Henry Laurens et la haine antijuive

Il est toujours intéressant de voir comment des gens qui se doivent d’être polis, vernis, impeccables sous tout rapport arrivent quand même à exprimer la haine qui les habite tout en respectant les formes.

Ainsi, lors des évènements en Cisjordanie, des « jeunes » ont mis le feu au tombeau de Joseph, lieu vénéré des Juifs. Leur haine a donc débordé la croyance coranique qui veut que Joseph était, tout comme Moïse, David, Jacob, etc., un musulman. Croyance un peu surajoutée puisque, justement, elle est balayée dans ce genre d’occasion.

Monsieur Laurens, historien, professeur au Collège de France, interrogé sur l’événement[1], déclare : « si c’est un tombeau, ce n’est sûrement pas celui de Joseph puisqu’il n’a jamais existé ». « Le fils de Jacob vendu par ses frères est un mythe, ne l’oublions pas ». Il prend donc le mythe au sens le plus vulgaire du terme : quelque chose qui n’existe pas. Pour nous, un mythe est un fantasme collectivement célébré et transmis parce qu’il condense des réalités vécues ; mais le professeur ajoute : « Si lieu saint biblique il y a en Palestine, en général, ce ne sont ni les juifs ni les chrétiens qui les ont désignés comme tels, mais les musulmans ». Ainsi, le lieu du Temple juif de Jérusalem, ce sont les musulmans qui l’ont désigné. C’est contraire à l’histoire qui veut que le conquérant Omar arrivé à Jérusalem au VIIe siècle dans un des tout premiers djihads, s’est fait indiquer par un Juif le lieu exact où se trouvait le temple hébreu ; et c’est là qu’il a choisi de construire le fameux Dôme d’Omar, pour recouvrir le lieu juif. Tout comme le Coran veut recouvrir la Bible, dont il démarque de longs passages, en en donnant la vraie version. (Rappelons au passage que sur le même site, la mosquée d’Al Aqsa, (« la lointaine ») fut bâtie, dans la foulée de la conquête musulmane parce que Mohamed, en Arabie, a eu la  vision  de la place (« lointaine ») du temple juif antique. Les guerriers musulmans l’ont bâtie pour authentifier sa vision, après coup.

Un antijuif radical, c’est quelqu’un qui non seulement veut effacer les Juifs mais voudrait qu’ils n’aient pas été. Il aimerait un effacement rétroactif. C’est aussi sur ce problème que bute le Coran avec la Bible, et il résout la difficulté par un jet continu de malédictions contre les juifs et les chrétiens. Parce que lui aussi veut résoudre le problème impossible : comment faire en sorte que le Coran ait précédé la Bible alors qu’il s’en inspire et qu’il la « corrige » ?

On aimerait savoir ce que pense le même professeur du tombeau des Patriarches. Il y a peu de chance en effet qu’on y trouve leurs dépouilles, mais c’est un lieu qui symbolise leur ancrage dans cette terre, leur sépulture. Il est vrai que pour le Coran, Abraham, Isaac et Jacob sont des musulmans, mais ces personnages sont mentionnés dans la Bible plus d’un millénaire avant, en tant qu’hébreux. Qu’il les islamise après coup, pourquoi pas ? Qu’ils aient été un mythe, c’est possible, mais c’est parce qu’ils ont existé pour les Juifs, comme mythe ou comme réalité, qu’ils prennent une valeur pour les musulmans. De même, c’est parce que Jérusalem est une ville sainte pour la Bible que l’âme de Mahomet a fait le détour par là en montant au ciel, plutôt que de passer par Athènes ou par Rome.

P.S : H. Laurens qui écrit des livres d’histoire sur le Proche-Orient ne mentionne aucun auteur juif dans ses bibliographies ; le vœu d’effacement peut donc l’emporter sur la rigueur « scientifique ».

[1] Voir Lepoint.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>