Coronavirus I

La pandémie Corona

C’est un événement à la fois soudain et longuement annoncé, à la fois simple comme une grippe etterrible comme un coup de faux géant que donne la mort dans le champ des seniors. C’est un événement qui dépend de ce qu’on en dit, c’est même ce qui lui donne son rythme, sa vitesse, qui dépend de ce qui se fait à partir de ce qu’on en dit. Il comporte des parties cachées, que « les gens » ignorent sauf ceux qui se donnent la peine d’enquêter, de calculer et de réfléchir. Par exemple calculer le nombre réel de personnesatteintes lorsqu’on dispose du nombre officiellement annoncé ; les deux chiffres n’ont rien à voir. Il y a un grand écart entre l’apparence et la réalité.

L’événement comporte aussi des parties cachées parce que des responsables ont voulu les cacher.

En somme, on donne une information aux gens, elle touche leur corps, leurs mains, leur souffle, mais elle n’est pas intégrée corporellement. Les sujets ne pensentpas leur corps comme relais du virus, ils pensentseulement au risque d’être atteint, et encore, pas en termes concrets.

Il est remarquable que seul un pays où l’autorité peut se saisir du corps des gens comme elle veut, à savoir la Chine a pu stopper le virus chez elle ; sans empêcher, il est vrai, sa sortie vers le monde entier, en toute innocence.

Ce que montre cette épidémie c’est que nos rapports à la vérité ou à la réalité sont précaires et fragiles. Et que la communication, qui est le grand mot voire le gros mot de notre culture, a des silences mortellement trompeurs.
En effet, on prescrit aux gens depuis des semaines, sans leur dire (et peut-être sans savoir, alors qu’on le dit à longueur d’antenne) qu’on leur donne un travail à faire,comme un devoir de classe, et que trois semaines plus tard on va ramasser les copies, et si le devoir n’a pas été bien fait, c’est tout le pays qui est recalé. C’est cet écart entre sujet et collectif qui est énorme et que la masse des sujets, ici, n’a pas pu combler.

Mais le virus attaque le collectif à travers les individus, il est d’emblée totalitaire, il veut tout ; la contagion qui est son fort consiste à connecter les gens atteints et ceux qui ne le sont pas encore. Il ne s’arrêtera que lorsqu’on lui aura coupé les lignes de connexion (ou lorsque ceux qui restent en vie   y seront devenus insensibles). Et pour lui couper ces lignes, on n’a jamais inventé mieux que   l’isolement, la quarantaine, l’enfermement,l’absence de contacts. Tout cela était connu début janvier.  On n’a dit aux gens que ce qu’ils allaient faire ou ne pas faire serait jugé un peu plus tard, on ne leur a pas dit qu’ils passaient un examen. On leur a dit protégez-vous par des gestes simples ; mais pourquoi les gens feraient-t-il des gestes dont ils ne voient pas l’intérêt immédiat, ou dont l’intérêt qu’ils voient leur paraît mince ? Les gens ne savaient pas qu’on leur demandait à chacun de vivre en peuple. Voire en tant que genre humain habitant cette planète. C’est beaucoup, mais s’ils l’avaient su, si cela avait été dit, et c’était dicible car cela relève d’un savoir reconnu, alors la lutte entre la vision individuelle et la collective aurait était envisageable, rien ne s’y oppose en principe ; mais on ne peut pas gagner une guerre sans savoir qu’elle est déclarée. (Pendant la Seconde Guerre, les juifs n’ont pas su que le nazisme leur avait déclaré, sans le leur dire, une guerre d’extermination, une guerre à chaque individu en tant que peuple, une guerre au peuple pris un par un.)


Donc, rien n’interdisait que la vision individuelle fût jouable, mais cela forçait tout le peuple, un par un, à prendre strictement toutes les précautions. Tout un pays un par un, c’est beaucoup, cela a donc échoué.
Et là où ça a réussi c’est soit dans les pays où ils en avaient déjà eu l’expérience avec le virus du Sras, ils ont pris immédiatement les mesures collectives drastiques,ou bien en Chine, État totalitaire qui a pris des mesures qu’un État démocratique s’empêche de prendre. La Chine a fermé une ville, puis 2, 3, 15 villes puis touteune région, presque 60 millions d’habitants ; ça coûte de la souffrance et de l’argent ; l’argent on le rattrape par la relance, et la souffrance des personnes ne compte pas trop dans ces régimes, elle aussi on la rattrape en envoyant des psychologues.

La Chine devrait aider en matériel respiratoire les pays occidentaux qui, eux, l’ont beaucoup aidée en lui bradant leurs techniques, à devenir le fabriquant dont ils ne peuvent plus se passer. Ils vont en avoir besoin, quand les sujets les plus atteints seront à bout de souffle.

Cela dit, si toute la terre est unifiée sous le signe d’un virus, si seul un virus peut unifier le monde, cela suggère que le monde n’a pas à être unifié, que la terre en Tour de Babel est une sinistrose et que la mondialisation doit être revue ; d’autant plus qu’elle comporte des parts de semblant et de non-dits qu’il faut d’urgence questionner.

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