Archives annuelles : 2018

Des effets de langage dangereux

À propos du Proche-Orient

« La vie et la mort sont aux mains de la langue » dit un proverbe. C’est aussi vrai au niveau politique et militaire. La « guerre des six jours » (juin 67) est évoquée cette semaine à la radio. Je me souviens du jour où elle a éclaté. J’étais chercheur en maths à l’institut Poincaré, je suis allé au Luxembourg tout proche faire une pause, et j’entends à la radio d’un voisin : les avions israéliens survolent Le Caire. Petite sensation d’irréalité – et de soulagement – après un mois d’inquiétude et même d’angoisse : tant d’armées et d’États arabes qui se préparent à attaquer, tant de foules appelant à la guerre sainte (et la belle Oum Kalsoum chantant « égorge ! égorge ! » comme lors des grands sacrifices).

Si l’on consulte la presse d’un bon mois avant cette guerre, on voit des appels arabes qui brandissent la guerre comme seule issue, qui l’annoncent pour ainsi dire, et on entend Nasser dire qu’ « il n’y a aucun modus vivendi » avec l’État juif, que son existence même est une agression. Si on connait les dessous théologico-politiques de l’affaire, on reconnait le discours fondamental, voire coranique, mais dans une bouche nationaliste ; discours contre toute souveraineté juive. Il y a donc eu des effets de langage irresponsables, dont l’auteur ne calcule pas les conséquences ; or elles sont claires : l’état-major hébreu comprend que ce serait la guerre totale et décide, pragmatisme oblige, d’attaquer le premier, clouant au sol toute l’aviation arabe. La victoire s’ensuivit en une semaine.

Ces effets de langage irresponsables ont souvent été coûteux. Par exemple Saddam Hussein prétendit avoir des armes de destruction massive. Les autres en face, les Américains, l’ont cru ou feint de le croire et ont déclenché l’attaque. On n’a pas trouvé ces armes, mais le langage pour s’en servir était bien là, et c’est ce qui a compté. Car ces effets de langage sont comme des lapsus, ils semblent être des glissements de mots ou bêtises qui échappent, en fait ils expriment un conflit de fond, jusqu’ici irréductible. Il y a des ententes possibles, il y en a eu, mais quand l’esprit radical prend le dessus, l’irréductible s’impose.

Du coup, ceux qui ont prétendu que la guerre américaine contre l’Irak était fondée sur le mensonge, sur une fausse information touchant ces armes n’ont raison qu’en surface ; en profondeur ils ont tort : là où les effets de langage et les rodomontades prennent leurs racines, là où se trouve le conflit irréductible, qui engendre de temps à autre des guerres, du terrorisme, etc.

En 1967, c’est un djihad coloré de nationalisme qui devait avoir lieu ; mais les techniciens d’en face, stimulés par le réflexe de survie, ont pris les devants et tout désamorcé, reportant le conflit pour plus tard, et encore plus tard, etc.

Bien sûr, l’idéal serait que ces effets de langage soient pris par l’adversaire comme des paroles en l’air ; mais quel État peut se permettre un tel paternalisme, une telle condescendance, jusqu’à prendre ces menaces pour  une pure rhétorique ?

De même aujourd’hui, ces gens qui approchent la frontière de Gaza en menaçant, on aimerait qu’ils soient entendus comme des djihadistes vaincus qui crient leur désespoir : ils voient en effet Jérusalem leur échapper, et les termes de la guerre sainte qu’ils ont connus depuis 13 siècles se rectifier sous les coups de l’Histoire. Mais voilà, ils sont pris très au sérieux par ceux d’en-face, et aussi par nombre d’États qui les voient là-bas comme des champions de la liberté, et ici comme des champions de l’obscurantisme.

