Archives annuelles : 2016

Informations

1. Je signale mes YouTube récents :

« Que veut dire tu aimeras (pour) ton prochain comme (pour) toi même ? »
https://www.youtube.com/watch?v=LaSwMPDCkg4

Syrie, bouillonnement sanglant d’intérêts opposés où les plus intéressés gagnent  :
https://www.youtube.com/watch?v=HdXYTBE3eEs

L’Histoire a-t-elle un sens global ou bien plutôt du sens local qui se renouvelle et se contredit ?
https://www.youtube.com/watch?v=x3b–eIBP3I

Il y a les prénoms qui donnent du jeu et il y a les prénoms « idéaux » :
https://www.youtube.com/watch?v=BrQTbCWiqI0

2. Je serai l’invité des deux prochaines émissions
Talmudiques de France-Culture :
le dimanche 1er janvier et 8 janvier à 9h10 le matin

3. Le séminaire du 18 janvier aura pour titre :
Histoire et psychanalyse

Informations/Nouvelles

Intervention Dimanche 4 Décembre à 16 h
au Cercle Bernard Lazare, Rue Saint-Claude
Sur La figure divine

Dimanche 11 décembre à 19 h
Mairie du 16 ème à Paris
Sur Le christianisme et les autres

Je signale deux récents YouTube :
Sur les élections https://www.youtube.com/watch?v=es_32Cb4480
et sur La petite lumière https://www.youtube.com/watch?v=LdEkx3C8UcI

J’ai un compte Twitter https://twitter.com/DanielSibony

Le séminaire de Décembre ( le 21) sera sur Amour et politique
Même lieu, même heure

Pourquoi se sont-ils à ce point « trumpés » ?

La victoire de Trump prouve d’abord que nous vivons sous un battage médiatique débonnaire et « sympa » qui relève plus du wishful talking que du débat, de la recherche du possible (ne disons pas  recherche de la vérité : sur la scène médiatique elle relève de l’obscène) ; disons juste d’un certain questionnement.

Ce despotisme débonnaire de la doxa, au profit de ceux qui la fabriquent, on ne le sent pas, on ne s’en rend pas compte, il s’impose dans l’évidence : ses ténors un peu partout disent ce qu’ils pensent et leur propos étant gonflés à souhait, amplifiés comme il faut, cela devient « ce qui se pense », puis par un léger glissement « ce qu’il convient de penser » ; de sorte que le reste n’est pas convenable. On passe de ce qu’ils souhaitent à « ce qui est souhaitable » par un effet d’évidence.

Cette évidence se fait sentir également dans la culture. Si l’on écrit sur l’islam en doutant que ce soit  une religion d’amour, ou sur le Proche Orient en doutant que les Palestiniens portent l’espoir de l’humanité souffrante, ou sur le djihad sans dire que c’est une regrettable déviation, ou sur la laïcité sans dire que c’est le droit de pratiquer sa religion dans les lieux publics, etc., c’est dans l’évidence qu’on est mis hors-champ, hors culture, hors débat, avec un air entendu et souriant, qui fait qu’on n’a pas à en parler.

Et si ceux qui ont voté Trump en ont eu marre de cette évidence qui retire la parole à ceux qui gênent la doxa ?  Pour ma part, j’avais prévu depuis longtemps cette victoire mais je n’en ai rien dit : pourquoi se faire ostraciser pour une simple prévision ? Une prévision contrariante devient une mauvaise opinion, une opinion mauvaise, dans ce halo où le narcissisme des faiseurs d’opinion s’étale sans réserve, censurant gentiment les autres pour leur plus grand bien « aussi » ; que ce soit sur le Brexit, l’Amérique, le Proche-Orient, l’islam, le vivre ensemble, la laïcité, le terrorisme, etc.

Mais en un sens, ce n’est pas si mal, en un sens un peu subtil : c’est que la réalité ne suit pas l’opinion supposée bonne qu’impose l’opinion convenable. Bien sûr, on imaginerait qu’à force de recevoir des claques, venant de la réalité, cette bonne opinion se mette un peu à réfléchir, à changer, à s’ouvrir à d’autres opinions, à pratiquer le débat au lieu de l’annoncer et en même temps de l’empêcher. Mais cela n’aura pas lieu. La place de faiseur d’opinion est trop tentante, et ceux qui est l’occupent peuvent  même changer d’opinion, pourvu que la nouvelle qu’ils adoptent fasse l’objet d’un battage totalisant qu’ils pourront orchestrer. C’est ainsi, il faut juste le savoir, et sinon en tirer des conséquences, du moins s’attendre à des surprises, les fameuses claques venant de la réalité trop souvent déniée.

