Livres

legrandmalentendu Le Grand Malentendu (2015)
(paru chez Odile Jacob en février 2015)

Daniel Sibony est de passage à Tel-Aviv lorsque les fusées attaquent la ville. Il livre ici ses impressions et ses pensées. Les roquettes lui rappellent, en plus violent, les pierres qu’il recevait enfant, à Marrakech, dans la médina. Il retrouve sa sérénité d’alors, cette force où l’on a en soi, presque en même temps, la détresse et la joie de vivre, et où l’on peut se sentir attaqué sans être détruit. D’ailleurs, non loin de là, une institutrice a innové ; lors des alertes, elle fait entonner aux enfants des chansons nouvelles : « J’ai peur, j’ai peur, mon cœur fait boum-boum, on doit courir aux abris. « 

Cette chronique écrite au cœur du conflit s’accompagne de réflexions inédites sur le djihad, les rapports entre l’islam et l’Occident, le confit du Proche-Orient. La solution que Daniel Sibony propose se formule comme un paradoxe : la paix ne viendra que de la paix. Ce qui seul pourra affrontrer un grand malentendu.

412SBHV3YdLFantasmes d’artistes (2014)
(paru chez Odile Jacob en mars 2014)

Que se passe-t-il dans une oeuvre contemporaine et autour d’elle ? A travers de multiples rencontres avec des oeuvres d’artistes actuels (de Rothko à Kapoor, de Warhol à Serra, de Chagall à Garouste, d’Hantaï à Boltanski, Buren, Bourgeois, Kieffer, Klasen, Fischl, etc.), Daniel Sibony montre comment l’artiste taille dans l’imaginaire de quoi creuser plus avant dans la matière humaine de nouvelles réalités, à la recherche d’un objet inconnu ou perdu – qui devient cette recherche elle-même. Il poursuit là un travail sur les enjeux de la création dans l’art contemporain, enjeux existentiels qui permettent d’aborder l’oeuvre comme la rencontre de deux fantasmes : celui que l’artiste met en acte ou en action et celui qu’il éveille chez l’autre, le spectacteur, qui vient s’enrichir en prenant des nouvelles de la création et en tentant de s’y sentir impliqué, dans l’espoir qu’en s’appuyant sur des fantasmes si fortement réalisés, il puisse davantage exister. Trois suites sur la danse contemporaine clôturent l’ouvrage. Daniel Sibony est philosophe, écrivain, psychanalyste, auteur de nombreux ouvrages, comme Islam, phobie, culpabilité, Les Sens du rire et de l’humour, Lectures bibliques et Création. Essai sur l’art contemporain.

islamphobieculpabiliteIslam, phobie, culpabilité (2013)
(paru chez Odile Jacob en octobre 2013)

Le problème entre l’islam et les autres n’est-il pas surtout aggravé par l’interdit d’en parler ? Par la censure dont on le couvre et par la façon étrange dont l’Occident le gère, en l’intégrant à une éthique de la faute, qui est ici analysée comme un symptôme majeur : la culpabilité perverse ? Il s’ensuit, selon Daniel Sibony, une phobie qui a en fait très peu à voir avec l’islam. Lequel, comme tant d’autres formations religieuses et culturelles, a ses problèmes, que les hommes réels tentent de résoudre comme ils peuvent, y compris par des essais de révolution. Sans doute fallait-il un auteur, dont la langue maternelle est l’arabe, pouvant lire le Coran dans le texte, arrivé en France à 13 ans, connaissant la Bible en hébreu, ayant vécu les problèmes de l’immigration et ayant fait des recherches sur les trois monothéismes et sur le conflit du Proche-Orient pour tenter de formuler de façon neuve et bienveillante ce qui lui semble être le problème majeur entre l’islam et le monde occidental.

identiteaexistenceDe l’identité à l’existence: L’apport du peuple juif (2012)
(paru chez Odile Jacob en janvier 2012)

Chacun cherche dans l’être des points d’amour qui soient pour lui, qui le distinguent », quitte à faire face aux ennuis que ça lui crée, quand il les trouve. Plus généralement, chacun, sujet ou groupe, tente d’exister en partant de son identité, dont il affronte les cassures, et transforme les secousses, comme il peut. Or dans cette démarche, celle de tous sous les formes les plus variées, le peuple juif semble apporter quelque chose par sa façon bien à lui d’exister. Au-delà de ses Textes, d’ailleurs pris et repris pour faire de grandes religions, son existence, qu’on n’a pas réussi à lui prendre, semble un apport qui dépasse « les Juifs » eux-mêmes, et acquiert une portée non pas singulière ou universelle, mais singulièrement universelle ; de quoi subvertir le clivage habituel entre ces deux termes. Ce livre, explorant un jeu fécond entre l’existence et l’identité, s’adresse à tous ceux qui se sentent étouffer dans leur cadre d’identité ou de fonctionnement, et qui cherchent le passage vers un mouvement existentiel, où « écrire » la vie, soutenir sa texture et la transmettre, peut devenir une source d’énergie, de quoi maintenir l’existence comme une Question toujours vivante – qui serait le propre d’un peuple élargi de « passeurs »

sensdurireethumourLes Sens du rire et de l’humour (2010)
(paru chez Odile Jacob en février 2010)

Le rire est la cascade sonore par laquelle on reprend son souffle après qu’il a été coupé, légèrement, par une surprise agréable, un trait (d’esprit mais pas toujours), une différence vivace, un entre-deux qui, nous ayant un peu ouvert, nous a permis d’entrecouper le ronron, le sérieux-sériel du travail, la longue continuité avec soi-même. Le rire libère ou plutôt décharge une curieuse charge signifiante dont on a reçu le choc… D. S. C’est ainsi que Daniel Sibony, tout en intégrant les approches de Bergson sur le rire de situation, de Freud sur la levée du refoulement, et de Baudelaire sur le grotesque, donne au rire une dimension et une portée symboliques, transmetteuses de vie, qui engagent notre rapport à l’être, aux autres, à nous-mêmes. En quoi son approche est nouvelle. En passant il prend appui sur un vaste éventail d’exemples, de Devos à Woody Allen, du rire d’Abraham aux Marx Brothers, de l’humour juif ou anglais au rire de la joie ; et il le fait avec la finesse du psychanalyste.

marrakechwlewdepartMarrakesh, le départ (2009)
(paru chez Odile Jacob en mai 2009)

«À l’occasion d’un week-end à Marrakesh, un romancier évoque son enfance là-bas, tout en vivant une rencontre amoureuse. Sur les lieux de ses origines, l’exilé voit remonter toutes les images qui font revivre son enance et sa jeunesse, entre bien-être et misère, bonheur et dé, exil et ancrage dans une tradition millénaire où ce qui l’emporte, c’est le désir lancinant du départ. Daniel Sibony en profite pour lever quelques voiles sur son roman des origines, celle d’un juif né en terre arabe.»

