Les bêtises de nos politiques

Elles sont parfois intéressantes, au-delà du fait qu’elles pointent  leurs efforts excessifs pour conquérir le pouvoir et s’y maintenir, ce qui est après tout leur métier principal. M. Macron a donc déclaré à son public algérien que « le colonialisme est un crime contre l’humanité ». L’intention est aussi claire que candide : offrir aux musulmans, notamment maghrébins, une Shoah à bon compte, ce qui est compréhensible. Ils doivent en avoir assez de toutes ces commémorations d’Auschwitz et autres Camps de la mort où des juifs ont péri par millions. Ils n’ont pas d’aussi grands massacres à rappeler, car s’ils évoquent ceux qu’ont perpétré les Français, il leur faudrait aussi se rappeler ceux qu’ont commis les combattants d’Allah  contre les Français, contre les juifs, et même les musulmans qui ne n’étaient pas dans la ligne. Ce serait perturbant. Là, au contraire, ils ont le titre, sans discussion. Il est vrai que cela obligera les Français, même l’immense majorité qui n’a pas profité du colonialisme, à jouer la contrition, le remords, et à demander pardon. Macron a cru acheter à bon prix le respect des musulmans – et leurs voix électorales en France -, il aura surtout leur mépris et leur ricanement sous cape. Car beaucoup d’entre eux savent  que sans l’arrivée des Français, ils seraient restés dans leur confinement, seraient restés hors de l’histoire, celle où l’on a rapport à l’autre, ils n’auraient pas eu la culture et les concepts qui permettent de combattre le colonialisme.

Il est vrai que c’est pour obtenir que ce soit les leurs qui méprisent et oppriment ces peuples musulmans et non plus des étrangers. Pour ma part, sans l’arrivée des Français au Maroc, je serais resté dans la dhimma dont mon livre Un certain « vivre ensemble » décrit le confinement humiliant.

On peut penser que la situation des ex-colonisés là-bas, dans leur grande majorité, n’est pas si bonne, puisque beaucoup sont venus du Maghreb en Europe où de toute évidence ils sont mieux. Curieusement, on ne parle pas de cette satisfaction, celle qu’ils peuvent avoir d’être ici tout en ayant un repli ponctuel dans leur pays d’origine. La jouissance de réaliser ce désir (qui, chez beaucoup, là-bas, reste à l’état de rêve), cette jouissance semble éclipsée ou cachée par celle d’accuser les autres, de les culpabiliser, de leur apprendre à demander pardon pour des crimes qu’ils n’ont pas commis. Et comme ces autres, les Européens de souche, ne sont pas aussi bêtes que l’imaginent leurs dirigeants qui leur soufflent ce nouveau rôle, ils n’en pensent pas moins, et beaucoup se demandent jusqu’où ira cette mascarade.