Hollande : une perdition réussie

Ce cher Hollande en fait tellement qu’il en devient un cas psycho-pathologique intéressant. « Cher », il l’est : non seulement il nous a coûté cher, mais plus de la moitié du pays, il y a cinq ans a enchéri pour l’acquérir, pensant que cela lui donnerait de la consistance, de la force. Espoir massivement déçu.

Quant à lui, il a joui du pouvoir, comme bien d’autres, mais au moment de l’échéance, il voit le gouffre, et entrevoit que son sentiment de supériorité risque de se fracasser sur du réel. Déjà en concourant avec les siens lors des primaires, avant d’entrer dans une arène très encombrée. Alors comment quitter la scène en restant supérieur, du moins à ses yeux ? La solution la plus simple est de rendre impossible sa candidature. C’est la même solution (inconsciente) qu’avait trouvée DSK, il y a cinq ans : il rechignait en fait à s’engager dans la bataille, sa pulsion (ou sa compulsion) sexuelle est venue à son secours, et le scandale l’a mis hors jeu. Ici, c’est la simple pulsion narcissique : taper gentiment sur tout le monde pour ne pouvoir se présenter devant personne. C’est plutôt réussi. Avec ce livre sur ce qu’il n’aurait pas dû dire, il mêle avec succès perversion et débilité, en se tenant sur l’arête, entre les deux ; cela sidère et embrouille assez de monde pour que la réaction dominante soit celle des gens navrés, désolés de voir l’Objet symboliquement très investi tomber très bas.

Face à lui, il y a cinq ans, Sarkozy a perdu parce qu’il avait trop montré sa jouissance du pouvoir, sa certitude narcissique de tout résoudre par son seul rayonnement. Et voilà qu’à son tour, il cherche et trouve à se perdre pour une raison analogue : il a trop joui de sa confiance et s’est trop fié à sa jouissance pour que ce soit rattrapable. Les efforts de ces derniers mois ont surtout visé à acheter toujours plus d’électeurs, ce qui révèle une autre certitude cynique: c’est que tout s’achète, notamment la soumission. Or il semble y avoir, s’agissant d’élection, malgré toutes les mascarades, une infime exigence de la part du peuple, pourtant réduit  en bouillie ou en poussière d’individus, une exigence un peu spirituelle, une ultime et poignante coquetterie qui veut que la voix qu’on donne soit donnée et non achetée. Juste pour se dire qu’on a beau être dans des rapports purement marchands jusqu’au délire, « il y a autre chose », on ne sait pas vraiment quoi, qui donne envie de tolérer telle jouissance et pas telle autre Sur ce plan également, la perte est réussie.

Que de répétitions… N’y a-t-il vraiment personne pour innover, ne serait-ce que dans la mise en scène ?