C’est un premier roman tout imprégné de souvenirs et de sensualité, mais aussi des réflexions d’un homme qui s’est déjà largement distingué par ses essais. Psychanalyste de renom, Daniel Sibony est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages consacrés, notamment, à la psychanalyse. Comme lui, son narrateur est né au Maroc, dans la Médina de Marrakech. Et comme lui, il est écrivain. De retour sur les lieux de son enfance, où il compte terminer un roman, ce personnage se trouve soudain pris entre deux voyages intérieurs: celui de la rencontre amoureuse avec une femme rousse et celui de la mémoire, qui le ramène à son point de départ. Entremêlant habilement les deux récits, Daniel Sibony plonge avec délectation dans un passé tout rempli de saveurs et de couleurs, de mots étranges et beaux (en arabe ou en hébreu), mais aussi du sentiments que le lieu du départ et celui de la destination finissent, d’une manière mystérieuse, par se rejoindre et se confondre. (Raphaëlle Rérolle – « Le Monde » du 17 juillet 2009.)

« D’où que vous soyez, si vous êtes sensibles aux questions d’identité, d’exil, de nouvelle vie…, si vous n’êtes pas très portés sur la seule nostalgie, lisez ce livre.

lwenjeudexisterL’enjeu d’exister. Analyse des thérapies (2007)
(paru chez Seuil en 2007)

Au-delà d’une « réponse » aux polémiques anti-Freud, anti-psy, etc…, il passe au crible fin les psychothérapies en vogue (systémiques, cognitives, comportementales, familiales, stratégiques, brèves, etc…), et fait la part de leur aspect utile, qui tient à l’usage de l’inconscient même sous des formes frustes, et de leur aspect inutile voire trompeur où elles se posent comme « fondatrices » et « scientifiques », rejetant notamment – alors qu’elle en dépendent – l’idée freudienne.
En passant, l’auteur revient sur celle-ci et offre des approches neuves pour dépoussiérer la psychanalyse de ses clichés et de ses poses, la réactualiser, en faire une nouvelle expérience de vie, où l’enjeu d’exister prime sur l’idée de « bonne santé », et la transmission d’être sur l’observation du passé.
L’outil majeur qui donne son mouvement au livre est l’entre-deux¹ qui permet de faire de l’analyse une passation d’être, une transmission d’entre-deux, une création d’existence². C’est ce que symbolise l’échelle de Jacob en couverture: on part non pas de la terre pour monter au ciel mais d’un lieu indéterminé vers un autre qui l’est aussi, mais à chaque pas on est entre le ciel et la terre, entre le bleu et l’argile…
En annexe, l’auteur éclaire le cas de la médecine – en tant que « psychothérapie » – ainsi que l’antique problème: déterminisme et liberté.

¹. Concept introduit par D. Sibony dans le livre ENTRE-DEUX. L’origine en partage (1991, 1998, Seuil, Points-Essais).
². En quoi ce livre prolonge aussi le livre récent CREATION. Essai sur l’art contemporain (2005, Seuil).

lwecturesbibliquesLectures Bibliques: Premières approches (2006)
(paru chez Odile Jacob en 2006)

«La Bible a été mon premier texte. Sa langue est ma langue. Elle m’a nourri et plus tard elle a nourri toute mon oeuvre. Je donne ici des exemples de l’usage que j’en ai fait depuis une quarantaine d’années. Je tente d’éclairer les acuités symboliques de ce livre immense : elles vont au-delà de ce que je pense des religions, elles concernent une façon d’être et de penser.» D. S.

De la Genèse à la Sortie d’Egypte, en passant par Caïn et Abel, Noé, Abraham, Moïse, Jonas ou Job, les grandes figures, les grands épisodes de la Bible décryptés par le regard à la fois personnel et érudit du psychanalyste.

lpeterlklasenPeter Klasen Nowhere Anywhere: photographies 1970-2005 (2005)
(paru chez Cercle d’Art en 2005)

L’art contemporain suscite passion, perplexité, intérêt, mépris ou suspicion… selon les cas; selon la manière dont « ça choque » nos identifications. Et si cet art, comme phénomène vivant, avait des enjeux essentiels, qui touchent à notre rapport au monde, aux autres, au transcendant, à la valeur, et à cette chose étrange et galvaudée qu’on appelle la création? En fait, qu’est-ce qui spécifie l’art contemporain? Que s’y passe-t-il pour les artistes, pour les publics? Où en sont leurs liens complexes, qu’on dit « interactifs »? Comment se fixe la valeur de ces œuvres singulières, qui sont souvent des cassures où éclatent jubilation et détresse, exaltation et défaite? Que cherchent donc ces créateurs sur l’arête où ils nous montrent à la fois la plénitude et l’angoisse, le désir et l’effondrement, le plaisir et son au-delà douloureux? Comment ces narcissismes enthousiastes et blessés deviennent-ils créateurs de réalités?

lcreationCréation: Essai sur l’art contemporain (2005)
(paru chez Seuil en 2005)

