Mais quand donc s’arrêteront-ils?

Récemment, un journal français, très proche du consensus, titrait en première page: « L’Iran, future cible des Américains« . Après l’Irak présenté ici comme un chaos, il y a de quoi induire, dans l’opinion supposée naïve: Mais quand donc, s’arrêteront-ils, ces boutes feu! Ils veulent semer la guerre partout?

Or il se peut que l’opinion n’entonne pas ce refrain si facilement, bien qu’elle soit un peu perplexe devant tant de brouillages. En effet, si les Américains s’en prennent à l’Iran, ils le feraient pourquoi? Sans doute pour détruire les installations nucléaires, lesquelles ne feraient pas problème si l’Iran n’avait que des visées pacifiques. L’Europe, elle, mène des négociations « longues et ardues » avec l’Iran pour qu’il cesse d’avancer vers la bombe; lui promettant de lui fournir du nucléaire pacifique, chose qu’elle avait déjà promise puis refusée, puis qu’elle lui promet à nouveau: bref, un micmac où elle s’enlise avec l’Iran dans des mensonges et des lâchetés, certes classiques, mais qui blessent les Iraniens, culpabilisent les dirigeants de la vieille Europe, et fourvoient tout ce petit monde dans un tourbillon pervers, dont l’effet est de gagner du temps. Le temps que l’Iran ait sa bombe et que les chefs européens constatent, navrés, que c’est trop tard, ajoutant avec finesse: qu’il n’y a plus qu’à faire confiance à cet Etat qui après tout est responsable…

Or s’il y a dans l’avenir un risque d’holocauste pour les Juifs, il ne peut venir que de là. Les Juifs d’Europe ne sont pas menacés (ou alors, à terme, de devoir, peut-être, se déplacer…) Mais l’Etat hébreu, si la ferveur islamique de l’Iran s’emballe, pourrait se retrouver dans un feu nucléaire.

L’Amérique suit avec scepticisme ces « négociations serrées » et pourrait, elle, intervenir. En fait, le mal est déjà fait: les Iraniens s’indignent qu’on les empêche d’avoir leur bombe comme si on les empêchait de jouer dans la cour des grands. Mais peut-on les convaincre que tout en étant grands, ils n’ont pas le droit d’avoir une bombe? Oui, si cet interdit provient d’une loi et non de la « fermeté » occidentale – plutôt molle côté Europe, et un peu dure à supporter quand elle vient de l’Amérique.

Car la fameuse « humiliation » de l’islam par l' »Occident » (dont nous avons montré ailleurs ce qu’elle recouvre et comment l’aborder, dans un rapport non frontal et non « psychologique »), cette humiliation se rejoue là encore.