Le poids de l’image en politique

Les socialistes choisiront – sans aucun doute – Ségolène Royal, pour des raisons dont la plus forte ne peut pas être proclamée, ni formulée:

le sexe. C’est une femme et elle est plus sexy que ses deux rivaux; ou plutôt, elle est plus sexy qu’ils ne sont convaincants. Comme on dit, elle a un plus du côté image; et les militants espèrent que ce "plus", de l’apparence qui les séduit, séduira la majorité des Français. Ce n’est d’ailleurs pas impossible, vu qu’en plus du corps, il y a le charme du nom: Royal. On sait que les Français ont coupé, en son temps, leur tête royale, mais lors de sondages récents, ils ont dit qu’ils regrettaient. C’est là un bon luxe à s’offrir: faire l’acte auquel on tient et le regretter quand on ne peut pas le défaire; pour montrer qu’on l’a dépassé, qu’on n’y est pas réduit; du coup, on peut vouloir du royal vu que ce n’est pas royaliste.

Le débat socialiste a bien "couvert" toutes ces raisons inavouables. On s’est pris au jeu de croire qu’il allait changer quelque chose, alors que l’enjeu était clair: les deux hommes produiraient-ils avec des mots de quoi équilibrer l’image? L’audio peut-il couvrir le visuel dans un concours-spectacle? Impossible. Il ne restait plus qu’à montrer à la dame Royal que "ce n’est pas joué" (puisque justement, c’est joué), qu’on ne marche pas à l’image, que l’essentiel c’est la recherche de la vérité… qu’on a déjà dans sa main. On pourra même s’offrir un second tour, s’il le faut, pour s’en convaincre.

Et l’élection elle-même, la vraie, se jouera aussi sur l’image; une image contre une autre: celle de Sarko, virile fermeté un peu nerveuse; et celle de Ségo, certitude féminine un peu tendue. Dommage qu’on ne puisse pas les marier politiquement: avoir un Couple pour président, au lieu d’avoir un(e) Président(e) qui fait couple avec son ombre. Mais bon, c’est ainsi.

Et il y aura d’autres images, des acteurs secondaires: c’est leur nombre qui aura de l’importance. L’image du libre choix (mais pas sa réalité) est préservée. Car c’est un joli paradoxe: on remplit toutes les conditions du libre choix, et en bout de course, le choix devient embarrassé, voire impossible, tant les contenus s’équivalent.

Mais n’est-ce pas notre culture affadie qui le veut ainsi? L’enjeu est la gestion des affaires, et non le geste politique décisif.

Or si la gestion commence par celle de l’image, de façon aussi massive, les fantasmes vont foisonner. Par exemple, la jeune mère vaillante et responsable contre les pères ennuyeux et incertains.

Mais la mère aussi peut être incertaine.

Autre petit effet d’inconscient: l’étonnant J.P. Chevènement répète le même geste qu’avec Jospin dont il a, en 2002, grignoté les voix; il en avait demandé pardon, et voilà qu’il recommence. Comme quoi, dans toute cette affaire, l’enjeu n’est pas le choix d’une politique mais l’attribution d’un pouvoir, toujours le même, celui d’être au pouvoir. Alors, à qui faudra-t-il qu’on le donne?