme, cela permet une parentalité multiple (trois parents)… à l’image des familles homo-parentales, qui deviennent ainsi la norme, ou presque. Grâce au principe protecteur qui sacralise les gamètes contre la tyrannie technique: l’ovule ou le spermatozoïde, ce n’est pas du matériel humain, que diable! Peu importe s’il s’ensuit de gros problèmes: si cela peut tarir les dons, en éloignant des donneurs potentiels; et si cela angoisse les receveurs, qui veulent n’avoir pas à tenir compte du donneur comme d’un parent; etc.

Et l’on se retrouve à écarter cette évidence: que le couple fondateur, central, c’est le couple homme-femme (H-F); ce qui n’implique pas d’interdire les autres couples (F-F ou H-H); mais entre les tolérer et prendre pour norme leur problème singulier, il y a une grosse surenchère. Car au fait, ne pas "spécifier" les homos, c’est tenir pour nulle la différence qui est la leur; c’est les traiter en s’abstrayant de leur différence; rien d’étonnant s’ils deviennent la norme. Le même sophisme "démontre" qu’il faut rejeter l’anonymat dans le don de gamète: car si c’est anonyme, les gamètes deviennent purs objets de la technique. Donc celle-ci est toute-puissante, elle exclut l’humain. cqfd.

Bref, au-delà des contenus qu’on agite dans les débats, ceux-ci sont d’abord des règlements de compte entre blocs narcissiques irréductibles, et non des examens qui exploitent la richesse des problèmes pour avancer.

Peut-il en être autrement? La passion est trop forte de régler ses arriérés, avec le passé ou les images parentales. L’envie de le faire en se protégeant par des mots qui effraient l’adversaire est forte aussi. Il en résulte que le débat est faible. Lorsqu’en outre il s’organise dans des médias soucieux d’abord de mise en scène, on se garde de faire appel à ceux qui, sur le terrain, vivent ces problèmes et cherchent à les penser sous la pression du besoin, c’est-à-dire sérieusement.

            Je viens d’entendre un "grand intellectuel" parler à la radio sur toutes sortes de "grands thèmes". L’aspect protection narcissique était remarquable. L’implicite du discours était: je suis bien, et mieux que ça encore: je suis très bien; et cette idée juste (que tous répètent), je l’ai dite aussi; et cette autre, également. Il était impeccable, protégé de partout, parfait. Terrible fragilité des "idées fortes" et de ceux qui les portent.

La femme adultère

Hier, j’ai écouté un pasteur commenter l’épisode des Evangiles sur la femme adultère. On connaît l’histoire: une foule de Juifs religieux poursuit une femme adultère; ils veulent la lapider, "selon la loi de Moïse". Tout ce monde arrive devant Jésus, qui ne dit rien et qui dessine ou écrit sur le sable. Puis devant l’insistance de la foule, il lance: Que celui qui n’a pas péché lui jette la première pierre. Les gens rentrent chez eux l’un après l’autre. Elle reste seule avec lui. Il lui dit: Moi non plus je n’exécuterai pas la sentence. Et il ajoute: Va et ne pèche point.

J’ai parlé ailleurs de cet épisode (peut-être dans Les trois monothéismes), mais un détail m’a retenu, bien souligné par le pasteur: en demandant "que celui qui n’a pas péché lui jette… ", Jésus les prenait un par un et non en groupe. Il cassait la foule en autant d’individus et il confrontait chacun d’eux à la victime potentielle. Il forçait chacun à la regarder en face; à "voir son visage", insista le pasteur, citant son Lévinas et ponctuant: quand on voit le visage de quelqu’un, on ne peut pas le tuer.

Cette phrase m’a choqué par ce côté péremptoire. Je n’allais pas interrompre le pasteur pour lui dire que c’était faux, que dans certaines périodes, par exemple sous le nazisme, ou sous l’emprise du terrorisme, des gens peuvent voir en face l’individu, et même le reconnaître, puis le tuer ou le livrer aux assassins. Après la conférence, j’ai suggéré au pasteur de lire ce petit roman de cinquante pages Inconnu à cette adresse, où l’on trouve l’histoire d’une jeune fille juive poursuivie par des S. A. (des nazis armés) et qui court chez son ancien amant dans l’espoir de s’y réfugier. Il ouvre la porte, il la regarde en face, on peut supposer qu’il voit bien son visage et se rappelle leurs étreintes passées, et il ferme la porte la livrant aux nervis qui la tuent.

