Suite au texte sur les minarets

Suite à l'article sur les minarets (voir le blog du 6/12/09), nous avons reçu quelques questions sur le contenu du Coran. Voici en guise de réponse quelques extraits de notre livre  NOM de Dieu. Par delà les trois monothéismes.  

 

 

Autres versets coraniques. Elargissons notre éventail de versets, en les situant dans le contexte coranique. A la fois pour mieux savoir ce que "lit" l'intégriste quand il lit son Livre, et pour l'intérêt de la chose.

On a vu que le Coran reconnaît les prophètes juifs qui l'ont précédé, y compris Jésus, puisqu'ils sont "musulmans". Soit, par exemple, ce verset souvent cité (3; 65-67): "O gens du Livre, pourquoi vous disputez-vous au sujet d'Abraham alors que la Torah et l'Evangile ne sont descendus qu'après lui […] Abraham n'était ni juif ni chrétien: il était entièrement soumis à Dieu et n'était point du nombre des associations." Parole apaisante, en somme: arrêtez de vous disputer, la Torah et l'Evangile ne sont venus qu'après Abraham! Mais quand on lit en arabe "il était entièrement soumis à Dieu", on lit: entièrement musulman. Et on ne peut pas objecter que "être musulman" cela s'est fondé au VIIème siècle sous Mahomet, puisque Moïse aussi était musulman. Donc Abraham est musulman, il n'est pas juif, et n'étant pas "associateur", il n'est pas chrétien. On sait que la première occurrence d'Abraham dans l'histoire a lieu dans la Bible hébraïque, où l'on nous parle (Genèse, 14,13) d'Abram l'hébreu. Il faudra donc poser que le "vrai" énoncé sur Abraham se trouve dans le Coran, et que le texte de la Genèse selon lequel il est hébreu a été "falsifié". C'est bien ce qui fut admis dans l'ensemble du monde arabo-musulman pendant treize siècles; et qui aujourd'hui vacille un peu. Comment cela va-t-il se résoudre? L'histoire le dira.

 

Autre fameux verset: ""Certes, les juifs, les chrétiens et les sabéens, tous ceux qui ont cru en Dieu et au jour du Jugement dernier et qui ont fait le bien, ceux-là auront leur récompense auprès de Dieu, ils n'auront point peur et ne seront point attristés" (2, 62; repris dans 5, 69). Un bel appel de tolérance. Mais le "Dieu" en qui ces gens doivent croire, c'est justement Allah, qui exige de croire en Mahomet et dans l'islam, et qui maudit les insoumis.

Ici, le fidèle proteste: "Mais le Dieu biblique aussi maudit à tour de pages!

– Oui, il maudit son peuple quand celui-ci désobéit et le bénit s'il obéit. Il ne maudit pas les autres (du reste, la Bible aurait du mal à maudire chrétiens et musulmans puisqu'ils n'existaient pas encore. Or le Allah du Coran, mis à part tous ses attributs qui sont ceux du Dieu biblique (omniscience, miséricorde, toute-puissance…) maudit tenacement juifs et chrétiens : "Que Dieu les maudisse à cause de leur incrédulité" (2, 88); "Lorsqu'un Livre venant de Dieu et confirmant ce qu'ils avaient reçu leur est parvenu [c’est-à-dire le Coran] ils n'y crurent. – Que la malédiction d'Allah tombe sur les Incrédules." (2, 89); "Ceux qui cachent les Signes manifestes et la direction que nous avons révélée…au moyen du Livre: voilà ceux que Dieux maudit." (2, 159); "Comment Dieu dirigerait-il ceux qui sont devenus incrédules après avoir été croyants [les gens du Livre]… Quelle sera leur récompense? la malédiction de Dieu." (3, 86-87); "Certains Juifs altèrent le sens des paroles révélées [] Dieu les a maudit à cause de leur incrédulité. Ils ne croient pas. A l'exception d'un petit nombre d'entre eux." (4, 46); "Dieu ne pardonne pas qu'on lui associe quoi que ce soit [il s'agit des chrétiens] mais celui qui lui donne des associés… que Dieu le maudisse." (4, 116-118); "Mais ils ont rompu leur Alliance [les gens du Livre], nous les avons maudits et nous avons endurci leur cœur. Ils altèrent le sens des paroles révélées" (5, 13); "Dieu a transformé en singes et en porcs ceux qu'il a maudits." (V, 60). La liste serait trop longue.