D’un dialogue fructueux avec l’islam

J’ai dialogué avec des islamologues et même avec un imam sur la violence du Coran envers les « gens du Livre » (juifs et chrétiens)[1]. Leur position n’est pas simple : ils nient la violence en question tout en l’admettant sans la reconnaître…Je comprends ce déni : ce n’est pas facile de vouloir vivre « avec » les autres et d’adorer un Texte qui les maudit. (Voir là-dessus mon nouveau livre : Un amour radical, croyance et identité). Le plus souvent, ils tenté d’imputer la vindicte aux circonstances, au contexte, ça ne marche pas trop mais peu importe. En revanche, deux arguments qu’ils énoncent méritent attention. L’un c’est que les sentiments antijuifs sont apportés par les musulmans de leur pays d’origine comme un élément « culturel » ; donc la culture là-bas   est marquée par cette vindicte, et on sait que la religion y est cruciale. Ils reconnaissent ainsi le problème. L’autre argument qu’ils avancent, c’est que « les musulmans ne sont pas tous mauvais et qu’on peut espérer que beaucoup interpréteront le Texte dans un sens de paix ». Autrement dit, la paix dépendra de leur gentillesse. Or c’est bien ce qui se passait en terre d’islam sous la dhima : les « incroyants » avaient le statut inférieur qu’ils méritent, étant maudits par Allah, mais en pratique, les relations quotidiennes pouvaient être correctes sauf si le croyant était méchant, ou s’il entrait dans sa zone de méchanceté, ou s’il se mettait en colère. Alors, il n’avait qu’à puiser dans le Texte sacré toutes les insultes possibles ; quant à oser le contredire, c’était risqué, c’était contredire le Texte sacré, et l’objecteur pouvait alors être accusé d’insulter à la religion (khta fddine), accusation suprême. (Cette démarche aussi est arrivée en Europe, à preuve les bavardages sur le blasphème, où l’on oublie que pour blasphémer dans une religion il faut en être). En tout cas, la situation est nouvelle en terre laïque : une religion peut vous insulter dans son Livre sacré mais si vous la critiquez, vous blasphémez.

C’est pourquoi, il faut non pas la critiquer, mais demander à l’État laïc d’interdire les appels à la haine en langage religieux. C’est plus sûr et plus sain que de s’en remettre à la bonté des « vrais croyants » qui est fluctuante comme chez tout le monde. Ce ne sera pas la première fois que la loi serait plus précieuse que le pari sur les bons sentiments. La loi aidera les vrais croyants à barrer cette transmission de la vindicte, au moins en terre laïque, là où la culture ne peut pas l’accepter.

[1] Voir l’Obs du jeudi 10 mai 2018.

Mai 68, un sacré travail du Vide

Le hasard qui n’en est pas un fit que j’étais là, à la première barricade, celle du 10 mai 68 rue Gay-Lussac, il y a  cinquante ans. Aujourd’hui, l’épaisseur de ce demi-siècle m’étonne par sa terrible simplicité. J’étais jeune chercheur en maths à l’Institut Poincaré, à 150 mètres de là où ça a commencé. J’avais fini ma journée et en partant j’ai vu qu’il y avait foule, je suis resté, c’était plutôt calme, on parlait, on « discutait », en fait on attendait quelque chose dont on n’avait aucune idée. C’est étrange et assez beau, une foule tranquille qui attend sans savoir quoi et qui bouge en tous sens comme pour chercher son Objet. On attend que ça se mette en « mouvement » ; ou mieux, on attendait que se « produise », comme sur une scène, un être mystérieux et familier qui s’appellerait « le Mouvement », qui nous prendrait en charge, grâce auquel on serait « mobilisés » et sur lequel on apprendra qu’il faut toujours veiller pour qu’il ne « retombe pas ». Il y avait bien un mot d’ordre (« libérez nos camarades », des étudiants de Nanterre arrêtés parce qu’ils avaient fait un Mouvement), mais au-delà du prétexte, il y avait comme un texte qui se cherchait, qui devait rester crypté, illisible, quoique son message fût assez clair : ce qui se donne comme autorité n’est pas légitime. L’autorité suprême, De Gaulle, traitera cela de « chienlit » et le paiera de son départ (en 69).

Quant à la barricade, ce fut comme une étincelle ; des jeunes armés de piques dépavaient. Le sable jaune, qui n’était pas celui de la plage, est apparu ; transgression et point de rupture évidents ; façon d’écrire sur le sol le « non » à cette autorité ; on entrait dans l’illégal, dans l’espace sauvage. En même temps, cette foule plutôt tranquille respirait une sorte de fraternité, inconnue des foules « normales » qui, elles, ont un but « dans le cadre » de la loi ; or on n’avait pas d’autre but que d’être là à dire « non ». C’était le mouvement de la présence. Certes, j’étais un peu décalé, notamment incapable de crier « CRS-SS », par souci d’exactitude, et quand ils ont chargé, tard dans la nuit, créant la fuite dans tous les sens, cela ne fit qu’ajouter un mot d’ordre (« À bas la répression ») au mouvement qui était bien décidé à être encoreprésent, à re-présenter le refus. Le vrai mot d’ordre sous-jacent était de maintenir le mouvement, en vue de quoi ? en vue de rester mobilisés.