Plus tard, dans le roman, le frère de la jeune fille se venge d’une manière assez subtile que je ne raconterai pas pour en laisser le plaisir au lecteur.

J’espère que le pasteur appréciera cette nuance que la réalité apporte à son propos.

En revanche, l’intérêt de l’épisode évangélique m’a semblé plus clair et plus simple: Jésus suggère non pas de s’abstenir de juger, car il faut bien qu’il y ait des tribunaux et qu’on juge délinquants et criminels; il suggère qu’il y a des juges pour ça, et il n’est peut-être pas nécessaire de les supposer totalement innocents, n’ayant jamais péché, pour qu’ils soient capables de juger. Ce que Jésus récuse, avec raison, c’est qu’une foule exécute la loi, ou s’improvise juge, ou même confie le jugement ou son exécution à un homme inspiré. C’est tout simple; c’est contre les fanatiques, y compris ceux de la loi.

Quant au visage; lorsqu’on prend les gens abstraitement, en petit groupe ou en foule, ou même individuellement, on peut toujours leur appliquer des principes abstraits et garder la conscience tranquille; mais lorsqu’on les regarde de plus près, qu’on parle avec eux, et que la rencontre a lieu, alors les principes abstraits sont non pas annulés, même pas relativisés, mais aptes à laisser place à autre chose, de l’ordre du contact humain.

Emouvante « guérilléra »

Oui, émouvante guérilléra du Farc dont on a eu un bout de Journal intime[1]. Non pas tant par sa façon d’éclairer le jeune-qui-se-jette-sur-un-idéal, car ce mécanisme commence à être bien connu: on est dans une famille "bourgeoise" qui forcément ne voit pas plus loin que le bout de son confort, on ne sent pas l’altérité, il faut aller la chercher loin, du côté des autres langues et coutumes, des peuples "exotiques", c’est là qu’il y a de l’authentique, de la couleur… Si en outre il y a là-bas une "avant-garde" qui se bat, c’est l’idéal, enfin on s’identifie, on fait corps avec, pour un élan qui vous porte plus loin que vous, que cet horizon borné et gris, etc, etc. Ce mécanisme bien rôdé n’est même pas illusoire, il a toute sa normalité: à un moment donné, les jeunes ont besoin de dire non aux parents pour pouvoir faire comme eux; pour envisager à leur tour d’avoir un lieu, de se faire une place, peut-être de fonder famille… Et s’il faut pour cela faire un grand détour, un grand "écart", pourquoi pas? On revient chez soi ou dans son lieu d’origine avec quelque chose d’"autre", même avec une défaite, dès lors qu’on en est revenu et que ça permet de se faire un chemin différent; un peu… Si les parents intégraient ce type de crise, de rupture-avec-retour, il y aurait moins de grincements et de souffrances. (Mais après tout, faut-il vraiment qu’il y en ait moins?)

Donc, ce n’est pas de ce côté-là que ça apporte du neuf. Là où la jeune hollandaise du Farc innove, c’est dans sa manière de dire qu’elle en a marre. Voyons le déclic de sa désillusion. Ce qui la révolte, ce qui lui suggère de rompre avec ces gens, ce n’est pas la dureté du combat, ce ne sont pas les obstacles à franchir chaque jour. Au contraire, elle dit: "Je suis heureuse quand je dois lutter pour quelque chose, quand je dois vaincre de nouveaux obstacles et souffrir". (Elle ajoute même "Bizarre comme je suis"; elle a raison.) Mais ce qui lui fait envisager de rompre son engagement, c’est la jouissance des commandants: "Ils ont du fric, des cigarettes, des gâteaux…", ils peuvent s’envoyer qui ils veulent: "quand nous sommes arrivés ici, mon commandant m’a demandé de parler à l’autre fille parce qu’il voulait se la faire. C’est toujours la même chose". Si les chefs jouissent là où les autres se sacrifient, et s’ils jouissent en faisant valoir leur position, dans un combat où les autres n’ont qu’à se laisser brimer, alors il y a une rupture de contrat, ça ne va plus. On voit même se profiler la société future pour laquelle "on se bat": il y aura les dirigeants, bien protégés par leur fonction "essentielle" – de diriger -, ils prélèveront leur part de jouissance, souvent sexuelle, un vrai droit de cuissage, sur la piétaille du Parti, de l’avant-garde, ou du peuple qu’on mène vers l’avenir radieux. Ils jetteront des regards noirs et sévères sur les subalternes qui faiblissent dans le combat…