Certains soutiennent que l'islam reconnaît le lien privilégié entre Dieu, les Juifs et la Terre promise. Et l'on cite: "Nous avons certes conclut alliance avec les fils d'Israël et leur avons envoyé des prophètes" (5, 70; c'est Allah qui parle); et aussi: "O mon peuple, entrez dans la terre sainte que Dieu vous a prescrite. Ne revenez pas sur vos pas, sans quoi vous vous en retournerez perdants" (5, 21) Or chaque fois que le Coran se réfère à un don que Dieu fait aux Hébreux, c'est pour aussitôt préciser que ce don est trahi, tout comme cette parole divine, que donc ce peuple se retrouve "perdant", "pervers" puisqu'il refuse de se "soumettre". Du reste, si ce droit à la terre sainte était reconnu aux Juifs, comment expliquer que l'Etat d'Israël, qui actualise ce droit, soit vu comme un envahisseur étranger qui vole la terre arabe? Mais voyons dans le Texte la trahison des Hébreux. Dès les versets suivants (5, 22-26), on les voit dans le désert du Sinaï se plaignant que la conquête de Canaan risque d'être trop dure: "Ils dirent: "O Moïse! Un peuple d'hommes très forts réside dans ce pays. Nous n'y entrerons pas…"". Et (5, 24) "Ils dirent: "O Moïse (…) mets-toi en marche toi et ton Seigneur; combattez tous les deux; quant à nous, nous restons ici"". Et (5, 25) "Moïse dit: "Mon Seigneur! Je n'ai de pouvoir que sur moi-même et sur mon frère. Eloigne de nous ce peuple pervers."". On sait que dans la Bible ce même épisode, raconté dans Nombre 14 se termine par la décision de YHVH: Ils n'entreront pas, puisqu'ils n'ont pas eu confiance dans ma promesse, c'est leurs enfants qui entreront. Façon de privilégier la transmission, qui est le mouvement par lequel les fautes sont dépassées, quitte à ce que d'autres fautes se produisent qui seront à leur tour dépassées… Des prosélytes nous disent que les gens du Livre et même les Juifs sont "accueillis" dans le Coran. Exemple: verset (5, 70) cité plus haut: "Nous avons conclu l'alliance avec les fils d'Israël et nous leur avons envoyé des prophètes". Or la suite du même verset précise: "Mais chaque fois qu'un prophète s'est présenté à eux en contrariant leur désir, ils ont accusé de mensonge plusieurs prophètes et ils ont tué les autres." En fait, le Coran n’accueille que les Hébreux islamisés?

On cite aussi (5, 43-44): "Mais comment te prendraient-ils pour juge? Ils ont la Torah où se trouve le jugement de Dieu" – qui semble reconnaître les Juifs. Mais le même verset ajoute: "Ils se sont ensuite détournés: "Voilà ceux qui n'ont rien de commun avec les croyants." Il ajoute (v. 44): "Nous avons en vérité révélé la Torah… D'après elle, et pour ceux qui pratiquaient le judaïsme, les prophètes qui s'étaient soumis à Dieu [c’est-à-dire les musulmans]… rendaient la justice". Puis vient la suggestion fatidique (5, 48): "Nous t'avons révélé le Livre et la vérité [c'est toujours Allah qui parle à son Prophète] pour confirmer ce qui existait du Livre, avant lui, en le préservant de toute altération", par différence avec le Livre qui précède, la Bible, qui fut grandement "altéré". C'est dans le cadre de cette accusation qu'apparaît la citation habituelle, dans le même verset (5. 48): "Si Dieu l'avait voulu il aurait fait de vous une seule communauté. Mais il a voulu vous éprouver par le don qu'il vous a fait" que l'on cite souvent pour montrer que le Coran admet la pluralité puisque Dieu l'a voulue. Mais par des glissements très précis on arrive au verset (5, 49): "S'ils se détournent [du Prophète, c’est-à-dire de l'islam] sache que Dieu veut les frapper…" et on arrive au verset déjà vu (5, 51): "O vous qui croyez! Ne prenez pas pour amis les juifs et les chrétiens […]. Dieu ne dirige pas le peuple injuste" [les gens du Livre].

Autre verset souvent cité: (2, 112): "Celui qui s'est soumis à Dieu et qui fait le bien aura sa récompense auprès de son Seigneur […] Ils n'éprouveront plus aucune crainte, ils ne seront pas affligés". Accueil total en effet, pour celui qui s'est "soumis" à "Dieu", c’est-à-dire à Allah. Du reste, la même sourate évoque Abraham (2, 131): "Son Seigneur lui dit: "Soumets-toi" [islamise-toi]. Il répondit: "Je me soumets au Seigneur des mondes!"", confirmant qu'Abraham est musulman. Après quoi c'est Jacob-Israël qui fait promettre à ses enfants de se "soumettre", eux aussi (2, 133).

On cite encore (11, 118): "Si ton Seigneur l'avait voulu il aurait rassemblé tous les hommes en une seule communauté." Et la suite précise: "Mais ils ne cessent pas de se dresser les uns contre les autres, à l'exception de ceux auquel ton Seigneur a fait miséricorde", c’est-à-dire ceux qui se soumettent. Déjà le verset 110 annonçait: "Nous avons donné le Livre à Moïse mais ce Livre a été l'objet de discussions." La "soumission", elle, est indiscutable. Ceux qui discutent et se disputent sont dans l'erreur mais Dieu les a créés pour qu'ils puissent enfin se soumettre. Puis (11, 240): "Diront-ils: "Abraham, Ismaël, Isaac, Jacob et les tribus, étaient-ils vraiment juifs ou chrétiens?"". Certes non, puisqu'ils étaient tous musulmans. On peut "discuter" mais pas au sujet de Dieu, car il est clair, en principe, qu'on a tous le même, comme le dit le verset (11, 239): "Dis: "Discuterez-vous avec nous au sujet de Dieu? Il est notre Seigneur et votre Seigneur."" Mais il apparaît très vite que le vrai Dieu c'est Allah et que seuls les soumis lui rendent "un culte pur" (2, 139). Parfois on constate la diversité (2, 148): "Il y a pour chacun une Direction vers laquelle il se tourne", mais il apparaît que la vraie "direction" est celle de la Oumma, inspirée par le Prophète.

