Boko Haram et Halal

    On parle de ce groupe et de son chef en les présentant comme des fous qui font un peu n'importe quoi, pourvu que ce soit maléfique. Or il s'agit de choses précises : boko est un terme local pour désigner la culture occidentale, qui en terre d’islam porte la marque « des juifs et des chrétiens » (des « gens du livre », selon l’expression du Coran) ; et haram signifie en arabe que ce n'est pas permis ; c'est le même mot que harem qui désignait l'ensemble des femmes du souverain, non permises aux autres. Le contraire du mot haram, c'est halal, permis par la religion ; le terme ne s'applique pas qu’à la viande,  bien que ce soit la viande qui l’ait fait connaître. Ce groupe donc, exprime sur un mode assez vif des  fondamentaux religieux : la culture des autres, soit avec ses religions, soit avec sa mécréance, n'est pas permise dans l'islam originel, dont le rôle de modèle est évident. 
    On a peu signalé que les jeunes filles enlevées au Nigéria étaient chrétiennes (les musulmanes furent relâchées : pas de raison de les garder). L'enlèvement des femmes des « autres », des femmes de mécréants, a été une pratique  rare mais nullement négligeable en terre d'islam depuis les origines. Il ne s'agit pas de les convertir de force, mais de les couper du milieu corrompu où elles vivent ; la conversion s'ensuit progressivement et en douceur, par la force de la convivialité. Les juifs ont eu souvent à supporter ces enlèvements, et lorsqu'ils prétendaient retrouver les jeunes filles ou les femmes par la force, on leur faisait clairement comprendre, par la force, qu'ils n'auraient pas le dessus ; et ils rentraient chez eux, sans espoir dans « la communauté internationale ».
    La logique de ces groupes est simple : il n'est pas permis, dans une terre islamique ou qui aspire à le devenir complètement, de laisser prospérer une culture autre ; si on ne peut pas tuer les hommes, on peut au moins les châtrer : prendre leurs femmes. C'est aussi une source de vie, qu’il faut halaliser, pour la consommer.
    Quand Mahomet réduisit la dernière tribu juive de Médine, les Banu Quraysa, il fut décidé, par un arbitre « impartial », qu'on exécuterait les hommes mais que les femmes avec leurs enfants seraient épargnées, intégrées à des familles croyantes, où la pratique de la vraie religion va de soi et n'exige aucun forçage.
    Juste une coupure avec l’ancienne origine. On connait le cas de femmes juives du Maroc, enlevées et retrouvée bien plus tard par leur famille qui partait; dans une ambiance étrange et familière, les échanges étaient du genre :-« Viens avec nous, on part, on émigre… – C'est impossible, il va être furieux ! – Mais quelle importance ? Tu seras loin ! – Je ne peux pas, ça va le mettre très en colère ». Un  dialogue en boucle, comme un disque rayé par le traumatisme.

    Aujourd’hui, des islamologues parlent d'une halalisation culturelle dans les banlieues en Europe ; le terme est en effet meilleur qu’islamisation. Il s'agit de rendre la culture ambiante halal, c'est-à-dire permise, afin de pouvoir l'intégrer. Du point de vue fondamental, si elle n'est pas halal, permise, elle est haram, interdite. C’est que l'islam fondamental est conforme à ses origines, et s’il est médiéval c’est qu'il s'est reproduit à l'identique, selon l'identité définie par ses fondements.
    Parfois, des éléments de la culture ambiante prennent les devants, et se halalisent d’eux-mêmes : dans une classe de banlieue à majorité musulmane, des jeunes non-musulmans peuvent se sentir isolés, et pour faire partie du groupe, ils rejoignent et il s’intègrent. Cela leur donne une assise identitaire plus solide. Et quand ils l'ont acquise, il est très difficile de revenir en arrière.