La peur de « passer pour », et l’incompétence

       Le silence, la censure, le déni propres au politiquement correct ne cessent de faire des performances. On se souvient de la grève d'Air France, qui a été chèrement payée par l'entreprise et la grande masse des travailleurs; une grève qu'on a pas cassée pour ne pas passer pour des briseurs de grèves. On se l’est joué Germinal : ces pauvres pilotes qui gagnent entre 15 et 25 000 euros par mois et qui faisaient grève pour défendre leurs « droits », se sont retrouvés à la place des mineurs du Nord et de Lorraine, dont il serait honteux de casser la grève en amenant des "jaunes". (En l'occurrence, en amenant des pilotes militaires ou étrangers qui auraient fait l'affaire). Mais on serait passé pour des « briseurs de grève ».

       Le cas des Portiques d'autoroutes, déjà installés et qu'il faut payer même si on ne les utilise pas – parce qu’on s’est dégonflé – a révélé l'incompétence étonnante d’agents de l'État négociant des contrats. Les agents de l'État devraient en principe éviter les abus, repérer les injustices, prévenir les escroqueries, etc., plutôt que de mettre des bâtons dans les roues à quiconque veut entreprendre quelque chose (impressionnant, le nombre de gens qui me témoignent que s'ils gagnaient plus, ils devraient payer plus de taxes, donc ils préfèrent gagner moins, entreprendre moins, rétrécir le champ d’action). Mais voilà que certains d’entre eux se retrouvent, non seulement acteurs d’une gestion rétrécissante, mais auteurs de grosses pertes faute d’attention. (Ils pensaient à autre chose, en négociant, mais à quoi ?) Je viens de voir une image sur "la folie des grands stades" : chaque grande ville veut son stade monumental, soit. Mais on apprend que celui de Marseille comporte 6 000 places avec peu de visibilité. Ceux qui « suivaient » le dossier ont dû regarder en l’air au lieu de vérifier. Dans le cas de Bordeaux, le contrat qui a quelques milliers de pages, a trouvé un expert pour le lire, et il a repéré que la ville s'était engagée à payer les impôts de la société Vinci, qui mène les travaux ; soit 80 millions par an sur toute la durée du contrat (des décennies). Interpellée, la ville a fait savoir que c'était une somme bien moindre : 30 millions. En effet, c’est beaucoup moins ; de quoi se plaint-on ?