L’intéressant c’est qu’on a vu ce phénomène dans un beau film récent, La vie des autres: un flic est chargé de surveiller les déviants, dans l’Allemagne de l’Est communiste, et il décide de trahir la Cause , de ne plus fliquer comme avant, lorsqu’il voit la jouissance sexuelle du dirigeant: le jour où il s’aperçoit que le camarade ministre couche avec la maîtresse de l’écrivain qu’il est chargé, lui, de surveiller. (Une belle actrice, sincère et faible, qui sera acculée au suicide.) Alors le flic-militant comprend qu’il travaille, que tout le système travaille pour la jouissance des dirigeants et non pour une quelconque "bonne Cause". Il décroche, non parce que c’est un flic humain ou tendre, mais au contraire parce que c’est un pur et dur, qui veut servir la seule Cause. Et à la place de celle-ci il voit du sexe, du désir, de la jouissance non cadrable. L’élan totalitaire s’effondre sur cette envie de jouir, infime mais impérieuse, qui émane de la chair vive; cette faiblesse de l’humain qui sauve l’humanité. Après tout, même dans la grande URSS, ce sont les geôliers du système qui ont jeté l’éponge, suivis par la masse – laquelle, en se libérant, en se précipitant, les a piétinés: tout ce monde était suffoqué par le manque à jouir.

            P.S. La pression du manque-à-jouir a bien sûr d’autres usages. Par exemple, après mon article sur le Cardinal Lustiger (Libé 13/8/07), un historien a protesté[2] en disant que j’ai accusé le Cardinal de "manipuler" les gens, et le pape Jean-Paul II d’avoir de "noirs desseins". Le lecteur peut vérifier que mon article ne contient pas une telle idée. Alors pourquoi cet homme me l’a-t-il imputée? C’est ce qu’on appelle une projection, acte thérapeutique élémentaire; en l’occurrence, est-ce pour combler un manque-à-jouir? Espérons seulement que ça lui a fait du bien.


[1] Voir Libé du 17/9/07.

[2] . Voir C. Szlakman, Libé du 16/08/07, que je découvre aujourd’hui.

Le Cardinal. Un symbole unique

Le trait singulier du Cardinal Lustiger, c’est qu’étant juif et s’étant converti au christianisme (deux choses banales ou sans éclat particulier), il a dû maintenir toute sa vie qu’il était juif alors que le passage au christianisme, en principe, est fait pour dépasser ou accomplir l’être-juif. En tout cas pas pour le maintenir. Et lui a dû le maintenir parce que sa mère, gazée comme juive à Auschwitz, l’a comme rappelé à ses origines, d’un rappel radical mais voué à rester formel. Car de fait, toute sa vie, toute l’énergie de son action fut orientée vers la foi catholique, à propager le plus possible. Pour le reste, il a fait son travail d’homme d’Eglise actif et militant pour sa religion. Apparemment c’est assez rare pour paraître exceptionnel.

En revanche, ce qui est exceptionnel, c’est cette conjonction des deux traits, juif et catholique qui lui fut imposé par l’événement; imposé par le destin de sa mère et en un sens celui de son peuple; indépendamment de sa volonté.

Conjonction certes bizarre: "être-catholique", cela contredit radicalement "être-juif". "Jésus notre Dieu" n’est pas recevable par un Juif religieux pas plus que par un Juif athée.

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Monumenta-Kiefer

L’ensemble des œuvres – et déjà les deux "sculptures" – travaillent l’idée de ruine; l’existence de la ruine comme œuvre, dans la ruine de l’existence qu’impose l’histoire.

Et cette puissance détruite, machine de mort détruite, provoque une jouissance trouble, incertaine, sur l’arête entre la ruine de la puissance et la puissance de la ruine.