L’art contemporain suscite passion, perplexité, intérêt, mépris ou suspicion… selon les cas; selon la manière dont « ça choque » nos identifications. Et si cet art, comme phénomène vivant, avait des enjeux essentiels, qui touchent à notre rapport au monde, aux autres, au transcendant, à la valeur, et à cette chose étrange et galvaudée qu’on appelle la création ?
En fait, qu’est-ce qui spécifie l’art contemporain ? Que s’y passe-t-il pour les artistes, pour les publics? Où en sont leurs liens complexes, qu’on dit « interactifs »? Comment se fixe la valeur de ces œuvres singulières, qui sont souvent des cassures où éclatent jubilation et détresse, exaltation et défaite ? Que cherchent donc ces créateurs sur l’arête où ils nous montrent à la fois la plénitude et l’angoisse, le désir et l’effondrement, le plaisir et son au-delà douloureux ? Comment ces narcissismes enthousiastes et blessés deviennent-ils créateurs de réalités? Pourquoi notre idée même de l’esthétique est-elle forcément bousculée, ainsi que notre notion d’identité – dont on sait la portée subjective et planétaire ? Ce livre – le trentième de l’auteur – répond de façon nouvelle, offrant une approche inédite à ceux qui veulent plonger dans l’inconscient de l’art actuel.

fwousdwelwowrigineFous de l’origine – Journal d’intifada (2005)
(paru chez Bourgois en 2005)

Voici les réactions d’un analyste aux événements récents qu’on a appelés Intifada : des textes brefs, incisifs, qui portent aux racines inconscientes les questions que chacun se pose et que les images médiatiques n’aident pas toujours à éclairer.

Ces textes respectent les deux points de vue, car il s’agit de montrer leur jeu, leur combinatoire, et de voir comment l’histoire, dans l’entre-deux, ouvre des voies nouvelles qui certes nous dépassent, mais qui aident à se dégager des cramponnements identitaires et des chroniques qui nous enlisent dans le factuel. On comprend alors que l’enjeu de ce conflit est d’une force symbolique inouïe; et l’analyse transmet ici une autre « distance », et une certaine énergie de pensée.

lwewnigmeawntiswemiteL’énigme antisémite (2004)
(paru chez Seuil en 2004)

Pourquoi « les Juifs » ont-ils capté depuis des siècles autant d’affect agressif, allant de la haine à l’envie, de la vindicte à la méfiance ?
Quelle est leur part dans cette longue et increvable ambivalence ?
Pourquoi a-t-on voulu les effacer, eux? Est-ce qu’en grossissant Auschwitz – en en faisant le crime contre l’humanité – on n’a pas éludé la vraie question: pourquoi « les Juifs » ?
Pourquoi Al Qaïda a-t-elle mis dans ses statuts qu’il faut les tuer – ainsi que les Américains – chaque fois que c’est possible?
Qu’y a-t-il de nouveau dans cette affaire depuis qu’un Etat juif existe? et depuis que l’islam intégriste s’intègre dans la vieille Europe, et dans le jeu planétaire?
Voilà, parmi tant d’autres, des questions que ce livre éclaire, du point de vue – essentiel – de l’inconscient et de ses effets.

pwrocheowrientProche-Orient, psychanalyse d’un conflit (2003)
(paru chez Seuil en 2003)

D’où vient l’étrangeté de ce conflit, qui l’empêche de trouver une solution « raisonnable » et le dérobe aux cadrages ordinaires: guerre de libération, partage d’une terre entre deux peuples, lutte anti-coloniale, guerre de religions ? On tente de faire ici la « psychanalyse d’un conflit » à partir de la pathologie propre à chacun des acteurs: celle du monde arabe et de sa pointe avancée, le peuple palestinien; celle des Judéo-Israéliens; celle du témoin occidental, européen ou américain, lui aussi divisé, comme on l’a vu récemment. Dans ce jeu complexe, pour éclairer la part d’inconscient et du fantasme dans cette tragédie, Daniel Sibony éclaire son enjeu comme visant le partage de l’être, c’est-à-dire l’ouverture au symbolique, et interprète de façon neuve les dynamiques narcissiques en présence, ainsi que le retour du refoulé qui les accompagne – terre « hantée » ou « possédée », dispute pour un Texte et empoignade entre-deux-livres.

nwomdwedwieuNom de Dieu: Par-delà les trois monothéismes (2002)
(paru chez Seuil en 2002)

La Question de Dieu se présente aujourd’hui de façon plus neuve, comme si la tendance était de reprendre possession de problèmes essentiels que la religion a confisqués pour les gérer à sa façon. « Dieu » serait donc une Question trop sérieuse – ou trop drôle – pour être laissée aux religieux qui d’ailleurs ne semblent pas si heureux que ça de la gérer. Les autres, les athées croient l’écarter par le silence, l’indifférence, et voilà qu’elle les rattrape aux détours des générations (« Papa, c’est qui, Dieu ? ») En temps de crise, aussi: comme aujourd’hui, quand des Tours s’effondrent.
Il nous a donc fallu revoir pourquoi l’idée de Dieu, dans l’étroit monothéisme, est une bombe à retardement. Avant de voir comment chacun se fait son Dieu ou se fait à Dieu. La question n’est pas de savoir quel est le bon (en un sens, « y a pas de bon Dieu ») ni ce que chacun met à cette place; mais de comprendre de quoi est fait l’emplacement du divin. Que nomme donc ce Nom de Dieu ? Et pourquoi est-ce un juron? Comme s’il pointait le fait d’être à bout, aux limites de sa vie. Comme si Dieu n’était qu’une limite!
Au terme de ce livre, chacun pourra parler de Dieu comme d’une question qui lui est propre, singulière, sans crainte d’être « fusillé » comme religieux ou comme athée.

pwsychanalysePsychanalyse et judaïsme: Question de transmission (2001)
(paru chez Flammarion en 2001)

Les montages hébreux – à base de Bible, Talmud, Littérature… – s’élaborent bizarrement en une vaste mémoire qui se transmet et fait passer une certaine faille qui la maintient.
Les montages « psy » sont aussi une mémoire, celle de chacun, qui s’explore, s’étudie, et transmet parfois, outre des symptômes, une certaine faille porteuse de vie.
Entre ces deux types de « montages », quelles résonances ? Et notamment : Qu’est-ce qui fait tenir une transmission symbolique ? Qu’est-ce qui maintient une tradition ? N’est-ce vraiment que la culpabilité ? Et si la Loi n’était pas que celle du père ? Et si ce qui la porte n’était pas la seule peur de la faute ?

dwonpwartageDon de soi ou partage de soi ? (2000)
(paru chez Odile Jacob en 2000 et en poche en 2004)

Ce livre pose autrement la vieille question: comment être avec l’autre ? Faut-il se donner à lui, comme le propose Lévinas, ou au contraire partager avec lui cette chose étrange qui s’appelle l’être et le possible, à supposer que l’un et l’autre y soient ouverts ?

