Après l’attentat d’Orlando

Un détail essentiel retient l’attention ; le tueur est le fils d’une famille afghane qui s’est réfugiée aux États-Unis suite à l’intervention américaine contre les talibans. Autrement dit, cette famille a coupé avec ses origines ; symboliquement, et du point de vue d’un fils qui, lui, recherche ses origines et veut renouer avec, elle les a trahies. Et lui, selon un schéma logique et efficace, veut venger ses origines ; par une surenchère inconsciente, il veut les proclamer  et pas seulement renouer avec elles. C’est la un effet bien connu de la transmission humaine : les enfants expriment plus fort le désir ou le fantasme que les parents ont refoulé ou sacrifié par réalisme. Ce schéma a beau se reproduire  un peu partout, notamment dans les banlieues européennes, il n’entre pas dans l’esprit formaté des responsables. À croire que pour eux, la transmission humaine se réduit à la  duplication, à la répétition du même, avec en plus le langage, la culture, la technique, etc., sans aucun effet d’inconscient ou de refoulement. C’est faux, bien sûr, la transmission humaine est chaque fois une création, à l’occasion de laquelle des données refoulées remontent à la surface, et demandent à être prises en charge. Ce que font bravement des fils et des filles plus fiers que d’autres, plus exigeants sur la dignité. Et si, dans ce refoulé, il y a la vindicte envers l’autre, ils la mettent en acte, au-delà de tout scrupule moral ou humanitaire. Ils exercent une justice plus fondamentale, sur laquelle repose leur identité.

Si on ne connaît pas cette dynamique ou si on la refoule, on ne peut pas vraiment parler à des jeunes qui se radicalisent, c’est-à-dire qui recherchent leurs racines. Il faut d’abord comprendre leur geste, sincèrement, avant de pouvoir leur montrer, peut-être, qu’ils font un choix mortifié plutôt qu’un choix de vie, et que leur acte meurtrier risque aussi de tuer ce qui dans leur identité comporte un appel à vivre ; qu’en somme leur choix les mutilerait pour toujours. Il est vrai que la certitude du Paradis peut plomber le dialogue, mais qui a dit que c’était facile ? Ce qui l’est, en revanche, un peu trop, c’est de leur trouver un symptôme ou une carence (mais qui n’en a pas ?) et de les traiter en malades pour ne pas toucher à l’essentiel, pour ne pas « essentialiser ».