L’auto référence en foule n’a rien à voir avec ce qu’elle est chez le sujet qui ne renverrait qu’à lui-même. Dans la foule, c’est du performatif ; le sens d’une action c’est le fait qu’elle a lieu et qu’elle soit approuvée par la masse, qui s’est « mobilisée » pour ça, précisément. Et c’était un léger désarroi quand l’action aboutissait : on ne savait pas quoi demander d’autre. De fait, quand « le pouvoir » déboussolé acceptait les demandes, c’était toujours un temps trop tard. La demande d’action était donc toujours là.

Agir ? C’était être « dans le mouvement » ; or pendant les deux mois qui suivirent, j’étais partagé entre mon savoir marxiste sur ce que doit être une « vraie » révolution, (avec des conditions assez strictes pour qu’elle n’ait jamais lieu mais qu’on puisse toujours la vouloir), et mon désir d’être là, dans ce mouvement indéfini où on libérait la parole sans voir que cela comporte un défi pour soi-même : avoir quelque chose à dire qui n’invoque pas l’autorité des savoirs ressassés. Heureusement, lorsqu’on glissait ou qu’on était à court, on se raccrochait au « non » comme à une rampe, un garde-fou.

J’ai donc vécu cet événement ou ce mouvement qui s’entretenait de lui-même, j’y ai vécu avec bonheur l’indéfini, à Jussieu où j’étais « maitre de conf » en maths, pendant deux mois et demi ; j’étais heureux, entre le Comité de grève aux réunions tri quotidiennes, les AG (assemblées générales et non anesthésie générale), les prises de parole, les manifs, les affiches, l’occupation des locaux. Occuper les locaux, c’est-à-dire y être, y vivre, ça vous occupe beaucoup. Les locaux impersonnels s’infiltrent en vous radicalement, ils deviennent des lieux d’être, non plus les contenants d’un travail abstrait, mais les occasions permanentes de rencontres, de réunions informelles (ou informes), où des choses peuvent avoir lieu même si, au fond, rien n’aura eu lieu que le « lieu de parole », une parole qui se ponctue de « décisions concrètes » pour ne pas devenir folle, pour toucher un peu de « réel ». C’est quand même très fort d’avoir maintenu un mouvement qui ne tenait sur rien d’autre que lui-même, avec cet appel lancinant : la lutte continueou ce n’est qu’un début… Même quand c’était la fin. Dès que le « mouvement » eut pris corps, on n’avait qu’une idée, le poursuivre ; on eût dit qu’il courait devant et qu’on était à sa poursuite ; lui seul savait où il allait : dans le sens du mouvement. Donc, occupation de la Fac, on y dormait parfois. Un jour, des paysans sont venus avec un camion de volailles, je les ai reçus au nom du Comité de grève, ils ont dit : « Camarades, on a pensé, vu l’occupation des lieux, que vous deviez manquer de vivres, alors voilà… » Ils venaient nous « soutenir », comme si on était dans un fortin ; c’était cocasse mais il y avait une part de vrai, on vivait là, on subsistait sans but précis mais dans l’urgence. Comme de courir d’une AG à l’autre pour parler, pour « tenir » une parole intenable, et vu que les choses connues ou syndicales étaient plutôt ennuyeuses, on parlait de ce que « devait » être la société, l’éducation ; j’en garde le souvenir d’une belle écume de mots, mais c’était tout sauf ridicule, dans cet esprit de l’événement pur dont la vraie force poétique est d’avoir lieu, d’avoir lieu d’être. De là m’est venue l’idée qu’un événement réel c’est d’abord une secousse d’être qui a lieu.

Bien sûr, après, c’est la partie cashqui a compté et qu’on a retenu : la grève des ouvriers, les accords de Grenelle, 10% d’augmentation, du jamais vu. Mais tout cet aspect était géré par des gens qui ont horreur du « mouvement » quand ils n’en ont pas le contrôle. Et ce mouvement était ailleurs ; outre son leitmotiv de « poursuivre la lutte », c’est-à-dire de durer, il se ponctuait de belles phrases comme : « Vivre sans temps mort et jouir sans entrave », ou « Il est interdit d’interdire », etc. Mais ce n’était pas sur des banderoles, c’était comme des arpèges ou des trilles musicales pour rendre la langue complice, pour la mettre en dérangement. Si elle pouvait faire en sorte que le mouvement continue, que l’événement ne cesse pas de se produire…

Ce qu’on demandait fut souvent accordé par la suite. De grands lieux de « création » ! Mais bien sûr, le Centre Pompidou. Une fac ouverte aux non-bacheliers ! Mais bien sûr, la fac de Vincennes (plus tard rasée par Chirac). Plus de sélection !  Évidemment, mais elle se fera plus tard, et sera d’autant plus féroce. C’est curieux, quand on y pense, de demander à ne pas être sélectionnés, à être tous pris, en oubliant qu’on est repris par le marché pour être triés.