Le trajet de cette recherche passe par « la tragédie de Lévinas »: Pourquoi s’est-il replié sur cette éthique du don de soi? du répondre pour tout autre? quitte à la rectifier puis à la banaliser au nom du simple réalisme (vu que je ne peux me donner à tout autre…)? Pourquoi son éthique du tout pour l’autre a-t-elle ce succès bizarre: où tout le monde y acquiesce et où nul ne l’applique ?
Des repères dans ce drame: Heidegger, le nazisme, la Shoah, le rapport ambigu à ses origines, d’autres épreuves aussi.
Rarement destin de penseur a été plus en proie au déchirement de l’histoire et au thème de l’altérité.
Mais la question éthique, elle, demeure: comment sortir de soi sans se perdre dans l’autre, ni le rendre captif de ce qu’on lui donne?
Il y va aussi, on s’en doute, de la question identitaire qui balaie notre planète dans tous les sens, chez les groupes et les sujets: quoi faire de cet « autre » qui nous harcèle et dont on ne peut se passer ?

ewvenementsIIIEvénements III: Psychopathologie de l’actuel (1999)
(paru chez Seuil en 1999 et en coffret poche en 2001)

Psychopathologie du quotidien

Voici quelques éclats du temps – pincements de nos histoires, grincements d’actualité, à même la trame de nos vies; ils deviennent dans ce livre événements de pensée, des présences du temps qui font craquer la chape du présent. L’événement qu’est le siècle s’avance vers sa fin à travers ses bouts d’histoires, de meurtre et de sexe, d’abus et de repentance, d’homo-famille et de clonage, de jeux et d’affolements, dans un théâtre ou un « cinéma » débridé, y compris celui d’ l’art et de la « culture ».

Voici de quoi aider à reprendre souffle et peut-être à sortir de leur cadrage quotidien ceux qui ne se paient ni de mots ni d’images mais du luxe d’exister, pas moins: dans la présence, ce temps mystérieux entre le passé et l’avenir – ce temps actuel si distinct du présent.

vwiolenceViolence: Traversée (1998)
(paru chez Seuil en 1998)

Notre société dénonce beaucoup la violence – qu’elle-même sécrète à tour de bras. A croire que ce qu’elle veut c’est une violence qui ne se voit pas: à part quelques cinglés violeurs d’enfants, entre gens civilisés on peut tout se dire, tout se faire, et « ça se passe normalement »…
Ce fantasme, sans cesse démenti par les faits, recouvre une peur énorme, une peur de sa propre violence, et un refus de la penser; comme si elle n’était que mortifère, alors qu’elle est aussi l’occasion même où la vie se renouvelle.
Du coup, avant de chercher un « remède » à « la violence » comme si c’était un virus, ne faudrait-il pas la penser comme le moment privilégié où la vie se donne et se brise – et se tue à vouloir changer, sans toujours trouver la passe? Ne peut-on pas exploiter cette occasion, cette énergie? avant de l’étouffer par des « mesures » qui sont une autre violence, souvent plus stérile ?
Cette pensée de la violence est ici mise en oeuvre dans un parcours qui ne peut se faire sans une violence de la pensée.

lwerwacismeowulwahwaineiwdentitaireLe « racisme », une haine identitaire (1997)
(paru chez Bourgois en 1997 et en poche chez Seuil en 2001)

Quand on sait l’abîme de peurs et de rancoeurs qu’il y a autour des questions d’identité, il n’y a pas à s’étonner que l’on en dise des bêtises – vouées surtout à protéger l’image de soi. Trop peu d’efforts pour comprendre ce qui se passe dans la tête et le coeur des xénophobes, des phobiques de l’autre; comprendre comment on le devient, comment ça cesse et ça revient. Et peut-on s’en dégager ?
Ce livre entre dans cette brisure d’identité qui, chez ceux qu’on nomme « racistes » est devenue insupportable. Cette plaie où chaque être est coupé de lui-même et de l’autre – et qui devient recherche de liens ou haine identitaire, nous cherchons à la comprendre comme rapport à l’être, jalousie essentielle, épreuve inévitable où certains font naufrage et où d’autres émergent. Et nous tentons de penser le mal, non pas pour « en finir » mais pour y être plus « résistants ».

lwejweuewtlwapwasseLe jeu et la passe: Identité et théâtre (1997)
(paru chez Seuil en 1997)

Ce livre part d’une question aiguë et simple: pourquoi y-a-t-il si peu de « jeu » dans notre vie ? Où est passée notre envie de jouer ?

Non pas de s’enfermer dans un jeu, d’en faire sa drogue mais d’entrer en contact par son biais avec le jeu même de la vie. Car un jeu c’est l’occasion pour que s’ouvre un « passage » vers autre chose, une « passe » où l’on peut se délivrer d’une contrainte: celle d’être identique à soi-même.
Ce livre se termine par une pièce de théâtre, ce qui « passe » d’une génération à l’autre.

awntoniosweguiAntonio Segui : Seguir?… Seguí. (1997)
(paru chez Cercle d’Art en 1997)

Seguir?… Seguí. Seguir, suivre.

