Le Litani et la litanie

Encore quelques remarques que l’actualité impose:

Il faut s’attendre à ce que la litanie qu’on entend se répète chaque jour:

-"Mais qu’est-ce qui leur a pris, aux Israéliens, de bombarder tel endroit (un pont, un magasin, un camion, un hôpital, etc.) alors qu’il n’y avait aucun soupçon de présence militaire ennemie?"

-"Il n’y en a pas aujourd’hui mais il y en avait hier, car c’est de là qu’hier sont partis des missiles".

On aura donc une alternance permanente d’indignation, de stupeur qui peu à peu s’apaise à mesure qu’on découvre la réalité: le Hezbollah tire ses missiles à partir de lieux habités, mais il change de lieu d’un jour à l’autre, ce qui revient à avoir des bases mobiles. Le temps que l’indignation d’hier s’explique et s’intègre ou se calme, celle d’aujourd’hui reste intacte… jusqu’à celle de demain qui la remplacera.

Cette litanie fait partie de la tactique du Hezbollah, qui est un travail patient sur l’image des Juifs:

montrer que leur Etat est vraiment nocif, qu’il fait n’importe quoi, qu’il tire sur des femmes et des enfants, sur des lieux habités, etc., par bêtise ou par sadisme ou pour d’autres raisons bizarres.

Ce travail sur l’image fait partie à son tour d’une stratégie de l’ameutement: il s’agit d’ameuter l’opinion mondiale ou la communauté internationale contre ces gens qui ont la manie de bombarder n’importe quoi et n’importe qui. La stratégie de l’ameutement correspond au fait que l’identité fondamentaliste est celle de la foule, qui s’échauffe, qui s’indigne pour suppléer son impuissance, qui s’indigne, rumine sa violence et attend jour après jour la grande nouvelle. Laquelle? Qu’une des tours de Tel-Aviv soit atteinte par un missile. Alors, on entendrait un grand cri jaillir des poumons de centaines de millions d’islamistes impatients de voir cette entité sioniste enfin atteinte et vouée selon eux à la défaite.

Voilà qui précise les enjeux étranges de cette guerre pas comme les autres.

Ajoutons que dans ce mouvement à la fois réglé et chaotique, les cibles et les objectifs semblent se déplacer en même temps que les bases de missiles. Par exemple, Israël va finir par dégager une large frange de terre entre sa frontière et le Liban jusqu’au fleuve Litani, un no man’s land, qui devait servir à la protéger des missiles. Or s’il apparaît que ceux-ci sont tirés de Beyrouth même et peuvent un jour atteindre les abords de Tel-Aviv, le no man’s land ainsi dégagé n’aura pas servi à se protéger des roquettes mais… des enlèvements de soldats; en donnant un délai d’un quart d’heure aux gardes frontières israéliens qui voient venir les gens du Hezbollah pour les enlever. Ainsi se déplace les objectifs ponctuels, sachant que l’objectif fondamental de l’une et de l’autre partie est inchangé.

Pour Israël, défendre son existence, rien de moins. Pour le Hezbollah (et pour l’Iran) montrer que cet Etat est un vrai "cancer" et qu’il faut l’éliminer.

Devant la clarté aveuglante de ces objectifs, les grands chorégraphes diplomatiques sont un peu perplexes. La France notamment paraît sublime d’incompétence; elle qui, les premiers temps, s’offrait à "désarmer le Hezbollah".

2 réflexions au sujet de « Le Litani et la litanie »

  1. Gougenheim Evelyne

    Ce texte a-t-il une chance d’être diffusé largement?
    Il est encore temps(peut-être)
    A Paris au Jardin des Plantes, près de la grande mosquée, samedi-shabbat se promenaient des gens visiblement juifs ( chapeaux, jupes longues, etc…). Des visiblement musulmans les croisent et leur lancent: »bientôt vous aurez disparu ».La nouvelle laïcité à la française?

  2. Etty

    Une merveilleuse occultation, vous passez sous silence les 22 ans d’occupation israelienne du sud du Liban, le vol permanent de l’eau du Litani, ainsi que les 30 000 morts Libanais qu’Israel a assassiné en 30 ans… Bravo

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