En revanche, quelque chose du Mouvement s’est retrouvé dans le champ de l’art qui s’est appelé « contemporain », c’est ce côté événement pur où forme et contenu coïncident ; où l’on ose faire quelque chose sans savoir « au nom de quoi », en espérant que le nom vienne ensuite avec le renom. On fait œuvre avec la présence que cela produit, celle des corps, des gestes, du manque, du rien. Et ces œuvres, tout comme l’événement « 68 », à la fois vide et décisif, incarnent ce par quoi l’histoire nous confronte à nos failles. L’œuvre – ou l’action – s’impose d’elle-même si le public y participe. (« Participer », un maître-mot à l’époque, repris trop tôt par de Gaulle pour casser le mouvement, et qui depuis est devenu la prise de part au marché.)

En un sens, l’art contemporain a commencé en tant que « 68-art », avec côté happeninget ce trait performatif où le « sens » d’une action, c’est le fait qu’elle ait lieu ; tout comme le sens de l’œuvre est sa manière de mettre en acte le désir de l’artiste ; désir inconscient comme le mouvement d’alors, ce beau désordre subjectif, culturel, politique, qui s’est surtout exprimé dans les milieux étudiant, intellectuel et artiste, où l’individu s’affirme « au nom de » son désir de s’affirmer (même si plus tard l’idéologie du « projet » lui donne une couverture douillette). L’art « contemporain » a retenu ce trait : refus de se justifier autrement que par la présence et l’existence qu’on met en acte, ici et maintenant. Par ce qui peut se produire quand se croisent, dans l’œuvre ou dans l’acte, deux narcissismes, celui de l’artiste et celui du public ; tout comme le Mouvement croisait (et unissait) celui de la masse et celui des meneurs, dans la crainte et l’effusion.  C’était comme une grande boule magique lancée en l’air, l’important était qu’elle tienne, qu’elle n’éclate pas et qu’elle vive, à travers des centaines d’AG, de Comités et d’empoignades où la foule était prise de parole comme on dit prise de court. Les meneurs aussi n’étaient que « prises de parole » pour décliner le « non » sur tous les tons. Le public, qui fait la moitié de l’œuvre d’art selon Marcel Duchamp, était bienveillant ; mais quand le parleur entrait dans un « cadre » repérable, on interrompait le sermon.

C’est ainsi que « Mai 68 » fut l’événement qui, sur une brève période, n’a cessé de se produire lui-même[1].  (Plus tard, on l’a mimé pour obtenir qu’il se reproduise, mais ça n’a pas marché, il manquait le vide.)

Au fond, un certain travail du vide s’imposait en douceur. Travail complexe, le vide ça fait de la place, et bien des choses se construisent autour de lui, pas seulement des cruches. C’est donc ce vide et sa poétique, douce ou violente, qui m’ont le plus impressionné. Le mouvement sans but ni objectif, le vide des mots d’ordre : les plus frappants n’appelaient pas d’action précise (« l’imagination   au pouvoir ; demandezl’impossible »  c’étaient plutôt des bouffées poétiques, tout comme sous les pavés la plage. L’espace en était infiltré, les relations et les rencontres semblaient plus vraies, comme mises à nu, paraissant provenir de rien et n’aller nulle part, mais c’était bon. Il y avait aussi le vide du pouvoir qui ne savait où donner de la tête, qui a même perdu son chef un moment puisque De Gaulle, fin Mai, a disparu, disant après coup qu’il avait voulu « faire un vide ». Il était allé soigner son passage à vide chez le général Massu, en est revenu requinqué, a refait son appel au peuple, a eu sa manif pour l’Ordre mais n’a pas tenu un an avant d’être « vidé » du pouvoir. Le mouvement, lui, ne pouvait pas tenir longtemps sur le vide. Après, on a voulu le remplir de sens, et cela le lui a fait perdre. Une fois retombé, il a été arraisonné, découpé, chaque groupe est parti avec un morceau, correspondant à sa musique préférée.

Pour ma part, ce vide précieux fait partie de ce qui m’a poussé à devenir psychanalyste.

Quant au sens du « non » contestataire, il devint assez limpide : c’est le « non » au système que disent ceux qui n’y sont pas pour pouvoir y entrer. Aujourd’hui, c’est un luxe qu’on ne peut pas se permettre parce que le système, on y est déjà. Très peu y perçoivent le travail du Vide (anagramme de Dieu), dont Mai 68 fut une belle épiphanie.