Cela peut plaire ou pas, mais c’est à suivre, car c’est autre; à nouveau.
Segui, producteur de réalités, et non pas réaliste, ou surréaliste, ou dada, ou pop mais tout cela et autre chose; en vue d’une autre réalité.

ewvenementsIIEvénements II: Psychopathologie du quotidien (1995)
(paru chez Seuil en 1995 et en coffret poche en 2001)

Je réagis à l’événement qui m’interpelle comme secousse d’être; j’y réagis par besoin de faire partager la secousse; cela m’amène à un partage de l’origine – car l’événement intense est ancré dans l’origine, dans l’être comme origine de ce qui est; y réagir n’a de sens pour moi que si cela produit une reprise d’origine, un ré-ancrage original. D’accord pour être déporté par l’événement, à condition de se ré-ancrer dans d’autres ports… Dans ce second tome, il y a des thèmes qui ne sont pas des événements au premier degré, mais des événements récurrents qui à la longue se gravent comme des symptômes, s’inscrivent comme des symboles – des calligrammes à déchiffrer. A « lire ».. Eh bien, ce qui s’évoque ici dans l’événement, c’est ce qui ne passe pas, ou qui revient et qui appelle une autre écoute.

ewvenementsIEvénements I: Psychopathologie du quotidien (1995)
(paru chez Seuil en 1995 et en coffret poche en 2001)

Beaucoup réagissent à l’événement en s’étonnant non pas de lui mais de ne pas l’avoir prévu: comme si notre vocation normale était de tout prévoir et de faire en sorte que rien n’arrive, que rien ne nous arrive. Nos idéaux de prévision cachent un énorme désespoir. Voici donc une suite de flashes, d’éclairs sur l’événement réel et concret – « rebonds » dont beaucoup ont paru dans la presse, dialogues aigus avec le temps, allant du sport au sida, du Proche-Orient qui brûle au bloc de l’Est qui se dégèle, des attraits de l’argent aux vertiges du sacré, du chômage insidieux au « racisme » ordinaire – bref, beaucoup de surprises, de points critiques qui sont la texture même de nos vies. Ces entrechocs surprenants entre le vécu et l’invivable éclairent autrement nos modes d’être. Ce sont des récits de la pensée, comme si elle était une fable ou une histoire dont l’événement serait un éclair.

Chaque texte est dû à un déclic, à une secousse, qu’il transmet. Il y fallait un analyste original, à l’esprit libre de toute chapelle ou allégeance, sensible à ce qu’il appelle l’événement d’être.

lwecworpsewtswadwanseLe corps et sa danse (1995)
(paru chez Seuil en 1995 et en poche en 1998 et 2005)

La danse est une réponse à l’événement sans recours où le corps, cloué devant l’impossible, veut pourtant vivre et se mettre en marche, en mouvement. C’est une réponse, partie depuis la nuit des temps, donc à l’œuvre dans l’inconscient: « il y a autre chose, il y a de la place, bouge! »
L’analyste cherche les mots pour faire bouger les vies bloquées. La danse cherche le geste pour se donner ces mots de passe. Dans les deux cas, il y va de la rencontre avec l’autre.
La danse, ouverture du corps, ou plutôt de l’entre-deux-corps, mais sur quoi? C’est ce qu’on explore ici.

 lwepweuplepwsyLe peuple « psy »: Situation actuelle de la psychanalyse (1993)
(paru chez Balland en 1993, en poche en 2006 et en poche chez Points-Essais en 2007)

Ici on réfléchit et sur ce qu’on attend de la psychanalyse, sur ce qu’elle peut donner, sur sa place dans notre culture à travers ses réussites, ses ratages, son éclatement en petites sectes intolérantes, et à travers le foisonnement de savoir qu’elle a pu dégager au contact des êtres qui souffrent.
Ce livre fait révèle que la psychanalyse est en analyse avec elle-même et avec le social, une analyse qu’elle ignore et où se déploient avec ses tripes à ciel ouvert, les recoins les plus enfouis de l’âme humaine. On ne peut plus en faire des thèses ou des énoncés péremptoires, il y a plutôt à en prendre acte, modestement, en laissant de côté le discours idéologique, religieux ou politiques que des psychanalystes sécrètent pour s’aider à tenir le coup. On montre comment la psychanalyse, entrée en cure interminable avec elle-même, peut à son insu, nous réconcilier avec les secousses du destin humain, subjectif ou collectif, avec ses vagues de détresse et de jouissance, de pertes et de trouvailles, de chutes et de rebonds. De ce point de vue la déliquescence même des mouvements « psy », le bavardage des discours psy, devient un témoignage poignant de l’humain qui s’entête à opposer à l’innommable l’ultime recours de la parole.
Notre démonstration se fait sans haine ni complaisance, à partir d’expériences vivantes, entre les patients, les collègues, et le grand appel du large et de l’air libre.

ewntredwireewtfwaireLes trois monothéismes : Juifs, Chrétiens, Musulmans entre leurs sources et leurs destins (1992)
(paru chez Seuil en 1992 et en poche en 1997)

UNE INTERROGATION TRAVERSE CE LIVRE: les trois courants monothéistes – Islam, Judaïsme, Christianisme – pourraient-ils un jour se supporter, se pardonner, non parce qu’ils relèvent du même Dieu et qu’ils sont « frères » (ce genre de fraternité produit plus de guerres que d’accords, plus de déchirements que d’ententes), mais parce qu’ils reconnaîtraient en eux le même type d’infidélité à ce qui les fonde? Parce qu’ils se reconnaîtraient enfants du même manque originel: chacun étant marqué d’une faille à l’origine, une faille qui n’est imputable à personne, en tout cas pas au voisin? Elle est intrinsèque à l’humain, et d’autres humains hors du champ religieux l’affrontent comme ils peuvent, la transforment de façon créatrice.

ewntredweuxEntre-deux: L’origine en partage (1991)
(paru chez Seuil en 1991 et en poche en 1998 et en 2003)

Par ces temps de grands malaises identitaires, subjectifs et collectifs, où les frontières vacillent, où l’identité fait problème – tantôt elle chavire et tantôt elle se crispe -, on découvre avec surprise que le concept de différence est lui aussi insuffisant pour rendre compte de toutes ces effervescences : il est trop simple, trop figé… Nous décrivons ici ces lieux par lesquels on passe pour devenir différent, et tenter de faire quelque chose de « sa » différence ; ces moments où nous sommes « entre-deux » ; dans les contextes les plus variés l’écrivain qui se débat entre deux langues, la femme qui, pour accéder à sa propre féminité, doit se dégager de la Femme originelle, l’adolescent ou le jeune qui cherche à faire le pas sans passer à l’acte ou, simplement, se ranger, et même le chômeur cherchant « une place » (qui ne soit pas un simple trou) -, tous passent par un entre-deux.

