La transmission de la bêtise. Giscard, Obama, et le regroupement familial.

       C'est Giscard d'Estaing, quand il était Président, qui a fait la loi autorisant les familles de travailleurs immigrés à venir les rejoindre en France. Il ne se doutait pas qu'il préparait le grand problème d’intégrer – ou plutôt d’accepter – l'Islam en France sous les formes variables que l'on sait, allant du déni massif sur sa violence fondatrice envers l'autre aux fameux « territoires perdus de la République », en passant par des agressions quotidiennes venant des jeunes de la seconde génération, quand ils expriment la vindicte que leurs pères refoulaient donc aussi conservaient, plutôt que de s’en libérer.

       Quand des présidents ou députés prennent une mesure, ils ignorent bien souvent la démesure qu'ils rendent possible. En l'occurrence, s'il n'avait pas pris cette mesure, cela n'aurait pas été « raciste », cela aurait permis un roulement des travailleurs maghrébins, séjournant en France quelques années, puis retournant dans leur pays pour y amener d'autres valeurs, d'autres richesses, et de nouveaux travailleurs seraient venus puis repartis ; cela aurait tissé des liens assez intéressants. Au lieu de quoi, on a préféré installer ici des valeurs tout autres, en se chargeant de les camoufler, de mentir sur leur contenu, pour les rendre acceptables, d’empêcher toute critique qui les mettrait en question (elle est d’avance stigmatisée comme étant… « stigmatisante »). On a donc installé une petite guerre de tranchées, où chaque identité, retranchée dans ses positions, doit nourrir le discours sirupeux sur la joie que c'est de vivre ensemble; discours qui est une ferme  injonction à ceux qui trouvent à y redire. Tout cela, le temps que les traces de l’ « intégration » deviennent irréversibles.

       On sait aussi que l'Europe a du mal à se débrouiller de ce problème. Assez hypocritement, c'est-à-dire dans son style à elle, elle entreprend de fustiger les immigrés européens qui font du tourisme social ; elle s’en prend à ses pauvres, aux Roumains ou aux Bulgares qui viennent à l'ouest pour avoir des droits sans chercher de travail, etc. C'est sa façon bien à elle de s'approcher tout doucement du problème plus aigu, qui fait dire à une surveillante de maternité parisienne, de l'Assistance Publique : Pour être prise en charge complètement, c'est très simple : arriver à Roissy, prendre un taxi, et d’indiquer l'hôpital (elle nomme le sien). Après quoi c'est la prise en charge. En chambre à plus de 1000 € par jour pour la Sécu, puis en Foyer ou à l'hôtel le temps de faire les démarches qui peuvent prendre plusieurs mois.

       Donc, que les pouvoirs publics cherchent tout doucement comment aborder ça, puisqu'il est interdit d'en parler franchement, sous peine de risquer l'insulte majeure : xénophobie.

       Et voici qu’Obama, président au grand cœur, veut prendre des mesures pour que les familles de plus de 5 millions de personnes, travailleurs non réguliers aux Etats-Unis, non pas soient régularisés, mais soient rejoints par leurs familles.. Là encore, plutôt que de favoriser le mouvement, les échanges, le partage, cela risque d’enkyster certains problèmes. Ce ne seront pas les mêmes, puisque beaucoup de ces personnes viennent du Mexique, pays où l’identité n’est plus aussi intolérante qu’elle le fut il y a des siècles. Mais cela peut aussi crisper beaucoup d'Américains « de souche », plus anciennement installés, qui vont sans doute vite devenir une minorité. Les Blancs américains devenant minoritaires dans leur pays, c'est une belle vengeance contre la traite des noirs, et contre le racisme ; mais comme toute vengeance, elle risque d'être mortifère, en produisant un autre mal qui n'est pas moindre que le premier.

       Quand on prend une mesure, cela crée de la démesure lorsqu’on pense avoir devant soi le mal, (et qu'on est le bien, évidemment) ; alors on attaque. Et ce qui s’ensuit n'est pas très bon, ça exclut le partage de soi, de l’autre, et le partage entre l’un et l’autre. Disons plus crûment que ça fait ressortir tout le mal qu'on a refoulé et qui inspira cette vengeance ; un mal qu'on ne soupçonnait pas, car on croyait qu'on était bien, très bien, en toute simplicité.

       C'est ainsi que l'erreur des uns ne peut pas servir aux autres, quand ces derniers veulent d'abord faire jouir leur belle âme, plutôt que de rendre la vie plus vivable autour d’eux.

       Bien sûr, cette mesure d’Obama sera combattue par des forces conservatrices, voire réactionnaires. Et c'est ainsi, une idée fausse est souvent combattue par une autre idée fausse, à charge pour la vérité, et pour les forces de vie de se frayer un petit chemin très étroit. Après tout,  si la bêtise des précédents prévenait celle des suivants, l'humanité avancerait vers des cimes toujours plus hautes jusqu'à éclater dans le vide.