Attentats. La litanie des « cause »

Après l’attentat de Barcelone où un nième camion a foncé dans la foule, on enchaîne la litanie des « causes » qui ont toutes en commun d’éviter l’essentiel. Ainsi, l’écrivain Ben Jelloun donne aussitôt son analyse au Point : la cause du terrorisme actuel c’est l’invasion de l’Irak par George Bush en 2003. Pourtant l’attaque terroriste du 11 septembre 2001 (où des avions ont foncé dans la foule) a précédé cette invasion ? Peu importe, on peut aller jusqu’à d’autres aberrations, et jusqu’à dire que les djihadistes en veulent à l’Europe des problèmes scolaires et d’emploi de leurs coréligionaires… En fait, toutes les causes du terrorisme que l’on découvre (d’ordre politique, stratégique, géographique, économique, etc.), sans être totalement négligeables, se réfutent d’elles-mêmes l’une après l’autre. Il n’y en a qu’une d’irréfutable mais justement on la contourne : Ces attentats commis par des radicaux de l’islam expriment l’hostilité radicale de son Texte fondateur envers les autres, notamment chrétiens, juifs et athées. La litanie des causes sera donc maintenue encore longtemps, après chaque attentat. Il y aura la signature islamique : Allahou akbbar, et la signature bien-pensante : rien à voir avec l’islam ; suivie des arguments décoratifs qui rattacheront l’attentat à telle ou telle « cause ».

L’une des plus curieuses étant celle-ci : les attentats sont organisés par le groupe État islamique. Ce n’est pas faux, il y a beaucoup d’instances islamiques qui centralisent les capitaux et financent des actions (ils financent aussi et surtout la diffusion de l’islam, qui elle-même sécrète des radicaux). L’argument semble plausible, mais il est faible. Car même si l’État islamique était réduit à très peu de chose, à quelques groupes dirigeants disséminés dans la Oumma et en Europe, il y aura toujours des sujets isolés ou reliés pour commettre un attentat, histoire de faire vivre le Texte qui les y incite et de clamer leur ferveur ; il suffira alors que ces groupes dirigeants revendiquent l’acte et le mettent au compte de la guerre sainte en tant qu’elle est une bonne action pour les croyants les plus zélés.

Quant aux méthodes préconisées pour combattre le terrorisme, elles reflètent le même refus de comprendre ses causes. Parfois elles innovent de façon pathétique ; ainsi, on demande aux gens de dénoncer les suspects. Or après chaque attentat, lorsqu’on enquête sur les auteurs, on entend le même refrain : ils étaient normaux, discrets, polis, jamais on n’aurait cru que… Le même étonnement du public et des voisins défile sur les écrans télé. Laissons de côté les abus que peut produire la délation générale, alors que la surveillance particulière ferait sens mais elle implique de mettre en cause la texture où se transmettent ces pieux appels. Et cela risque de mettre en cause les Textes ; impossible.

Concluons donc que les responsables les plus variés ne tiennent pas à ce que le terrorisme, comme question, soit approfondie ; celui-ci fera peu à peu partie des mœurs, comme les accidents de la route ou les catastrophes naturelles.