Celui-ci se révèle être un passage ou une impasse, selon que l’origine qui se rejoue dans cette épreuve se révèle accessible ou pas à une sorte de partage – qu’il s’agit justement d’éclairer.

ewntredwireewtfwaireEntre dire et faire: Penser la technique (1989)
(paru chez Balland en 1989 et en poche chez Seuil en 2002)

Le rapport de l’homme à ce qu’il fait produit des pratiques gérées, organisées, technicisées, dans lesquelles le risque est double: soit s’y perdre et s’abrutir, soit s’y refuser et risquer d’être inefficace.

Or c’est en « faisant quelque chose » – et qui marche – que l’être humain se mesure à lui-même et aux autres; au possible et à ce-qui-est.
A partir de la double notion de transfert (où l’on projette des désirs, des fantasmes sur un être ou un système) et celle de trans-faire où l’on arrive à dépasser sa façon de faire précédente qui se révèle trop fermée, Sibony questionne l’essence de la technique et ses enjeux, à la fois pour l’individu et pour la civilisation qui s’en réclame. Cela le conduit, à travers des études précises sur les techniques de procréation, de communication, de l’image, de l’espace…, avec en filigrane la technique psychanalytique, à explorer le vaste espace entre symbole et technique, entre désir et système, entre dire et faire.
A l’heure où les techniques – appliquées aux textures même de l’humain – suscitent espoirs et inquiétudes, peut-on s’offrir une vraie pensée de ce qui se joue et non de simples états d’âme?

awvecswhakespeareAvec Shakespeare : Eclat et passion en douze pièces (1988)
(paru chez Grasset en 1988 et en poche chez Seuil en 2003)

Un nouvel essai sur Shakespeare? par pudeur, par pitié… non. Bien que la pléthore des écrits sur lui prouve surtout qu’il est une source intarissable, d’écriture et d’autre chose; une source de vie, disons. Que ces essais aient pullulé ne les amoindrit pas, sinon pour l’observateur hautain et distant qui se prévaut de sa distance pour déprécier un foisonnement qu’il s’épargne de connaître, et qui constitue une immense bibliothèque, un vaste « dépôt » du Livre… C’est dire que tel une Bible, il foisonne de traces vives qui se déposent et sédimentent à travers les folies du monde qu’il charrie… J’aime qu’il existe, ce dépôt, cette mémoire foisonnante, même si j’ai dû l’oublier. Et le moindre de ces volumes, s’il n’a servi qu’à son auteur à dialoguer avec Shakespeare, à se libérer du choc qu’a dû lui faire cet ouragan d’intelligence, à se brancher sur cet arbre de vie, à s’expliquer avec, un tel texte n’aura pas été vain; même si à nous autres il parle peu, ou s’il nous exclut …

pwervwersionsPerversions: Dialogues sur des folies « actuelles » (1987)
(paru chez Grasset en 1987 et en poche chez Seuil en 2000)

Quel fil rouge peut bien passer entre des gens aussi distincts qu’un toxico, un mystique, un masochiste, un terroriste, un alcoolique, un joueur « mordu », un homo hard, un fétichiste de la chaussure, un maniaque de lingerie fine, un amoureux des petites filles (avec ou sans nattes), un adepte de secte dure ?… Quel rapport entre ces braves gens et le petit pervers méchant qui pousse l’autre à la limite pour le voir s’y effondrer ? Et quel rapport avec ceux qu’on dit normaux, fanatiques de la norme ou simples normosés? Et quel lien tout cela a-t-il avec l’actuel malaise de la civilisation, tout autre que celui pointé par Freud, où chacun-pour-soi se concocte son petit cocktail de liens fétiches et de dopants pour tenir le coup dans sa bulle ?… Le montage pervers est-il une simple transgression ou bien la quête tenace d’une autre loi ? Y a-t-il d’autres traversées du « malaise » que par la voie narcissique (phobique, perverse…) ? Voilà ce que ce livre explore en une suite de dialogues vifs et sereins, nonchalants et pointus, ouvrant un nouvel horizon sur nos « maladies du lien ».

lwefwemininewtlwasweductionLe féminin et la séduction: Situation actuelle de la psychanalyse (1987)
(paru chez Le Livre de Poche en 1987 et en 1998; livre épuisé, réédidition à venir)

Pour approcher la femme et ses mystères,
percer les secrets de l’alchimie du sentiment,
éclairer les systèmes du désir.
Une lecture neuve de questions éternelles.

jwouissancedwudwireJouissance du dire: Nouveaux essais sur une transmission d’inconscient (1985)
(paru chez Grasset en 1985)

