Divertissement électoral

Depuis 30 ans on fait peur aux Français avec le Front National, alors qu’il n’a aucune chance de passer. Pourquoi ? Parce que le vote Front National est un acte mortifié, et il est exclu qu’un peuple dans sa majorité vote pour dire qu’il est mortifié. Il peut l’être lors d’un deuil, d’une catastrophe, mais un vote pour élire un président n’est pas un deuil.

À force de promouvoir un candidat, Macron, dont l’atout majeur est justement cette promotion, et de harceler Fillon au-delà du raisonnable, c’est-à-dire en misant sur l’irrationnel et l’ameutement, on obtient l’indétermination, contraire au fantasme de formater l’opinion pour qu’elle aille dans le sens qu’on souhaite et qu’on présente comme évident. Ce stress d’indifférence dégage pourtant quelques « idées ». Certains voteront Macron parce qu’il est jeune et beau, qu’il prend la suite de Hollande, et s’il annonce à la fois blanc et noir, cela prouve qu’il peut faire des compromis. (Mais s’il dit que le colonialisme est un crime contre l’humanité et qu’en même temps il a apporté les droits de l’homme dans ces pays, dans lesquels on peut toujours les chercher, quel est le compromis ?). D’autres maintiendront le vote Fillon parce que l’appareil médiatique s’est acharné sur lui, et pas seulement parce qu’il veut supprimer 500 000 fonctionnaires. (À cette mesure certains objectent que cela fera 500 000 chômeurs ; c’est dire que pour eux, un emploi c’est  un trou où l’on case une personne et non pas une rencontre productive avec une activité vivante). Si le but est de libérer les potentiels d’initiative et les libertés d’entreprendre, (et de renverser cette folle tendance où celui qui vous embauche et qui va donc vous exploiter apparaît comme votre bienfaiteur), alors il y a des mesures à prendre, parmi lesquelles trop d’emplois improductifs est néfaste. Sur ce point crucial, qui est de sortir du chômage massif par le haut et non en soudoyant des entreprises  pour qu’elles embauchent, le duel serait plutôt entre Fillon et Macron. Or ce dernier loin de faire des propositions ou de réfuter celles du rival, martèle surtout que c’est un sale type, et donc mise sur l’ameutement qui commence à (se) fatiguer.

Sur l’autre question cruciale, le rapport Islam- Occident, il semble que Macron ne voie même pas le problème et que l’autre exprime des forces  qui veulent non pas  combattre une identité mais veiller sur les libertés qui, à l’heure actuelle, sont déjà perdues à cause de l’islamophobie – feinte ou réelle – c’est-à-dire de la peur envers l’islam en tant que ses principes sont irréductibles à ceux de la liberté des personnes et des idées. Or on doit pouvoir vivre côte à côte avec des gens dont le Livre sacré nous maudit. On doit même pouvoir les aider à supporter cette gêne, souvent inconsciente, qui pour nous n’en est pas une puisque nous ne croyons pas à leur Dieu. Je l’explique dans un petit livre, Coran et Bible, en questions et réponses, qui n’a pas encore trouvé d’écho dans les médias, sans doute à cause du formatage ci-dessus évoqué, formatage qui produit la phobie qu’il dénonce. Mais qui produit aussi des effets plus comiques ; ainsi, chaque jour, la chaine publique fait un « sujet »: Voici ce que vous pensez (sic) ; suivent de brefs entretiens « de terrain » qui vont tous dans le même sens : promotion de Macron, coup de griffe à Fillon, et encore une dose de peur sur la montée de Marine Le Pen. L’idée que des gens imaginent le montage en studio ne vient pas à l’esprit de ces aigles.