A propos du film Timbouctou

    Bien que je connaisse et que j'aime le désert africain, celui-ci m'a plu, avec ses dunes, ses grands espaces, son désespoir intrinsèque, ses tentes, et cette petite ville où l'on dirait qu'il n'y a personne parce que les gens sont chez eux et n’ont pas de raison de traîner dans la chaleur ; la ville de Tombouctou, tenue par le djihad, dont les forces ne semblent pas excéder une trentaine d'hommes armés, mais apparemment ça suffit. Bien sûr, j'ai été sensible à l'aspect témoignage sur un phénomène si connu : une bande de fanatiques (pas si fanatiques que ça, assez tranquilles en fait, assez paisibles mais sûrs d’eux) qui font la loi au nom d’Allah et de son Prophète, à une population passive, qui déserte les lieux, qui  n'a aucun moyen de se battre ou de résister. Ils ne sont pas méchants, ils sont juste rigoureux, et n'oublient pas de faire servir la loi à leurs pulsions personnelles. Dans tout le film on tremble à l'idée que le chef islamiste, un salaud avéré, ne prenne la femme de l'éleveur qui s'est fait coincer bêtement ; et on est presque rassuré (c’est affreux) de la voir mourir avec son homme.

    Mais revenons à l'éleveur, qui va subir une loi islamique en bonne et due forme. L'affaire, c’est qu’une de ses vaches à dérangé les filets d'un pêcheur sur le fleuve, celui-ci la tue d'un coup de javelot, l'éleveur furieux vient l'engueuler, mais il vient avec son arme ; ils se battent, le coup part, alors que le pistolet  était caché, le pêcheur est tué, l'éleveur arrêté. On lui applique la loi d’Allah ; il doit payer le prix du sang, soit 40 vaches, et/ou obtenir le pardon de la femme du mort. Il n'a que six vaches, et ladite femme convoquée, devant la question : veux-tu lui pardonner ? répond, bien sûr: Non, pas aujourd'hui ; peut-être demain, mais pas aujourd'hui. Elle a donc, selon la loi, refusé le pardon. L'homme doit mourir. (Passons sur sa souffrance de ne pas revoir sa fille, et sa femme, qui par miracle le rejoint au moment de l'exécution : il court vers elle pour l'étreindre, on leur tire dessus, il meurent ensemble). On a vu aussi un couple lapidé pour adultère ; loi excessive. Mais ce qui m'a retenu c'est cette loi, qui semble raisonnable : tu as tué, tu payes, si tu ne peux pas, tu obtiens le pardon, sinon tu meurs. Cette loi, on imagine bien le « penseur » qui l'a produite, il a cherché l’équité, il a juste oublié une donnée affective évidente : on ne peut pas pardonner sur-le-champ au meurtrier ; il faut du temps. Et cette loi, si impatiente de faire justice, n'a pas le temps et n'en laisse pas.

    Cela m'a intéressé, car dans la Bible, un livre qui a pris son temps pour  s’écrire (plusieurs siècles), on évoque celui qui  tue par accident : des villes refuges sont prévues, où il peut fuir et où la famille de la victime ne peut pas le poursuivre.  La ville refuge sera son exil. C’est là une prise en compte de l'accident, une façon de ne pas tenir l'homme pour totalement et aveuglément responsable de son acte. Quelque chose a pu lui en échapper ; une loi qui ignore cela est folle de justice, donc folle tout court. C'est cette folie tranquille et sereine qui m'a touché dans le film ; au-delà des excès de ces hommes du djihad, comme d'interdire la musique, d'imposer des gants aux femmes, etc. La force du film tient dans cet épisode : c'est quand ils sont normaux qu'ils sont monstrueux, eux et leur loi.