L’homme broyé par la benne à ordures. Un sacrifice humain pour la justice

Un poissonnier du Rif, dans le nord du Maroc, a été surpris par la police avec des espadons, dont la pêche est paraît-il interdite. (Pourquoi ? Puisqu’ on en trouve sur le marché.) On a dû lui confisquer ses poissons pour les jeter dans la benne à ordures, il a dû résister, s’accrocher, le résultat est qu’il s’est retrouvé dans la benne, broyé comme les déchets ; c’est en tout cas ce que montre une vidéo prise par un passant: on n’y voit la tête et le bras de l’homme qui dépassent. Dans le meilleur des cas, les agents ont dû vouloir appliquer la loi, l’homme a pu vouloir résister devant ce qui lui semblait injuste ; l’application de la loi a continué, comme une machine, qui lui a donc broyé le corps.

Le problème ainsi posé se retrouve assez souvent, à tous niveaux, lorsque les tenants de la loi, ou ses exécutants, étant sûrs de la détenir, de l’avoir bien en main, d’être complètement légitimes, oublient que l’objet auquel ils l’appliquent est un être humain, avec un corps, une âme, des émotions et des pensées ; qu’on ne peut pas le tuer pour que la loi soit satisfaite. Ou pour que la jouissance de ceux qui l’appliquent soit assurée. La loi est faite pour maintenir un ordre humain favorable à la vie, si elle piétine la vie pour satisfaire son ordre à elle, on entre dans le chaos même s’il n’est pas visible, même si seule une image, comme celle-là, en témoigne.

Ceux qui détiennent la loi deviennent un danger public lorsqu’ils oublient qu’elle doit avoir deux dimensions, la rigueur et la grâce ; et que l’oubli de la seconde fait que la loi tourne au règlement de comptes, entre ceux qui la détiennent et ceux qui la subissent. Du reste, lorsqu’il y a un couac de cet « ordre » assez borné, un acte manqué qui dévoile la férocité cachée, celle d’une loi sans grâce, le peuple se soulève et amène sur la scène d’autres comptes qu’il voudrait bien pouvoir régler de façon plus juste. En l’occurrence, il crie qu’il en a marre de l’humiliation (il y ajoute dans ce cas celle des Berbères par les Arabes).

En principe, les gens n’ont pas à se sentir humiliés par les tenants de la loi. Celle-ci devrait être bénéfique pour tous, sauf pour ceux qui en abusent. En l’occurrence, le peuple veut dire que ceux qui la détiennent en abusent ; qu’ils tiennent à la loi parce qu’elle leur donne le pouvoir d’abuser tout en restant couverts par elle, tout en cachant la jouissance qu’elle leur procure, jouissance cachée qui parfois éclate.

Hélas, il n’y a pas d’Ordre qui nous protège  de ces abus. On peut rêver d’une révolution, qui réforme le droit, les rapports sociaux injustes, etc., mais cette révolution a déjà eu lieu, elle a promu chaque fois une avant-garde qui est devenue, très normalement, un pouvoir de parasites qui organisent leurs abus sous la protection de la loi. Il n’y a donc aucun espoir de cet Ordre. Mais il y a l’espoir que des cas singuliers comme celui-ci redonnent une chance à la justice comme événement et non comme ordre idéal.

Il est presque certain que l’enquête conclura à l’accident, chose qu’on regrette et qu’on déplore, mais que faire ? Or quand la parole est plombée, il n’y a que l’accident (le faux-pas, l’acte manqué) qui déchire le voile et permet d’entrevoir tout ce qui remue sous la chape de silence et d’hypocrisie. Si on écarte l’accident, puisqu’il est exceptionnel et qu’on ne vit pas constamment dans l’accident, alors on écarte ce qu’il signifie et qui n’a rien d’accidentel, et on retombe dans le silence, dont l’accident était le cri. De fait, les foules ont crié contre la Hogra, qui veut dire plus que le mépris : l’humiliation. Elles protestent contre l’humiliation essentielle et quotidienne, contre l’état des choses qui comme tel est humiliant. Cette mort de Fikri (c’est son nom) symbolise  l’humiliation, et dépasse l’appel à un peu plus de retenue dans la jouissance des abuseurs.

Il s’agit de la justice, non pas celle de l’institution mais celle qui fonde la dignité des liens humains : tout se passe comme si, à force d’être bafouée, la justice devenait méchante et prenait au hasard un corps opprimé pour le sacrifier de façon sanglante, spectaculaire, pour que les autres voient clair, qu’ils ouvrent la bouche, pour faire un trou dans la chape de soumission, souvent d’ailleurs entérinée par l’emprise religieuse.

Hollande : une perdition réussie

Ce cher Hollande en fait tellement qu’il en devient un cas psycho-pathologique intéressant. « Cher », il l’est : non seulement il nous a coûté cher, mais plus de la moitié du pays, il y a cinq ans a enchéri pour l’acquérir, pensant que cela lui donnerait de la consistance, de la force. Espoir massivement déçu.

