D’un dialogue fructueux avec l’islam

J’ai dialogué avec des islamologues et même avec un imam sur la violence du Coran envers les « gens du Livre » (juifs et chrétiens)[1]. Leur position n’est pas simple : ils nient la violence en question tout en l’admettant sans la reconnaître…Je comprends ce déni : ce n’est pas facile de vouloir vivre « avec » les autres et d’adorer un Texte qui les maudit. (Voir là-dessus mon nouveau livre : Un amour radical, croyance et identité). Le plus souvent, ils tenté d’imputer la vindicte aux circonstances, au contexte, ça ne marche pas trop mais peu importe. En revanche, deux arguments qu’ils énoncent méritent attention. L’un c’est que les sentiments antijuifs sont apportés par les musulmans de leur pays d’origine comme un élément « culturel » ; donc la culture là-bas   est marquée par cette vindicte, et on sait que la religion y est cruciale. Ils reconnaissent ainsi le problème. L’autre argument qu’ils avancent, c’est que « les musulmans ne sont pas tous mauvais et qu’on peut espérer que beaucoup interpréteront le Texte dans un sens de paix ». Autrement dit, la paix dépendra de leur gentillesse. Or c’est bien ce qui se passait en terre d’islam sous la dhima : les « incroyants » avaient le statut inférieur qu’ils méritent, étant maudits par Allah, mais en pratique, les relations quotidiennes pouvaient être correctes sauf si le croyant était méchant, ou s’il entrait dans sa zone de méchanceté, ou s’il se mettait en colère. Alors, il n’avait qu’à puiser dans le Texte sacré toutes les insultes possibles ; quant à oser le contredire, c’était risqué, c’était contredire le Texte sacré, et l’objecteur pouvait alors être accusé d’insulter à la religion (khta fddine), accusation suprême. (Cette démarche aussi est arrivée en Europe, à preuve les bavardages sur le blasphème, où l’on oublie que pour blasphémer dans une religion il faut en être). En tout cas, la situation est nouvelle en terre laïque : une religion peut vous insulter dans son Livre sacré mais si vous la critiquez, vous blasphémez.

C’est pourquoi, il faut non pas la critiquer, mais demander à l’État laïc d’interdire les appels à la haine en langage religieux. C’est plus sûr et plus sain que de s’en remettre à la bonté des « vrais croyants » qui est fluctuante comme chez tout le monde. Ce ne sera pas la première fois que la loi serait plus précieuse que le pari sur les bons sentiments. La loi aidera les vrais croyants à barrer cette transmission de la vindicte, au moins en terre laïque, là où la culture ne peut pas l’accepter.

[1] Voir l’Obs du jeudi 10 mai 2018.