Y aura-t-il la paix au Proche-Orient?

En réponse à cette question qu’on me pose souvent ces temps-ci, je renvoie à l’un des 40 articles rassemblés dans mon Journal d’Intifada (paru le 4 février chez Bourgois sous le titre « Fous de l’origine »; « journal » c’est le sous-titre). L’article s’intitule: « Il y aura souvent la paix », le « souvent » étant repris d’une blague où un mari demande à sa femme avant leur séparation si elle avait été fidèle, et elle répond: souvent.

Il y aura donc souvent la paix, et la période où nous entrons est sans doute de cet ordre. Plusieurs facteurs y contribuent: a) la mort d’Arafat, homme pétri par le fantasme d’être le porte-parole du monde arabo-musulman contre l’idée de souveraineté juive; b) les événements d’Irak, que la France intègre mal mais dont le sens est assez clair: le pari américain de casser les structures dures de la Cause arabe ou de l’islamisme, et d’aider ces peuples à exprimer leur envie de vivre, ce pari est en train de progresser; il accumule les chances d’être gagné; c) par un mouvement de retour chez les Palestiniens, la masse qui a envie de vivre l’emporte sur celle qui a envie d’abord de vaincre et d’empêcher l’autre de vivre.

Reste une inconnue: Mahmoud Abbas aura-t-il la force (matérielle et psychique) de mater les groupes terroristes s’ils refusent de s’aligner et s’ils veulent mettre à profit la trêve pour mieux se structurer? Toute « révolution » a connu ce dilemme: dès qu’elle veut instaurer un espace de vie, elle doit mater ses extrémistes qui risquent de tout compromettre. Mahmoud Abbas a les moyens de le faire, l’Amérique lui apporte son soutien pour cela, mais le fera-t-il? Il a pour lui la « fatigue » des deux peuples qui veulent la paix, fût-elle simplement une longue période de pause.

Car il est clair que, à supposer qu’elle s’instaure, cette paix ne sera pas définitive, tant que l’option fondamentaliste n’aura pas cédé devant l’épreuve de réalité; et tant que ceux qui soutiennent cette option sans en être vraiment, sans trop s’identifier avec, n’auront pas lâché prise. Cela se traduira pas des choses très concrètes: imaginez, on est en paix, et un petit groupe à Ramallah ou non loin de Jérusalem veut exprimer ses états d’âme un peu rageurs, devant la dureté de la vie. Et vu que les techniques artisanales sont déjà très efficaces, quelques fusées sont vite parties vers l’ennemi. Lequel laisserait passer la chose une fois ou deux mais pas trois. Et à nouveau on aura une petite période de guerre, qui sera suivie de paix, et de guerre.

Tant que le partage de l’origine ne sera pas mieux assumé (je précise ce concept dans une série de livres, notamment dès Les trois monothéismes, et bien sûr dans Journal d’Intifada.