Quant à lui, il a joui du pouvoir, comme bien d’autres, mais au moment de l’échéance, il voit le gouffre, et entrevoit que son sentiment de supériorité risque de se fracasser sur du réel. Déjà en concourant avec les siens lors des primaires, avant d’entrer dans une arène très encombrée. Alors comment quitter la scène en restant supérieur, du moins à ses yeux ? La solution la plus simple est de rendre impossible sa candidature. C’est la même solution (inconsciente) qu’avait trouvée DSK, il y a cinq ans : il rechignait en fait à s’engager dans la bataille, sa pulsion (ou sa compulsion) sexuelle est venue à son secours, et le scandale l’a mis hors jeu. Ici, c’est la simple pulsion narcissique : taper gentiment sur tout le monde pour ne pouvoir se présenter devant personne. C’est plutôt réussi. Avec ce livre sur ce qu’il n’aurait pas dû dire, il mêle avec succès perversion et débilité, en se tenant sur l’arête, entre les deux ; cela sidère et embrouille assez de monde pour que la réaction dominante soit celle des gens navrés, désolés de voir l’Objet symboliquement très investi tomber très bas.

Face à lui, il y a cinq ans, Sarkozy a perdu parce qu’il avait trop montré sa jouissance du pouvoir, sa certitude narcissique de tout résoudre par son seul rayonnement. Et voilà qu’à son tour, il cherche et trouve à se perdre pour une raison analogue : il a trop joui de sa confiance et s’est trop fié à sa jouissance pour que ce soit rattrapable. Les efforts de ces derniers mois ont surtout visé à acheter toujours plus d’électeurs, ce qui révèle une autre certitude cynique: c’est que tout s’achète, notamment la soumission. Or il semble y avoir, s’agissant d’élection, malgré toutes les mascarades, une infime exigence de la part du peuple, pourtant réduit  en bouillie ou en poussière d’individus, une exigence un peu spirituelle, une ultime et poignante coquetterie qui veut que la voix qu’on donne soit donnée et non achetée. Juste pour se dire qu’on a beau être dans des rapports purement marchands jusqu’au délire, « il y a autre chose », on ne sait pas vraiment quoi, qui donne envie de tolérer telle jouissance et pas telle autre Sur ce plan également, la perte est réussie.

Que de répétitions… N’y a-t-il vraiment personne pour innover, ne serait-ce que dans la mise en scène ?

Nouveau livre de Daniel Sibony et reprise des conférences

Nouveau livre de Daniel Sibony

Un certain « vivre-ensemble ».
Musulmans et juifs dans le monde arabe.

En librairie le 21 Septembre 2016.

(Présentation disponible en cliquant sur ce lien : https://www.youtube.com/watch?v=-MzF4JVYD_Q)

Reprise des conférences de Daniel Sibony

Matière à repenser

à la Faculté de médecine de Paris, 15 rue de l’école de médecine, 75006 Paris

Entrée: 15 euros, étudiants: 5 euros
Gratuit pour les étudiants de la Faculté de Médecine

Retenez les dates suivantes :

Mercredi 19 Octobre, 16 Novembre, 21 Décembre 2016,

18 Janvier, 15 Février, 15 Mars, 19 Avril, 17 Mai, 21 Juin 2017

à 19H00 Pavillon 3.

 1ère séance :  le 19 Octobre

Présentation du livre : Un certain « vivre-ensemble ».

Musulmans et juifs dans le monde arabe.

à 19H00, Pavillon 3

Cocktail

Les conférences récentes de Daniel Sibony sont disponibles sur : akadem.org

Attention, ne faites pas le jeu de…

Après les attentats en France et une fois digérée l’impuissance des responsables, il reste un certain désarroi, mêlé d’abattement ou de colère, et aussi du sentiment d’être berné par des gens incompétents qui n’ont pas pu ou pas voulu prendre la mesure du problème ; mais qui veillent sur l’opinion endolorie, qui lui tâtent le pouls mental. Ils ont repéré un risque de réactions violentes, non pas contre « les musulmans » en bloc (les gens ne sont pas si bêtes), mais contre des responsables de tous ordres, contre un étau d’autocensure, etc. Juste un risque, sans plus ; mais il faut le prévenir ; il faut, par une campagne adéquate casser cette violence avant qu’elle ne s’exprime. Le discours à faire passer, idéalement, serait  de dire : Supportez ça, chers citoyens, et fermez-la. Mais ce serait indécent ; alors on réunit des experts qui distillent ce refrain: Tout ce que cherchent les islamistes, c’est des réactions violentes. Sous entendu : Vous ne voulez pas faire le jeu des islamistes n’est-ce pas ? Alors rentrez votre colère (et même, si possible, souriez ; allez vers la vie, quoi…) On a reconnu au passage le coup de massue qui sert à mater les mauvais esprits, ceux qui alertent et qui, étant sur le terrain, désignent des problèmes réels. Ils font « le jeu de… » En principe, c’est le jeu de l’extrême droite (argument qui a orchestré toute la vie politique, pour le plus grand profit de ceux qui l’ont lancé et qui ne cessent de le relancer). Mais là, l’accusation franchit un cran : Vous faites le jeu des djihadistes ! Chacun aura compris que pour être vraiment clean, il ne faut faire le jeu de personne ; de préférence, aucun jeu ; il faut se mettre hors-jeu, autrement dit se la fermer ; cqfd. Dans le petit conclave qui prévenait doctement contre le risque de faire le jeu des islamistes, Boris Cyrulnik était très actif, précisant qu’il n’aime pas parler de « victimes » des attentas, que c’est un terme trop juridique. – Alors quel terme employer ?- Eh bien, je préfère dire blessé, cabossé.