Daniel Sibony
Écrivain, psychanalyste. Dernier ouvrage paru Coran et Bible, en questions et réponses
À paraitre en avril 2018  Un amour radical, Identité et croyance (les deux chez Odile Jacob)

[1]Cela anticipait sur la formule, bien plus tardive, de Heidegger :das Ereignis ereignet, souvent traduite par « l’événement advient », il faudrait dire l’événement événe ; dans l’hébreu biblique, c’est une formule simple et fréquente : l’être fut ; l’être est là de toute façon, mais ce n’est pas souvent qu’il se « produit », il y faut un hasard divin, où l’on rencontre l’événement dont on fait partie.

Conférences et annonce de Daniel Sibony

Conférence du 6 mars 2018

Cycle Clinique du religieux

Analyse psycho-dynamique de textes sacrés

Des figurations de l’inconscient en religion

Cycle Clinique du contemporain

Conférence du 20 mars

Des pressions sociales
Opinion, médias et pincements de la Toile

Les conférences ont toujours lieu, à la Faculté de Médecine, Pavillon 3, 15 rue de l’École de Médecine Paris 6ème

Nouveau livre de Daniel Sibony
Un amour « radical », Identité et croyance
A paraitre en Mars aux Editions Odile Jacob

Théâtre

Le Macbeth monté par Stéphane Braunschweig (à l’Odéon) est une très belle réussite ; il fait des ouvertures dans tous les sens, allant des dictatures africaines aux combines des diplomates européens, l’essentiel étant que le choix de l’acteur noir (Adama Diop), avec son jeu, sa lumière, sa bonhomie, arrache le tragique de la pièce à la grandiloquence qu’on y met souvent, pour l’infiltrer dans l’âme du spectateur où il trouve des échos simples et terribles sur l’écart entre le désir et l’acte; et sur les ravages que peut faire cet écart ou son déni. C’est une mise en scène qui fait entendre toute la pièce, et qui en fait saisir chaque détour crucial. Y compris bien sûr la détresse de la femme qui fait l’homme et qui échoue à le maintenir. Y compris l’exploration des états limites : hallucinations somnambulisme, essoufflement psychique (le souffle de cet acteur, superbe). Bref, cette mise en scène simplifie la pièce au meilleur sens : en la gardant intacte mais en faisant écouter-voir tous ses ressorts et leurs grincements.

Croyance (en vue de la conférence ci-dessous)

   Certains veulent nous convaincre que Dieu existe par un appel à notre confiance : c’est vous, en donnant cette confiance, qui ferez exister Dieu, et vous refusez ! L’auto référence insiste : Dites « j’y crois », sincèrement, et vous y croirez, il existera pour vous et, vous verrez les issues apparaître une à une.
Mais d’autres résistent à « croire » par crainte que les réponses aux énigmes ne pleuvent sur leur tête comme des pierres. Aujourd’hui, les religieux intelligents ne demandent qu’à se délester de leurs réponses aux énigmes ; pour être dans le « questionnement permanent »…
En fait, croyants et athées sont pris dans ce performatif : le oui à Dieu le fait exister, le non le fait disparaître. Un même acte narcissique, l’un expansif, l’autre rétentif.
Mais que l’on dise oui ou non, la Question de l’être va bon train. Qu’il y ait de l’être chargé de mémoire faisant retour sur ce-qui-est, cela ne dépend pas que de moi. Seul un coup de force narcissique peut « réduire » l’être à ce-qui-est…

Informations
Les conférences de Daniel Sibony
en février 2018 :

1) Dimanche 4 février à Montpellier :
Dimensions inconscientes du conflit du Proche-Orient
Contact : Sabine 0683581574

2) Mardi 6 février, Maison de Solenn, boulevard de Port-Royal à Paris
La croyance, forme simplifiée de l’amour
Contact : Sophie.wery@aphp.fr

3)Vendredi 9 février À Aix-en-Provence
Le rire et la surprise, dans la vie et en psychothérapie
Contact : Julie 0622108223

4) Samedi le 10 février, à la Saint-Pierre à Paris métro Abbesses
Objet temps et temps sans fil ; autres approches du temps.
Contact : Françoise 0699080263

Les conférences de Daniel Sibony
Qui font partie des deux cycles :
Clinique des religions et Clinique du contemporain
reprendront au mois de mars aux dates habituelles
(premier et troisième mardi du mois, Faculté de médecine, site des Cordeliers à Paris)