Là-dessus, on cite le fameux verset: "N'affrontez [ou: ne discutez avec] les gens du Livre qu'avec précaution", ou "de belle manière" selon certains (29, 46). Quelle que soit la traduction, ce verset, rare, a du mal à peser parmi les six mille quatre cent versets du Coran, dont c'est l'agencement qui fustige les autres. Mais la suite de ce même verset fait déjà cette réserve : "sauf avec ceux d'entre eux qui sont injustes". Or presque tous sont "injustes", et ils ne cessent de l'être que s'ils se "soumettent".

Le même verset ajoute à leur adresse: "Nous croyons à ce qui nous a été révélé et à ce qui vous a été révélé"; autrement dit, nous vous incluons, nous sommes plus ouverts, alors que vous, gens du Livre, vous ne voulez pas croire à ce qui nous été révélé. Cela suggère un apport nouveau, supplémentaire, propre à l'islam, que les gens du Livre refuseraient. Or on l'a vu, ce supplément, n'existe pas: tout l'islam est prélevé dans le corpus biblo-talmudique. Ou plutôt, ce supplément consiste à formater le Dieu biblique (celui d'Abraham, d'Isaac, de Jacob, de Jésus…) pour en faire un Allah qui maudit juifs et chrétiens s'ils persistent à le rester. Le même verset confirme cette ambiguïté: "Notre Dieu [Allah] qui est le vôtre, est unique, et nous lui sommes soumis". Donc, si vous ne l'êtes pas, c'est votre Dieu que vous trahissez puisque c'est le même que le nôtre. Ainsi, ce verset qui est cité comme le sommet de la tolérance semble au contraire assez tranchant.

Venons-en à l'autre verset tolérant (2, 256): "Pas de contrainte en religion". Il sonne bizarre vu que le monde islamique s'est formé par la conquête et par la force. Là encore, la suite nous éclaire: "la voie droite se distingue de l'erreur". L'évidence de la voie droite force à choisir la "vraie croyance". Puis on parle de "Celui qui ne croit pas au Taghout [les démons] et qui croit en Dieu [en Allah], [celui-là] a saisi l'anse la plus solide et sans fêlure". En somme, il n'obéit qu'à la contrainte de "la voie droite". Mais voilà que (2, 257): "Les incrédules ont pour patron les Taghout [les démons]". Les "incrédules" sont ceux qui ne croient pas en Mahomet. La même sourate se termine donc (2, 286) par cet appel à Allah: "Tu es notre Maître, donnes-nous la victoire sur le peuple incrédule". Mais s'il n'y a pas de contrainte, pourquoi parler de combat et de victoire?

La sourate suivante (3, 4)) commence par des imprécations contre ceux qui ont eu "la Torah et l'Evangile – direction, auparavant, pour les hommes", avant que ne vienne, le vrai Livre, le Coran, "la mère du Livre" (3, 7). Ce terme veut dire que, contrairement à la Torah et aux Evangiles, écrits de main d'homme, le Coran était écrit de tout temps, à la racine de la Parole divine, avant qu'elle ne passe dans la Torah et l'Evangile. En ce sens, c'est la Bible qui reprend le Coran, le vrai Livre, mais en le "falsifiant".

Autre annonce du dialogue souvent citée (3, 64): "Dis: "O, gens du Livre, venez à une parole commune entre nous et vous: nous n'adorons que Dieu; nous ne lui associons rien"" [contrairement aux chrétiens qui "associent"]. Mais les versets suivants reprennent la diatribe (3, 69): "Une partie des gens du Livre aurait voulu vous égarer: ils n'égarent qu'eux-mêmes et n'en ont pas conscience". Si ce n'est qu'une partie, ce n'est pas si grave; mais le verset suivant (3, 70-71) les englobe tous: "O gens du Livre! Pourquoi êtes-vous si incrédules envers les Signes de Dieu alors que vous en êtes témoin? O gens du Livre, pourquoi dissimulez-vous la vérité sous le mensonge".

Aujourd'hui, au fil des actes terroristes perpétrés au nom d'Allah, des musulmans éclairés proclament que ces actes sont contraires à l'islam, en citant à l'appui le verset: "Ne tuez pas votre prochain que Dieu a sacré" (6, 151) sans citer la suite: "sauf pour une cause juste (ou à bon droit)". Or les terroristes considèrent que leur jihad est une cause "juste".

D'autant que l'appel au jihad est fréquent; par exemple (23, 78): "Combattez pour Dieu [pour Allah] car il a droit à la lutte que les croyants mènent pour lui".