La ruine comme telle nous fait espérer; celle de l’ennemi violent, dont on voit et revoit l’effondrement; et même la nôtre. (Pourquoi notre ruine peut-elle nous donner confiance? C’est une autre histoire.) Ici, c’est la ruine de bâtis bruts, brutaux, rendus dérisoires par d’autres forces de vie.

Kiefer, né en 45, explore son inconscient qui, pour une bonne part, plonge dans le vécu très conscient de ses parents (et de son peuple sous le nazisme). Ce vécu que des jeunes (mus par l’Œdipe? Tant mieux…) ont découvert ou mis à nu dans les années 60.

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Retour d’Israël. Un désir de vie indestructible

Je reviens d’un bref séjour là-bas, dans ce pays où je vais de temps à autre non pas pour "prendre la température" du conflit ou pour mieux comprendre ce qui se passe (je sais qu’il y a là-bas l’irrémédiable passionnant de la condition humaine, et je me suis donné les moyens d’en éclairer quelque chose et d’en être assez averti[1]); j’y fais donc simplement de brefs séjours pour ressentir… la paix. Vous pensez que je me moque de vous: aller chercher la paix au Proche-Orient… Pourtant, c’est vrai, je la ressens là-bas, profondément: très différente des bonnes manières constipées d’ici où l’"on vous fout la paix": là-bas je sens des forces énormes de haine, d’amour, de jalousie, d’acquiescement… – dont les contradictions pourraient faire que le ciel tout entier vous tombe sur la tête, et justement, il ne le fait pas, il se retient, toute violence suspendue, et vous êtes là, je suis là sur la plage de Tel-Aviv ou la terrasse d’un grand hôtel à revoir un manuscrit pour l’éditeur parisien; tout est calme, la mer limpide est fraîche, le soleil (dont vous avez remarqué qu’il est devenu partout méchant sur notre planète, c’est cela le vrai problème écologique, c’est que les réactions nucléaires là-bas, à des millions de kilomètres, ont changé de nature, et ça dépasse les pauvres écolos qui ressassent des économies de bouts de chandelles quand la question est cosmique), le soleil donc, tempéré par une brise légère nous rappelle que c’est bon d’être là; et c’était bon tout à l’heure, à l’hôtel King David de Jérusalem, de déjeuner au calme en face de la vieille ville en regardant la muraille turque qui n’a rien d’antique et la prétendue citadelle de David qui était déjà sur nos kippas à Marrakech et qui ne date certainement pas du Roi David mais qui rappelle sa mémoire, sa transmission poétique, guerrière, éthique, prometteuse d’infini, de durée, d’existence durable – pour un peuple sans cesse menacé d’effacement parce qu’il fut le premier à faire une certaine trouvaille.

Et donc je suis bien là-bas, parce que toutes les violences possibles sont retenues. Pendant qu’on croit ici, en Europe, grâce aux images bien ciblées, que cette contrée est à feu et à sang, ou du moins "très chaude", on est bien là-bas avec son désir de durée, désir de vie indestructible. Ce n’est pas rien, dans un pays où une partie de la population considère que l’autre partie n’a rien à faire là, qu’elle est faite d’intrus, d’envahisseurs. Ce n’est pas faux, mais c’est ainsi: les Arabes sont venus avec la conquête islamique, l’histoire les a mis là depuis des siècles; personne ne peut les "virer"; et les Juifs sont là par leur parole sur cette terre, devenue terre "possédée" par cette parole, depuis des millénaires; parole qui les y a ramenés, souvent à leur insu, en plein XXème siècle. Eux aussi, personne ne peut les chasser. Et même s’ils disparaissaient, ils seraient encore là, dans la parole islamique qui les maudit régulièrement; ils seraient là en négatif comme l’éternel repoussoir de ce dernier monothéisme, qui a besoin d’eux pour nier ce qu’il leur doit et pour mieux affirmer sa pureté.

Ainsi, malgré cette dissension fondamentale et fondatrice, des formes subtiles de vie maintiennent les gestes du convivial. En outre, les Israéliens ont le don de réduire cette violence latente à des foyers ponctuels, des îlots infimes: parfois, dans mes brefs séjours, il y a un attentat-suicide, on l’entend, on s’interrompt dans la conversation juste un instant, le temps de dire que c’est triste, que c’est dommage, et on passe à autre chose. Autre chose, ce sont les débats interminables, les interprétations, les discussions passionnées, les affaires. Pendant que je déjeune au King Citadelle, non loin de moi, des Juifs parlant français discutent avec animation; au bout de combien de temps vont-ils parler d’immobilier? Trois minutes. Je n’ai rien contre, mais l’immobilier reste un des domaines où les idées, trop immobiles, n’inventent rien de transcendant.

