Une minute de silence

Et si nous faisions un geste non seulement pour les vivants que l’on secourt mais pour les morts que cette vague terrible a tués? Et si le monde faisait pour eux un geste simple de deuil, quelque chose comme une minute de silence? Après tout, 50000 morts et plus, c’est un nombre à la hauteur de la planète. Si, par exemple, à la tête des « Nations Unies », un appel était lancé qui fixerait cet instant de silence tel jour à midi, du fait que la terre tourne (quoique son axe ait été un peu secoué), ce silence se propagerait comme une vague et ferait le tour de la terre. Une vague de silence, en somme, qui du ciel serait observée comme un mouvement alors même que partout chacun se tairait à midi, à la même heure.

Ce point de vue du ciel n’est pas une vue de l’esprit: il se trouve qu’un satellite américain a repéré le phénomène et l’a fait savoir aussitôt aux pays concernés, notamment au Sri Lanka où l’effet fut le plus terrible. L’information fut donnée par endroits deux heures avant l’arrivée de la vague. Mais il semble que les autorités n’aient pas fait passer le message, il n’y a pas forcément à les en accuser: la transmission n’est pas toujours aussi simple qu’on l’imagine. La parole ne passe pas si facilement.
Du coup, la minute de silence ne serait pas seulement un signe de deuil pour ces morts mais un signe de peine pour nous-mêmes, les vivants, qui souffrons si souvent de ce que la parole ne passe pas, que sa transmission qui pourtant nous semble évidente doive traverser un espace mystérieux où elle s’efface, comme une vague de silence où elle se perd.
Et cette minute ferait du bien à tout le monde.