Quand l’image remplace la pensée

J’en étais encore à m’émouvoir, comme tout le monde, des images de Cana, de ces enfants morts ou meurtris, de ces femmes éplorées, sans soutien, sans personne pour les consoler, sans hommes (tiens, où sont les hommes, me suis-je dit, mais ma question est passée très vite, ils sont sans doute à la guerre, à tirer des missiles peut-être ?, après tout, c’est « leur droit ») quand un numéro de Libé m’est tombé dans les mains où une femme s’écriait : « admettons que j’ai quelque chose à voir avec le Hezbollah, mais mes enfants ? »

Et j’ai réfléchi à la logique de cette phrase. Cette femme serait donc du Hezbollah, qui a tiré des missiles sur Israël pour marquer qu’il désapprouve l’existence de cet Etat; elle risquait donc de recevoir une riposte de l’ennemi, mais elle considérait comme évident que, ses enfants étant avec elle, elle était protégée. Ou plutôt que, ses enfants étant là, toute riposte qui la viserait serait absurde, inhumaine. D’aucuns penseraient à la logique du bouclier humain mais je pense qu’elle était inconsciente chez cette femme qui faisait corps avec ses enfants, les impliquant malgré tout dans son combat à elle.

Comme on sait, il n’y a pas de loi très claire qui lie ou qui sépare nettement le destin des enfants et celui des parents. Parfois les enfants trinquent quant les parents se saoulent (à des drogues variables allant de l’alcool au fanatisme), parfois on pose très clairement que leurs destins sont différents. (Ainsi il est écrit dans la Bible que, pour Yhwh, il est exclu que les enfants paient pour leurs parents, mais que, pour ceux qui haïssent l’être divin, en tant qu’instance symbolique, leurs enfants paieront pour cette haine jusqu’à la troisième génération…)

Puis j’ai entendu des gens horrifiés par ce massacre dire leur émotion, et curieusement, chez certains, elle troublait la pensée, puisqu’ils étaient convaincus que c’est suite aux bombardements d’Israël que le Hezbollah a lancé des missiles : on les comprend, cela veut dire que l’image de ces bombardements a été si forte dans leur tête qu’elle a inversé l’ordre des évènements.

D’autres ont expliqué que ces images disaient la simple réalité, oubliant à leur tour, sous le coup de l’image, que celle-ci montre le bout de réalité qu’on veut bien mettre en valeur ou répéter à satiété. Cette répétition peut-elle inverser le cours des choses ? Je ne le crois pas. Ces images donneront la haine à ceux qui l’avaient déjà et accentueront la détresse et le questionnement des autres. Notamment autour de cet étrange problème : quel rapport entre l’attaque du Hezbollah et la cause palestinienne ? Lui qui veut libérer toute la Palestine, a-t-il décidé de déborder les palestiniens qui veulent seulement Gaza (qu’ils ont) et la Cisjordanie (qu’ils auront) ? Ou bien son acte agressif a-t-il seulement sonné le gong pour le grand djihad qui doit faire triompher l’Islam sur cette petite terre comme ailleurs ? Et dans ce cas, qu’est ce que les Israéliens auraient eu à négocier avec lui, avant de le désarmer ?

D’aucuns pensent encore que ce djihad est une guerre des pauvres. C’est vrai, il y a une certaine pauvreté dans le camp qui s’enthousiasme pour le Hezbollah. Mais ce n’est pas celle qu’on croit. Même si le monde islamique engrange quelques milliards de dollars par jour pour le pétrole, il y règne encore une vraie pauvreté. Peut-être est elle liée à une tendance trop facile aux flambées fanatiques ?

Une réflexion au sujet de « Quand l’image remplace la pensée »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>