Il y a eu beaucoup de cabossés qui ne sont plus là pour apprécier la nuance. Le même professeur avait naguère, lors d’une émission sur le massacre d’Oradour, soutenu qu’il fallait en absoudre les auteurs, parce qu’ils avaient « agi sur ordre ». En somme, ils n’étaient pas totalement libres, donc ils ne sont nullement responsables. Ici on retrouve cette même logique (débonnairement totalitaire) : si votre réaction aux attentats n’est pas totalement dans le cadre tracé par les responsables, qui ont clairement fait leurs preuves, alors vous êtes irresponsables.

Jusque là, après les attentats, on cherchait « notre faute » : on n’a pas compris ces jeunes, on ne les a pas intégrés, pas soutenus, etc. Aujourd’hui, cela paraît indécent car l’ennemi a fort bien précisé son projet, Coran à l’appui : guerre sainte aux mécréants,  guerre perpétuelle jusqu’à ce que la vraie « paix » soit établie, celle qui définit l’islam. Plutôt que de réfléchir à de tels éléments, on préfère alerter sur le risque de « faire le jeu… », et se féliciter des progrès accomplis dans la mise en place des secours.

Étonnamment, après le massacre de Nice il y a vu un appel d’une quarantaine de musulmans, dont on aurait pu croire qu’ils appelaient leurs frères à se dresser contre ces meurtres ; en fait, ils appelaient les responsables politiques à leur donner, à eux, plus de pouvoir. Des modérés invoquant les attentats pour réclamer du pouvoir… Voilà des gens dignes qui ne font pas le jeu du djihad, c’est le djihad qui fait leur jeu. Voilà aussi qui peut servir à éclairer les liens complexes entre islam modéré et islam radical, et nuancerait le cliché selon lequel ces deux faces de l’islam n’ont rien à voir l’une avec l’autre.

L’appel des musulmans contre les attentats

Cet appel contre les attentats commis en France (paru dans JDD 31 juillet) oublie de mentionner l’attentat contre l’Hyper kasher de Vincennes. C’est un oubli très signifiant, un vrai lapsus qui avoue la haine antijuive logée au cœur de l’identité islamique, dans son texte fondateur, le Coran. Tout ceux qui sont élevés dans cette culture ont plus ou moins mémorisé des versets du Coran, tous pleins de vindicte envers les juifs.

Pourquoi cette vindicte si spéciale (que les occidentaux découvrent à peine alors qu’elle a plus de 13 siècles) ? Parce que c’est à la Bible hébraïque que le Coran emprunte l’essentiel de sa substance. Et lorsque vous plagiez le livre de quelqu’un, il vous devient antipathique surtout s’il ne suit pas la « vraie » version du texte, la vôtre, bien sûr. Le Coran maudit les juifs parce que le Dieu qui l’a dicté n’a pas pu faire autrement que de copier la Bible hébraïque en accusant les scribes qui l’ont écrite de l’avoir faussée, de n’avoir pas annoncé nommément l’arrivée de Mohamed.

C’est ce schéma qui conditionne le rejet instinctif des juifs, chez les auteurs de l’appel et chez la plupart des musulmans. Non pas qu’ils vivent cette vindicte à chaque instant, ils peuvent même l’oublier quand ils copinent avec des juifs, mais elle ne les oublie pas lors des moments décisifs où ils « prennent position » ; elle les rattrape et elle se parle à travers eux, même à leur insu, même par des silences.

Autre fait éloquent : des musulmans avertis soulignent que dans l’attentat de Nice, il y a eu une terrible nouveauté : pour la première fois, on a tué des enfants. Ils oublient l’attentat de Toulouse  contre une école juive, où chacun a vu à la télé ce bon  islamiste traîner par les cheveux une fillette avant de lui loger une balle dans la tête. Mais ce n’était pas une enfant, c’était une juive.