L’un croit jouir de dire, et l’autre d’empêcher que ça se dise; mais il y a surtout le Dire qui jouit de nous, ou qui souffre de nos raideurs, nous ses jouets un peu coincés, parfois lucides malgré ces traces dont il nous marque et qu’on appelle nos symptômes, nos crises-passions…
Aux limites du Dire, s’ouvrent pour nous les traversées d’un autre-Dire : être inspiré (souffle risqué) c’est seulement être saisi par les accents du Dire qui se donnent lieu à travers vous, jusque-là points de souffrance, de mal-à-dire, ou simple fait de s’assourdir… Même la jouissance sexuelle est empreinte de celle du Dire (sinon, qu’est-ce qu’il leur prend, aux amants, de vouloir sortir des corps béats qui ne veulent rien dire, et de parler quand même ?…)
Mais voilà: s’il vous arrive du Dire qui vous déloge, vous défixe, vous excède (déjà en rêve, ou dans les folies du réel, chaque jour, ça revient), du Dire qui vous dessaisit, comment se ressaisir, à la Lettre? Se soutenir au chaos même pour s’inventer une autre langue? Prendre appui sur le désordre pour rebondir?
C’EST à dire.
Et c’est ce que tente ce texte, à travers des passages du Livre, cet objet étrange qui au-delà de la Bible est un espacement du Dire, une manière pour lui d’avoir lieu, à travers la horde des scripteurs dont le peuple est lu, débordé par son Dire et producteur d’imprévu; la horde de ceux qui dans l’écart avec eux-mêmes laissent se transmettre le geste de vie.L’un croit jouir de dire, et l’autre d’empêcher que ça se dise; mais il y a surtout le Dire qui jouit de nous, ou qui souffre de nos raideurs, nous ses jouets un peu coincés, parfois lucides malgré ces traces dont il nous marque et qu’on appelle nos symptômes, nos crises-passions…

lwawmouriwncwonscientL’amour inconscient: Au-delà du principe de précaution (1983)
(paru chez Grasset en 1983)

Séduire l’autre, est-ce vraiment lui dire ce qu’il a envie d’entendre, ou bien faire vaciller les limites de l’écoute et les contours de sa « langue » ?
De quel rite ou quel « sacrifice » les partenaires de la séduction sont-ils les prêtres ou les parties prenantes, sans qu’on sache qui a « commencé » ? Mais peut-être la séduction interroge-t-elle le « commencement » d’un langage, les « premiers » tressaillements du jeu de parler et d’être ensemble. Séduire par les mots ? ou séduire les mots ? Penser, serait-ce séduire les mots jusqu’à inscrire à travers eux une jouissance qui « compte » ? N’y a-t-il pas une séduction de la Loi ? ou pire : du Maître, du Chef violent et violeur ? Et, au-delà, n’y a-t-il pas une séduction de l’Inconscient ?
Pourquoi la psychanalyse, après avoir cru découvrir l’origine des névroses dans une « première » séduction, a-t-elle soudain cessé d’en parler comme si elle en prenait la place ? L’autosuffisance même de la séduction la révèle insuffisante, et induit sa fulgurante traversée qu’est l’amour, plus « subversif » que la séduction, car sans l’éluder il la « dépasse ». Et si l’amour abolissait les paradoxes du narcissisme et des duels d’identité, pour faire passer, entre l’un et l’autre dessaisis d’eux-mêmes, la naissance possible d’un nouveau Dire ?
Ce livre est pris dans la gageure d’arracher ces questions à leurs anciennes racines, et de façon radicalement nouvelle; le risque qu’il prend, de s’avancer à découvert – à la découverte – à même la langue et sans arsenal « théorique », est un acte d’amour inconscient.

lwajwuiveLa juive: une transmission d’inconscient (1983)
(paru chez Grasset en 1983)

Imaginez que j’ai trébuché sur la « question juive »; et que la « question » je l’ai dissoute ou dispersée: il me reste alors « la juive »; sur ou dans les bras: la langue-identité-lettre-femme juive…Au passage, les « juifs » aussi sont redéfinis comme faits de langage, objets de transfert de cet instant unique, traumatique, vécu par tout un chacun: où sa langue l’identifie de le trahir, de lui échapper. Mais qu’est-ce qu’il leur a pris, à eux, de s’y laisser prendre, et de produire des montages d’écriture qui fixent cet instant-là ? Ou pire, de l’endosser « réellement »? d’en être « responsables » ?
Tout cela relève de la dimension inconsciente, dont la rencontre avec la « juive », non sans violence, met à nu leur cassure commune, ici déployée. D’où quelques éclats, et pas que de rire. La fameuse « question juive » est arrachée à ses vertiges imaginaires de la « demande de reconnaissance ». Ladite « question » s’arrache aux juifs pour se révéler implantée dans l’intimité de tout un chacun. C’est que ce chacun, dans sa réserve d’inconscient et de refoulement, a une petite trace (une petite race…) de lettre juive qui le dérange, qui le nourrit, qui le persécute et qu’il persécute, qui le porte et l’insupporte – et qui n’est autre que le point où son « identité » est à bout (tabou…) d’elle-même et reluque vers ses au-delà…
A quoi ressemble l’au-delà de nos identités?…

lwegwroupeiwncwonscientLe groupe inconscient: Le lien et la peur (1980)
(paru chez Bourgois en 1980)

Qu’est-ce qui dans un groupe fait lien, et notamment fige les membres dans la peur ou l’attente d’un péril qui ne vient pas, dans la soumission à un ordre que personne n’a formulé; avec ces paradoxes bien connus où d’aucuns s’interdisent d’eux-mêmes ce qui est permis ou s’accusent de crimes qu’ils n’ont pas commis ? L’enjeu, on s’en doute radical, et le modèle solaire (freudien) où les membres comme rayons convergent vers le foyer idéal, le Père idéal…, semble insuffisant; encore qu’il soit sans cesse authentifié par l’indignation contre « l’autorité mystifiante », et les pieux appels à être « plus libre » et à penser par « soi-même »…

C’est donc une autre approche qui est ici tentée, du collectif comme figure même de l’inconscient, obstruée, bouchée par l’objet de désir à quoi le groupe « adhère ». Or, si on se groupe pour se décharger de l’inconscient et pour s’assurer à bon compte d’en avoir un; si le groupe ne s’appartient pas mais « appartient » à l’objet qui le plaque; si le groupe efface les différences pour être en fait le recueil des différences qu’il échoue à effacer; si donc le groupe est le lieu commun d’un échec, qui n’est pas seulement échec sur le cadavre du père, ça tire à quelques conséquences tragi-comiques, que ce bref trajet égrène à travers des mythes presque aussi « fous » que la réalité, mais dont l’enjeu est clair : une transmission de l’inconscient sous forme de lien, d’un lien qui puisse ligaturer l’hémorragie du désir…

lwawutreiwncwastrableL’autre incastrable (1978)
(paru chez Seuil en 1978)

Ecouter l’écriture : est-ce vraiment possible ? Je dis bien « écouter » et non pas lire.

