A propos de mon texte « Le meurtre du nom » paru en 1986

    Mon texte, "Le meurtre du nom" met en œuvre une réflexion qui combine pensée de l'être et psychanalyse. Elles peuvent gêner ceux qui n'aiment pas le fait, pourtant avéré, qu'en Europe, et surtout en Pologne, le christianisme a été un terreau séculaire de vindicte antijuive; de sorte que le projet nazi n'a pas vraiment rencontré de résistance (mis à part certains justes auquel justice ne cessera pas d'être rendue). Alors ils essaient d'ergoter sur la réalité de ce Meurtre. Or celle-ci n'a pas à être prouvée: les historiens ont déjà fait leur travail. 

    En revanche, sur la portée symbolique de l'Evénement, on peut diverger. Je montre que c'est une question qui fait trou dans la culture européenne, chrétienne, humaniste, ou relevant des Lumières; et que ce symbole reste une question permanente pointée sur tout identité qui refuse d'intégrer sa faille, la faille ontologique essentielle à la condition humaine. Ce Meurtre est non pas une "quintessence eschatologique", mais une question sur l'existence adressée à tous ceux pour qui l'enjeu d'exister a un sens. A ce titre, il s'intègre à coup sûr à l'histoire de ce petit peuple, laquelle semble bien accrochée à l'histoire de l'humanité. Et il s'accroche à cette dernière comme un appel à repenser les origines, les fondements.

    Certains, évitent l'interpellation, en pointant ce Meurtre du nom, et l'analyse que j'en fais, comme une affaire juive, relevant d'une posture religieuse ou ethnique. Je renvoie sur ces questions, touchant la portée " singulièrement universelle" du peuple juif, au livre De l'identité à l'existence, où je précise mes vues sur la Shoah et sur la vindicte antijuive.

    Celle-ci, durant l'événement, a dû vivre un moment psychologique très précis: voir son fantasme se mettre en acte. Beaucoup ont dû en être fascinés, ce qui veut dire simplement: réduits à l'impuissance parce qu'ils étaient ligotés (comme un faisceau, c'est le sens étymologique), ligotés par leur vindicte, précisément, et d'autant plus qu'ils la voyaient se réaliser. Certains étaient ligotés par leurs problèmes quotidiens, d'autres par leurs problèmes militaires, et leur idée fixe: gagner d'abord la guerre, on verra après; dans l'intervalle, six millions de morts. (Mon texte les met   sous le signe de la chambre à gaz, bien que beaucoup aient été tués par balle. On n'est pas tenu de redécrire tout le
phénomène quand on en parle.  Les négationnistes ont nié les chambres à gaz car des témoignages de déportés sur le même fait ne concordaient pas. D'autres peuvent nier le Meurtre parce que tous n'ont pas été gazés. La gêne peut engendrer la mauvaise foi puisse déni.)

    Beaucoup, qui sont des gens de bonne foi, n'ont pas encore "reçu" l'événement de ce Meurtre; même quand ils en ont l'information, l'Evénement ne leur est pas encore "arrivé"; ils n'ont pas encore pris acte de ceci, que j'essaie de montrer: c'est un événement qui est arrivé à l'humanité; et  les difficultés qu'elle a à l'intégrer expriment certaines de ses impasses majeures. Elle a tout intérêt à intégrer cet événement comme étant le sien,  cela pourrait la libérer de sa culpabilité fondamentale, qui lui sert d'éthique; et qui s'aggrave dangereusement à propos de l'islam.

    Du reste, l'histoire nous présente  une version plus actuelle de la même question: il y a aujourd'hui un appel au génocide du peuple juif, de la part du chef iranien. Qu'est-ce qui fait qu'on ne croule pas sous des appels officiels qui le dénoncent comme tel, appels venant d'Europe ou de pays musulmans
"modérés"? Alors que cet appel est contraire à la loi internationale, et aux lois nationales qui punissent l'incitation à la haine?