            Je sors et je hume l’air de Jérusalem, j’aspire sa lumière fine. Sans vouloir la désacraliser, je remarque en passant que c’est une ville de montagne, qu’en altitude elle est plus proche de Chamonix que d’Aix-les-Bains, elle est à près de 900m, cela rend l’air plus pur et plus aigu, la lumière plus subtile et inspirée. Cela veut dire aussi que ceux qui l’ont bâtie, et le divin qui a choisi d’y "faire habiter son Nom", s’y connaissaient en bons lieux. Remarquez, ils parlaient non pas d’habiter (et encore de l’immobilier), mais de faire habiter quelque chose de mystérieux, dont le Nom de l’être est un profond symbole. Mes pas me mènent bien sûr vers le Mur (du Temple, pas l’autre), à travers la ruelle du souk – où je retrouve sous d’autres formes le souk de Marrakech où j’ai vécu; je demande distraitement à un jeune Arabe, en anglais, "The way for the West wall…What wall?" me dit-il. J’y arrive, et une nouvelle image me frappe: là-haut, la Mosquée et le Dôme, lieux fermés et bien bâtis, bien campés sur le Mont du Temple – et même, pourquoi ne pas adopter la version palestinienne: sur le Mont du Temple absent, là où la Mosquée "lointaine" vient remplacer le Temple-juif-qui-n’a-jamais-existé… Et je vois le Mur en contrebas, et les Juifs qui prient à ciel ouvert, "dehors" par rapport à un "dedans" qui n’existe pas, puisqu’ils prient et s’agitent au pied du Mur. Le contraste m’a saisi. Une Française me reconnaît: –Vous êtes Sibony? Vous avez fait une conférence… Je me permets alors de demander à sa fille israélienne enturbannée (très religieuse) si elle savait quel jour on visite la Mosquée. Réponse nette: Il ne faut pas y aller. On ira seulement le jour du Mashiah, car pour l’instant c’est entre leurs mains. Je m’éloigne après un bref échange, en me disant que la folie a encore toutes ses chances, et après avoir vérifié que la fille ne comprend pas des versets bibliques essentiels, comme celui qui était sur les murs de la synagogue en grotte, là à gauche du Mur, le verset qui dit: "Acclamez son peuple, O nations, car il vengera le sang de ses serviteurs, etc." Ils l’ont retiré, bizarrement. En tout cas, la fille, son fanatisme lui remplaçait tous les versets.


[1] . Voir Proche-Orient. Psychanalyse d’un conflit, Seuil, 2003.

[2] . Op. cit.

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2/6/07 – Guerre des Six jours – ou: Les bluffs dangereux

Dans cet article paru dans Libé, Rebonds, du 7/6/2007, vous trouverez en caractères gras les passages qui ont été coupés.

Le 5 juin d’il y a 40 ans, jour pour jour, j’entendis avec stupeur à la radio que l’aviation israélienne était au-dessus du Caire, ayant cloué au sol son homologue égyptienne… J’étais soulagé et inquiet. Depuis près d’un mois, depuis que Nasser avait bloqué le Détroit de Tiran pour étouffer le port juif  d’Eilat et empêcher Israël de recevoir le pétrole, on assistait à un véritable ameutement des foules arabes, orchestré par les chefs d’Etat et par le chef palestinien de l’époque autour du mot d’ordre: les Juifs à la mer. Même la suave chanteuse égyptienne Oum Kalsoum chauffait les masses du Caire par un hymne dont le refrain était adbah! (égorge!). A l’époque, je faisais une thèse de math et de la philo, cela faisait un an que j’étais au Parti communiste pour combattre l’impérialisme et le capitalisme. J’étais plutôt méfiant envers les chefs israéliens, qui étaient du reste plutôt distants envers "les Juifs", comme s’ils croyaient à leur mythe de créer l’homme nouveau. Mais le spectre de l’Extermination, 22 ans à peine après Auschwitz, était présent dans certaines têtes, dont la mienne. Je quittai donc le PC car son discours sur "Israël tête-de-pont-de-l’impérialisme-américain" ne collait pas avec les faits. Bien sûr, je me raisonnais: "les Etats arabes ne pourront pas comme ça effacer Israël", mais je m’objectais: "Et pourquoi pas? Pourquoi les mépriser d’avance? Ils sont armés et nombreux…" Même les Marocains envoyaient des blindés; il n’y avait pas que la Syrie , l’Egypte, la Jordanie qui ameutaient. L’Irak aussi…

