Madona à Bercy

Hier soir on m’a entraîné pour voir son spectacle.

Déjà les billets, on en a trouvés à l’entrée (une foule de revendeurs): soit des billets visiblement volés, coûtant 160 euros et offerts à 100; soit coûtant 110 et offerts au même prix. On a pris les seconds, pour ne pas cautionner le vol.

Quant au spectacle, avant qu’il ne commence, c’est tout l’énorme espace qui, dans la pénombre ou en pleine lumière, semble un vrai temple, où s’écume l’envie bouger, crier, s’exciter. Puis la déesse apparaît. Scénographie remarquable, travaillant très fort l’entre-deux image et "live". Le live aussi est projeté sur des écrans qui jouxtent ceux où d’autres images, fort belles, défilent à toute allure. Le message est pacifiste, humanitaire, mais ce qui importe, ce sont les cris, les envolées, quelques pointes d’humour comme: Madonna chantant crucifiée sur une croix énorme et toute brillante. De même, quelques horloges où l’aiguille tourne dans le bon sens mais l’horloge se retourne et l’aiguille qui continue revient à la même heure. L’effet est très joli: le temps passe, braves gens, mais si vous vous retournez à contresens, vous annulez le passage et vous restez dans le même instant, inerte; dans votre symptôme au fond.

Et bien d’autres petites trouvailles… Un moment, j’ai senti la Dancing queen très fatiguée, je l’ai dit à ma voisine et aussitôt Madona lance: "Je suis très fatiguée…" Amusant. L’intérêt est que ça la faisait chanter faux, même ses tubes les plus connus; mais très clairement, cela n’avait pas d’importance: au bord du chant, la chair jouissante souffre et vibre.

En tout cas, à l’évidence, ce public qui se déchaîne n’est pas vraiment "aliéné", il s’éclate un moment et il sort sagement prendre un verre, tout nombreux qu’il est (près de 30 000).

Mais ce qui m’a marqué, c’est qu’il est finalement impossible de "chanter" ou parler ou déclamer sans être accompagné non seulement  par certaines musiques, certains bruits du monde, mais par le flux intense des images de ce monde, précises ou signifiantes. Et c’était le cas. Le spectacle était coupé-lié, voire ligoté, par ces deux dimensions.