Guerres contre Israël

Que le monde arabo-musulman ne puisse pas (ou ait du mal) à supporter l’existence d’un Etat juif, est assez banalement démontré dans les faits; bien que pour ma part, j’ai pris la peine de le montrer dans les principes et au niveau identitaire (dans Proche-Orient. Psychanalyse d’un conflit): une souveraineté juive est une faille dans l’identité pleine créee par les textes fondamentaux de l’islam. Si on remonte un peu plus haut, aux racines de conflit entre peuple juif et monde arabe tel que la Bible en témoigne, cela ramène, comme on sait, à la rivalité de deux frères pour la parole du père supposée bonne, pour sa bénédiction.

La rivalité des frères, ça nous renvoie encore plus haut, à l’épisode Caïn-Abel: deux frères dont l’un est agréé et l’autre ne l’est pas lorsque tous deux apportent leur offrande. Jalousie meurtrière et sans issue, sans autre issue que le long et séculaire voire millénaire travail de maturation, jusqu’à ce que chacun comprenne que si quelque chose lui manque, ce n’est pas parce que l’autre le lui a pris. En attendant cette sublime compréhension, dont on voit mal ce qui pourrait la produire au niveau collectif, de peuples et de cultures, force est d’admettre que le problème est insoluble et qu’il faut surtout vivre avec ou tenter de le rendre vivable, supportable. C’est d’ailleurs ce que fait l’histoire, sauf par moments aigus, comme celui que nous vivons.

Des problèmes insolubles il y en a, même en mathématiques. En général, on essaie de mieux les poser pour qu’ils soient abordables, mais certains résistent vraiment: ils sont impossibles à résoudre. Ce qu’on espère dans les bons cas, c’est de montrer que si on les résout quand même dans tel sens, avec une hypothèse de plus, eh bien c’est jouable, mais que si on les résout en sens inverse, avec une hypothèse contraire, c’est encore jouable. Cela s’appelle des énoncés indécidables. Cela ne veut pas dire qu’on en décide n’importe comment, c’est plus précis que cela. En tout cas, il est probable que sans ces problèmes impossibles ou indécidables, c’est la pensée qui serait bloquée, et la vie elle-même, dans la foulée. Donc c’est précieux, les problèmes impossibles ou indécidables.

Là-dessus, certains psychologues prétendent que ce qui rend insupportable de tels problèmes, comme celui du Proche-Orient (dû à l’existence d’Israël dans un monde islamique), c’est le fait qu’on essaie de les résoudre. C’est une idée séduisante mais très fragile, dont certains abusent en pathologie, lorsqu’ils prétendent que c’est la tentative de nous guérir qui nous rend malades. Ce n’est pas toujours vrai, loin de là: on peut être déjà "malade" ou en souffrance, indépendamment du fait que l’on s’aggrave en essayant de se soigner mal. Du reste, l’homme est ainsi fait, que lorsqu’il souffre, il faut qu’il fasse quelque chose, qu’il essaie de se soigner, d’aller mieux. Même si ça ne va pas mieux, ça l’occupe, et en ce sens c’est une aide.

On peut toujours dire que dans le cas présent, la réaction d’Israël est mauvaise, mais sa non-réaction serait aussi mauvaise sinon pire. C’est pourquoi, ceux qui, à la manière du Ministre français des affaires étrangères (qui paraît-il a déclaré qu’une puissance comme l’Iran est un facteur d’équilibre dans la région…), ceux qui comme lui répètent qu’il faut un cessez-le-feu sans condition, proposent en fait non pas une solution, mais une remise des adversaires sur la ligne de départ, d’où ils ne peuvent que repartir comme avant. C’est donc une façon de mépriser tous les combats, toutes les victimes et tous les sacrifices qui ont été jusqu’ici supportés de part et d’autre.

L’humanisme béat et rétif à la pensée critique a souvent de tels aveuglements.

Un autre humanisme, aussi naïf mais moins dangereux, est celui dont faire preuve l’écrivain israélien A.B. Yéhoshua quand ils nous adjurent de bien séparer le combat du Hezbollah et celui du Hamas contre Israël. Les deux guerres sont peut-être différentes, mais leurs motivations radicales se rejoignent, leurs racines profondes s’entrelacent: c’est le refus intégriste d’un Etat juif. Que ce refus ait des accents nationaux dans un cas et jihadiste planétaire dans l’autre cas est relativement secondaire. Mais on comprend que A.B. Yéhoshua soit angoissé à l’idée de les confondre. Lui dont l’espoir est de normaliser l’Etat hébreu, de normaliser le peuple juif pour en finir avec la haine identitaire qui le vise depuis toujours. Un champion de la normalité ne peut que s’angoisser devant l’idée de ce que tout un petit peuple soit non seulement anormal, mais peut-être chargé de signifier l’anomalie intrinsèque à tout peuple, anomalie que chaque peuple essaie comme il peut de refouler ou de supporter tant bien que mal. Mais ceux qui ne supportent aucune anomalie, ce sont les grands fanatiques qui veulent la supprimer en supprimant ce qui la rappelle, notamment cet Etat très anormal mais essentiel.

Une réflexion au sujet de « Guerres contre Israël »

  1. anabase

    Vous supprimez les commentaires qui ne vont pas dans le sens de vos idées ? Celui que j’avais posté le 25 août n’était pourtant nullement insultant…
    Détail interessant et peut -être très révélateur d’une certaine tournure d’esprit (mais ce n’est pas moi le psychanalyste…) vous avez laissé de moi les deux commentaires provocateurs sur d’autres sujets) et ôté celui qui était plus sérieux.
    Phantasme d’un monopole de la parole autorisée, cher Maître ?!!

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