Israël a donc attaqué le premier, a vaincu les armées arabes en 6 jours et ses soldats ont pu toucher l’élément originaire, le symbole fort: la vieille ville de Jérusalem, le Mont du Temple – sur lequel les troupes islamiques, treize siècles avant, avaient mis leurs emblèmes victorieux, le Dôme et la Mosquée.

Plus tard, on s’est dit qu’Israël n’aurait pas dû être l’agresseur. Mais  la Guerre du Kippour en  73 a confirmé que s’il n’attaque pas le premier, vu sa petite taille, c’est le massacre, et il est vite menacé dans son existence. Des historiens nous disent que cette Guerre des Six jours (dont nos manuels scolaires ne parlent pas) éclata par inadvertance. Un acte manqué, en somme; mais alors, qui révèle le fond des choses: l’humiliation subie par le monde arabe, dans cette guerre, renouvela celle qu’il a subie en 48 à la naissance de l’Etat juif. Un véritable traumatisme, car en principe, dans l’identité islamique instaurée par le Coran, la question juive était réglée: les vrais bons juifs sont musulmans, comme ceux de la Bible , les autres sont des pervers dans l’ensemble, parfois des braves gens isolément; mais l’idée qu’ils aient un jour une souveraineté est exclue. Dès lors, dans la mentalité officielle arabo-musulmane, Israël était à effacer. Même si des Arabes lucides lui vouent une certaine admiration. Mais avec  la Guerre des Six jours, on ne l’effaçait pas, il était victorieux.

A partir de là, on observa de curieux phénomènes. D’abord une sorte de greffe: du fait qu’Israël devenait ponctuellement occupant colonisant les territoires conquis, on greffa sur lui ces deux traits et cela le rend globalement occupant et colonialiste; on pouvait donc ameuter contre lui toutes les forces anti-coloniales. Il y eut aussi des surenchères morales chez les Juifs; certains, comme Y. Leibovitch fustigeant Israël comme nouvel Etat nazi, pas moins. Ce qui permit à des cohortes d’humanistes en manque d’indignation d’emboîter le pas: Oui, Ramallah c’est Auschwitz, déclara un prix Nobel de littérature.

Autre fait, plus positif: il fallait rendre les territoires. Avant 67, on ne parlait pas de les rendre puisqu’on allait, un jour, libérer toute la Palestine. Mais depuis 67, Gaza, que l’Egypte occupait et n’a jamais pensé à rendre, devint une terre à restituer de même que la Cisjordanie occupée par  la Jordanie qui ne pensait pas davantage à la restituer. Ce fut une sorte de transmutation: ces terres devenaient palestiniennes du fait d’être passées entre des mains israéliennes. Il faut dire qu’avant, même les Palestiniens n’exigeaient pas des Etats arabes d’avoir d’abord Gaza et  la Cisjordanie comme base de départ dans leur lutte contre Israël. Etonnant.


[1] . Proche-Orient. Psychanalyse d’un conflit, (Seuil, 2003).

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Conférences

"Corps – Techniques – Symbolique (suite)

le 13 juin 2007 à 20H00

Hôtel de l’Industrie,

4 Place Saint-Germain-des-Prés, Paris 6è

Conférence de Daniel Sibony

sur le thème

Bible et Laïcité

au Cercle Bernard Lazard

rue Saint Claude Paris IIIème

Le Jeudi 31 mai à 20h.30

ET

Intervention de Daniel Sibony

sur le thème

Trouvaille et Création

dans la science et dans l’art

le vendredi 1er juin à 14h.30

Ecole de Physique Chimie de Paris

10 rue Vauquelin Paris Vème

ET

La 7° Conférence de Daniel Sibony

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