Euthanasie

 

            Se souvient-on de cette femme[1] qui, il y a quelque temps, a demandé à la justice d'autoriser son médecin à la faire mourir? Elle avait subi l'attaque d'une maladie incurable, invivable, qui aussi la défigurait, lui faisait vivre un effondrement narcissique; l'épreuve terrible de ne plus pouvoir se reconnaître. Ce malheur de plus s'ajoutait à celui d'une mort imminente.

            Or elle avait une certaine motilité, donc elle pouvait, comme d'autres, mettre fin à ses jours par une surdose de somnifères. Ce n'est donc pas l'acte de mourir qui lui faisait problème. Elle voulait autre chose. Peut-être voulait-elle que l'instance de la loi reconnût sa souffrance et lui dît une parole de consolation: oui, tu souffres trop, c'est inhumain, on comprend que la médecine t'aide à en finir, on ne dira rien au médecin, ta souffrance est plus forte que la loi qui l'empêche d'agir, etc.

            Mais la justice, la pauvre justice réduite à gérer les affaires courantes et à pointer les règlements, pas si simples à appliquer, n'a pas l'habitude de symboliser une souffrance, de faire des actes consolateurs. Elle qui peut laisser traîner un procès plus de dix ans et infliger la souffrance de l'attente à des gens qui "meurent" d'injustice, et qui attendent en vain – elle ne pouvait que la renvoyer au règlement. Ce qu'elle a fait.

 

            Ceux qui demandent à la loi d'autoriser formellement l'euthanasie disent surtout leur angoisse de décider eux-mêmes de leur mort. Ils demandent que la loi les protège, les prenne sous son aile. C'est une demande émouvante, audible, mais pas facile à industrialiser. La traiter au cas par cas n'est pas si bête.

            Vouloir faire de cette demande une loi peut séduire les esprits simples, mais ce n'est pas sans problèmes. D'abord cela supprimera les "demandes" puisque la chose se fera automatiquement; alors que cette femme a eu tout de même la compassion d'un pays entier. Ensuite, l'effet pervers de la loi serait assez lourd: on tuera à tour de bras en se sentant "couvert". Il est vrai que ces effets pervers existent déjà, même sans la loi; et qu'il y a des services où l'on nettoie sans état d'âme. Alors pourquoi une loi?


[1] . Chantal Sebire.