En tout cas, il est des écritures qui ne sont faites que pour être entendues, jouées, transmises; traversées de résonances à la parole, d’écrits-paroles, de parlécrits; écrits que meuvent des flots de trans-missions internes, par quoi ils  » passent » dans le mouvement même qui les produit et les disperse : il s’agit ici de la lettre-germe, qui s’écrit du geste qui la transmet, et du sciage d’espace dont elle est chue.
Entendre une telle écriture, surtout pour un psychanalyste, ça ne peut pas être  » fixer  » le symptôme, mais au contraire l’ouvrir, le dérouter : car l’écriture ne réussit qu’à la mesure des  » ratés  » de son symptôme, de sa folie déjouée, de ses perversions éludées (et que serait-ce que lever un symptôme, quand il est d’écriture?).
Si vous faites un bout de chemin dans cette voie, à travers Bible, et Shakespeare, et Kafka – un petit crochet aussi par la frontière entre  » écriture  » et  » folie  » – vous entendrez gronder ce que j’appelle l’Autre incastrable : figure de l’Autre-inconscient, où l’écriture s’est puisée, qu’elle entame et dérobe à tout autre effet que d’écriture; lieu fictif où la castration ne  » prend  » pas. Alors, pas de choix entre le thème et le texte, le contenu et la forme, le sens et le non-sens (et quelle forte écriture à jamais craint le sens? Il suffit qu’elle passe pour qu’il tourne court). L’enjeu est autre : l’inconscient est une réserve de temps, dont l’écriture extrait quelques cycles et constellations, quand elle s’est mise en tête la folie de les transmettre.

lwahwainedwudwesirLa haine du désir (1978)
(paru chez Bourgois en 1978 et en poche en 1984 et 1994)

Si la question de la haine fait sens pour vous, même celle qu’on n’éprouve pas forcément mais qu’on retrouve à l’oeuvre, venue on ne sait d’où, ravageant ce qu’on fait et cassant le désir; si les questions de blocage, compulsion, culpabilité, pensée obsédante font sens pour vous; si l’idée vous tente de renouveler les vieux concepts de l’hystérie par les repères plus précis du devenir femme et de ses impasses, notamment du point de vue de la transmission du féminin et du rapport mère-fille; si vous vous demandez comment tout cela se rattache à d’autres formes de haine plus sociales et collectives (comme celles qu’on nomme à tort « racisme »); alors ouvrez ce livre, et lisez tranquillement. Quelques mouvements devraient s’en suivre.

lwenwomewtlwecworpsLe nom et le corps (1974)
(paru chez Seuil en 1974)

Il s’agit de la rencontre d’un Nom et d’un Corps; de cette rencontre par quoi un nom prend corps, lui fixe et lui interprète son érotique, qui est celle-là même dont il accède au langage et l’habite.

Ces sortes de rencontres décident, dans le champ politique par exemple, de ce qu’une parole devienne une force matérielle: mater accouchant de vertiges sacrificiels ou, au contraire, de ces révolutions où ce qui est révolu révolte.
Trois filons, ou trois veines, parcourent cet écrit et le trament: le psychanalytique, le mathématique et l’écrit hébraïque de la Bible. C’est du noeud de ces trois expériences que cet écrit personnel témoigne en tant que toutes trois traversent la même chose, que l’inconscient fait sienne et qu’il travaille.
C’est d’expérience que l’auteur s’est trouvé pris à ces fils, noué à leur parcours chaotique, où se faufile la question d’une jouissance, et son histoire mouvementée. Et suivre ces trois filons, comme toute, chose, mène l’expérience à son point de nésens et de paradoxe, donc loin des fonctionnements orthodoxiques où l’on s’emploie à la rectifier (et qui seraient ici l’establishment analytique, la Science et la religion). Le paradoxe c’est aussi ce qui fait crier au scandale les dévots de l’opinion droite.
Ceci est un écrit sur l’amour en tant qu’il est enjeu de la rencontre et son paradoxe; et s’il est théorique, c’est dans la mesure où il interroge l’accès de chacun aux sources de sa théorie. Séduire l’autre, est-ce vraiment lui dire ce qu’il a envie d’entendre, ou bien faire vaciller les limites de l’écoute et les contours de sa « langue » ?
De quel rite ou quel « sacrifice » les partenaires de la séduction sont-ils les prêtres ou les parties prenantes, sans qu’on sache qui a « commencé » ? Mais peut-être la séduction interroge-t-elle le « commencement » d’un langage, les « premiers » tressaillements du jeu de parler et d’être ensemble. Séduire par les mots ? ou séduire les mots ? Penser, serait-ce séduire les mots jusqu’à inscrire à travers eux une jouissance qui « compte » ? N’y a-t-il pas une séduction de la Loi ? ou pire : du Maître, du Chef violent et violeur ? Et, au-delà, n’y a-t-il pas une séduction de l’Inconscient ?
Pourquoi la psychanalyse, après avoir cru découvrir l’origine des névroses dans une « première » séduction, a-t-elle soudain cessé d’en parler comme si elle en prenait la place ? L’autosuffisance même de la séduction la révèle insuffisante, et induit sa fulgurante traversée qu’est l’amour, plus « subversif » que la séduction, car sans l’éluder il la « dépasse ». Et si l’amour abolissait les paradoxes du narcissisme et des duels d’identité, pour faire passer, entre l’un et l’autre dessaisis d’eux-mêmes, la naissance possible d’un nouveau Dire ?
Ce livre est pris dans la gageure d’arracher ces questions à leurs anciennes racines, et de façon radicalement nouvelle; le risque qu’il prend, de s’avancer à découvert – à la découverte – à même la langue et sans arsenal « théorique », est un acte d’amour inconscient.