La vie des autres


Ce film allemand
décrit la vie en RDA, en régime communiste, sous la pression de la Stasi
, la police secrète qui mettait les
gens sur écoute et menaçait ou réprimait ceux qui risquaient de
"parler". Il montre bien comment un flic fanatique bascule et cesse
de "fonctionner". Ce lieutenant dela Stasi
met sur écoute l’appartement d’un
écrivain à la demande du ministre qui veut sa peau. On devine que le flic va se
"retourner" à force d’entrer dans la vie des autres, par une sorte de
retour corrosif porteur de vérité. De fait, c’est plus complexe, il ne les
dénonce pas – et compromet sa carrière – non par un vague reflux sur lui de
leur sincérité, mais par un déclic précis: le jour où il s’aperçoit que le
ministre jouit de la maîtresse de l’écrivain, une belle actrice (sincère et
faible qui sera acculée au suicide).

Mais c’est la
jouissance sexuelle du dirigeant qui fait sauter tout le repérage du policier: il
n’opère plus dès qu’il comprend qu’il travaille (que peut-être tout le système
travaille) pour la jouissance des dirigeants et non pour la bonne cause (le
Parti, le Socialisme…) Il tentera même de sauver le couple, mais trop tard, les
impasses du système s’enchaînent de façon implacable.

Bien sûr, son
basculement est surdéterminé, comme tous les actes importants: il s’abstient de
fliquer le père d’un enfant; il est ému par la musique (mais ce n’est pas
décisif, Hitler aussi l’était). Le point crucial c’est qu’il décroche, non pas
parce que c’était un flic humain ou trop tendre, mais au contraire parce que
c’était un "pur et dur", au service de la seule Cause: il y croyait
absolument, il voulait être le bouclier infaillible du Parti; et c’est le sexe,
le désir, la jouissance vivante et non-cadrable qui vient casser son adhésion;
la jouissance de l’autre, alors que la sienne est plutôt misérable.

Le film illustre
l’effondrement d’un système totalitaire, sur cette simple envie de jouir,
infime mais impérieuse qui émane de la chair vive. Cette faiblesse de l’humain
qui sauve l’humanité.

Après tout, même dans
la grande URSS, ce sont les geôliers du système qui ont jeté l’éponge, suivis
par la masse qui les a écrasés: tout ce monde était suffoqué par le
manque-à-jouir.