Noël

Noël

J’avais écrit autrefois un texte sur le Père Noël qui a rebondi au fil des ans, en voici une version, (de 2004 je crois), qui reste lisible. Entre-temps, j’ai vu un joli petit film de 20 minutes Les deux frères et le Père Noël, d’un apprenti cinéaste en fin d’études, Gabriel Tibi, où le grand frère explique au petit que ça n’existe pas, pendant que les grands, notamment les parents, disent le contraire ; le petit est un peu paumé, et le soir de Noël il avise un gros carton et un costume rouge avec barbe, il disparaît avec, on le cherche, introuvable, enfin il ressurgit après dîner vêtu en Père Noël et distribue les cadeaux de la boîte. L’idée est assez fine, car au lieu d’affirmer l’existence du Père Noël ou de la réfuter, le film joue avec ; c’est une bonne leçon, quand une chose est saturée de confusions, il faut jouer avec ; le Père Noël est un jouet qui produit d’autres jouets. Et cela fait sens, une fois par an, une fois parents, de jouer au Père Noël, de rejouer un brin d’enfance.

CROIRE AU PÈRE NOËL? Cadeau et barakha. Pour la plupart, « croire au Père Noël » c’est croire à ce qui n’existe pas. Mais l’amour fait des miracles: imputer les cadeaux au « Père Noël », c’est dire sa joie de donner et de recevoir sous le signe d’un événement mystérieux. C’est faire le vœu que des cadeaux nous soient faits à partir d’un lieu étrange ou impossible, celui du Père Noël précisément. C’est donc le vœu que lorsqu’on bute sur l’impossible, eh bien ce soit fécond, qu’il y ait là-dedans du cadeau; qu’on n’ait pas à payer pour cet impossible… Et il y a bien des façons de payer les « impossibles » où l’on se coince: par exemple en ayant une « vie impossible ».
Du coup le « Père Noël » devient symbole de « barakha », d’abondance, et cela rejoint la fameuse « bénédiction divine » qui court dans toute la Bible: elle est donnée par des « pères » (Abraham, Isaac…), des pères qui l’ont reçue et la transmettent à leurs enfants.
Quand le christianisme est né (longtemps après Jésus), il a posé que Dieu c’est le Père. Du coup, on ne sait plus très bien si ce cadeau, cette barakha, vient du Père ou du Fils ou de leur fusion en Dieu. Mais ce sont là des questions pointues que balaie l’envie du cadeau et du don.
Car que Jésus soit Dieu ou un homme « divin » et inspiré, que Dieu soit un Père barbu ou l’ensemble des forces extrêmes qui tendent le monde et poussent l’humain vers ses limites, ou le sortent de sa routine animale et fonctionnelle, cela importe peu à ceux qui parlent de « Père Noël » et se font des cadeaux de Noël. Même l’enfant, lorsqu’il apprend que le Père Noël est « imaginaire », est en âge de sentir que l’imaginaire n’est pas nul, qu’il enrichit le réel et s’enrichit du réel. Et ça le branche sur la question du don, de la barakha, du cadeau « miraculeux »…
Les enfants ont une vraie intuition de ce qu’est le cadeau, le don de vie, la naissance, le « Noël ». Et leur approche du divin est parfois plus mûre que celle des adultes, surchargée de précautions, de défenses, d’une grande peur de paraître naïf, une peur elle-même naïve et infantile.
Et si l’infantile des adultes n’a pas le génie de l’enfance, tous deux se rejoignent pourtant dans l’amour du don, dans le désir d’être doués, d’avoir un cadeau du ciel, de « là-bas », du lointain où notre terre prend appui et qui parfois la met hors d’elle.

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