Archives mensuelles : avril 2013

On pèche par où l’on prêche

Les Responsables délinquants demandent en fait qu’on les arrête

     Beaucoup de délinquants, petits ou grands, demandent en fait qu'on les arrête, quand la dérive de leur symptôme les angoisse trop. En un sens, DSK a provoqué ce grand ramdam pour que "ça s'arrête", "ça" étant son addiction incontrôlable au féminin-disponible. Est-ce que ça s’est arrêté ? Qui sait ?
 Un ami m’a suggéré que les cris et les menaces du dictateur Nord-coréen voulaient dire en fait: "Arrêtez-nous! Prenez-nous en charge! On n’en peut plus! On crève la faim avec nos fusées nucléaires; vainquez-nous et qu’on puisse se reposer."
     Mais revenons à notre petite France, où le ministre du budget vertueux a peut-être voulu, lui aussi, que "ça s'arrête". C'est fréquent, lorsque le conflit intérieur est trop fort entre ce qu'on fait et ce qu'on dit.
     En un sens, Gilles Bernheim a suggéré qu’on le démissionne, et que ça s'arrête; c’est qu’à la fin il y est allé fort: avoir transcrit des pages entières d'un livre récent dans sa plaquette sur le "mariage homosexuel", témoigne d'un acte manqué compulsif quant au plagiat.
     Son affaire a blessé beaucoup de Juifs pour qui c’était un représentant. Le monde juif est très sensible aux signes de reconnaissance qu'il affiche face aux autres. La reconnaissance lui a été si longtemps refusée, qu'il souffre lorsqu'un de ses responsables en donne des signes qui se révèlent faux.
     Mais on peut espérer qu’au-delà de cette blessure, une remise en question ait lieu concernant le culte des titres, des parades honorifiques, des postes en vue, etc., grâce auxquels des braves gens nourrissent leur Moi sur le dos d’une identité qu’ils exploitent au mieux. G. Bernheim, inconsciemment, a incarné ce point de souffrance du peuple juif où ce qui est recherché plus que tout, c’est l'aval des autres, mais pour lequel on paie le prix. Quand une personne triche là-dessus, c’est fort triste pour elle et cela insulte ceux qui paient le vrai prix. Mais la communauté peut profiter de l’épreuve, si cela peut mettre dans la tête de beaucoup, que les titres honorifiques, il n'y a pas à en faire le culte. Toute identité comporte déjà assez de triche et de semblant pour qu'il n'y ait pas, en plus, à tricher sur l'identité. Si le hasard montre que le titre qu'on exhibe est bidon, c'est plutôt un bon appel de vérité qui traverse le semblant. D'ordinaire, la toilette identitaire consiste à masquer les tâches, nier les manques, truquer les déficits. Peut-être faut-il autre chose: faire rupture régulièrement avec l'idole que l'on devient, ou avec l'idolâtrie que l’on suscite, lorsqu'on finit par se prendre pour ce qu'on est.
     Curieusement, on pèche souvent par là-même où l’on prêche; et le rabbin a ignoré la troisième des "Dix Paroles", celles des Tables de la loi. Elle dit de ne pas user du Nom pour le mensonge. En version religieuse, cela concerne le Nom divin, à ne pas profaner. Mais en version laïque, plus profonde, cela veut dire: ne pas nommer les choses et les êtres de façon mensongère: par exemple, ne pas mettre son nom à la place d’un nom d’auteur (plagiat), ou ne pas se faire nommer par un titre qu’on n’a pas. Se mal nommer, c’est mal-dire (ou médire ou mau-dire) sur soi-même. Le Nom, c’est le pouvoir de bien nommer, de façon juste, les êtres et les choses. Mal en user, c’est abuser du Nom, c’est le dévaloriser, et comme le dit Camus, c’est ajouter aux malheurs du monde.
 Ce n’est pas qu’un Responsable politique ou religieux doive être impeccable (exigence totalitaire et absurde), c’est qu’il ne doit pas faillir à l’endroit même où c’est très douloureux pour ceux dont il "répond".
     Cela dit, quand on pense que d’importantes identités, politiques ou religieuses, sont tenues ou verrouillées par des braves gens qui répondent à peine d’eux-mêmes, on se dit que l’épreuve de vérité, qui fait passer de l’identité à l’existence, demandera beaucoup de temps et de chance.

 

Supplément à « Petite synthèse sur le mariage pour tous et la filiation ».


(Ce supplément s'enrichira de petits ajouts au fil des rencontres.)

1. L’anthropologue Maurice Godelier dénonce avec raison l’idée d’« aberration anthropologique » brandie par les opposants à la loi (du mariage homo). Heureusement qu’une discipline ne désigne pas ses singularités comme des aberrations. En revanche, ceux qui parlent d’« aberration anthropologique » se réfèrent au vécu largement majoritaire de leur société ; faut-il leur demander de se hisser au dessus de la planète pour voir qu’il y a, çà et là, d’autres variations familiales ? Et leur demander d’endosser ces variabilités, et de les faire avaliser par la loi de leur pays ? Quand ils disent : Mais ici, on est en France, pas en Australie ou en Afrique, est-ce du « racisme », ou est-ce un désir minimal d’être assez près de ce qu’ils vivent ? Naguère, on pourfendait les exceptions au nom de la norme ; pourquoi faut-il inverser en alignant la norme sur l’existence d’exceptions ? Des tenants de la loi prétendent même qu’il n’y a plus de norme, plus de normalité. Encore un mot à bannir, on le paiera par un déni de réalité ou un peu plus d’hypocrisie.

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On croule sous la vertu

Des médias font un gros travail de conservation : transférer la grande colère en indignation vertueuse.

    Je suis impressionné par la vertu rigoureuse qui règne dans ce pays, ou que des médias font régner, ou dont ils font croire qu'elle doit régner. Un ministre a menti, et "les yeux dans les yeux"!… Quand on pense que jusqu'ici aucun gouvernant n'a menti, on est horrifié, en effet. Mais une fois qu'on reprend ses esprits, et qu'on se rappelle tous les mensonges des dirigeants depuis que la politique existe (Mitterrand avait usé de la même formule, "les yeux dans les yeux", pour mentir tranquillement), on se dit que le plus terrifiant, ce serait des dirigeants qui ne mentent pas; qui seraient des automates de la vérité. Or même les automates "mentent", lorsqu'ils dysfonctionnent; et tout être qui fonctionne, notamment, tout grand fonctionnaire peut un jour dysfonctionner.

 

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Petite synthèse sur le mariage « pour tous » et la filiation

– I – Analyse

 1. Problème de mots et de vérité

     La loi du mariage "pour tous" a des effets intéressants sur l'acte de nommer, sur le sens des mots, donc aussi sur le mouvement de la vérité. Le texte de loi supprime les mots mari et femme, remplacés par "époux" et les mots "père" et "mère" remplacés par parents, pour pouvoir bien nommer les deux membres d'un couple homosexuel, d'hommes ou de femmes, du point de vue de leurs liens, et au regard de leurs enfants. En apparence, cela ne pose pas de gros problème. Dans leur intimité, ils ne vont pas s'appeler "cher conjoint", l'homme pourra appeler son époux "ma petite femme", la femme appeler son épouse "mon chéri", cela fait partie de leurs fantasmes. C’est du point de vue du tiers, à commencer par l’enfant, que les choses vont se déployer ; d'autant plus que la loi met en place l’adoption. (Les enfants actuels de ces familles seront adoptés chacun par le ou la partenaire du père ou de la mère. Mais déjà, en changeant le sens du mot mariage, on pointe la présomption de filiation, avec pour parents deux homosexuels.)


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