Archives mensuelles : mai 2017

On peut ne pas trop se duper

J’ai retrouvé un de mes textes parus dans Libération en 1987 où j’expliquais « l’effet Le Pen », ou FN ; notamment l’usage par les médias de cet objet devenu magique depuis 30 ans et qui fonctionne comme un joker négatif : on le sort à tout bout de champ pour donner tort à qui objecte. Si par exemple il dit ce qu’il ne faut pas dire, alors « il fait le jeu du FN » ; s’il dit que l’Islam dans la culture occidentale pose problème, encore le jeu du FN. S’il ne veut pas voter comme il faut, s’il ne veut pas avoir peur que Marine Le Pen soit à l’Élysée, s’il est sûr qu’elle ne passera pas parce que la grande majorité des citoyens a bien perçu la haine fondatrice de son discours ? Encore le jeu du FN. Disons que le débat culturel et politique pendant 30 ans s’est ressenti de la pression de ce curieux effet de joker : celui qui tape sur le FN ou qui en agite la menace a forcément raison. Or le problème n’est pas qu’il ait raison ou tort, rituellement il a raison, mais son propos est hors sujet et ne sert qu’à faire taire les autres ou à les rendre suspects sur des problèmes cruciaux sans rapport avec le FN. Jamais l’énonciation des discours n’a été plus importante que l’énoncé. D’ailleurs, elle a eu des effets de censure et de distorsion délabrants. Pire qu’un champ magnétique qui dévierait le trajet des mots et provoquerait une cacophonie inaudible.

Mais cette fois, le résultat du vote confirme non seulement qu’il n’y avait pas à avoir peur du FN, mais que l’électorat, pourtant réduit à un langage plus que primaire, a pu se nuancer : une partie s’est dévouée pour voter Macron à contrecœur ou par défaut, permettant à l’autre partie d’approcher les 14 millions de citoyens, en s’abstenant ou en votant blanc ou nul. Bien sûr, la politique se fait avec de la mémoire courte, ou de la mémoire raccourcie : on oubliera ces données élémentaires. La course aux places est ouverte, et c’est normal, vu que le fait majeur de nos sociétés c’est la précarité des places d’où résulte que chacun est prêt, pour conforter la sienne, à étrangler la vérité si par malheur elle se montrait.
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Il faut être indulgent avec ceux qui ont grondé « le danger Le Pen » pour faire peur jusqu’au bout. La punition de ceux qui veulent rendre les gens idiots, c’est qu’ils finissent par croire à leurs propres discours, et à perdre leur esprit critique. C’est ainsi, on aime ses convictions plutôt qu’on ne les vérifie.

Il faut reprendre les problèmes faussés par « le débat », les reprendre un par un et les nourrir d’une autre vision. Parmi eux, le problème culturel et sociétal que pose à l’Europe l’idéologie coranique. Là-dessus, le nouveau président n’est simplement pas au courant ; il ne « sait » pas. Peut-on lui faire lâcher la croyance que la seule vision critique de l’Islam en Europe « fait le jeu du FN » ? Si une bonne âme veut éclairer sa lanterne sur ce point, je lui signale mon dernier livre Coran et Bible en questions et réponses. Elle y trouvera des éléments indispensables.